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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 09:11

 

 

La réduction adamsmithienne des rapports sociaux à la subjectivité et à l’individu « irréductible » - poche toujours pas encore assez sondée de pompage de valeur d’échange, il en reste ! mais des gentes avisées et inventives y travaillent. Ainsi d’un coaching de genre, c'est-à-dire d’une entreprise de conseil en transition, qui vient de voir le jour – et immédiatement on se dit « bon sang mais c’est bien sûr », et on s’étonne que ça ne soit pas apparu auparavant. Quand même, ça fait aussi un peu drôle que ce nouvel aspect faussement bénin d’intégration normalisatrice, « devenir ce que l’on est dans un monde qui va être forcément meilleur », d’une aventure qui est encore à ses débuts, dont on ne sait pas bien où elle nous mènera – même si notre désir et notre croyance c’est que tout y soit déjà écrit, et chacune pour elle-même, mais qu’est-ce qui est écrit dans l’histoire sociale ? Que ce soit en ce qui concerne notre devenir en tant que transses, que celui de la société qui peut-être s’apprête à nous anéantir ? Ou à essayer de ? Bah, l’opportunité économique c’est un présent fugace et perpétuel ; et franchement, oui, nous avons besoin de sous, les unes et les autres ; il fallait faire le pas de le lever sur les collègues. Les pauvres financent les pauvres, c’est l’entonnoir économique où, en panne sèche et sans doute définitive de redistribution, laquelle fut au reste très relative, et en passant par le crowfunding, nous nous sommes désormais bien engouffrées. Évidemment, il y en aura encore moins pour tout le monde. Mais il y a des gisements dans la précarisation, surtout si par désespoir de cause on la positive et la passe un peu à la gomme ; les assoces y ont fait leur temps, voilà (cela dit là encore sans garantie de durée, et certitude d’entredévoration) l’entrepreneuriat de l’identité. Yahou !

 

En tous cas, ça ranime encore mon profond étonnement sur pourquoi comment nous sommes là : illégitimes, méprisées, brutalisées, sans parler des multiples emmerdes annexes. Et cependant toujours plus nombreuses. Et prêtes à douiller (ça ce n’est pas nouveau, nous nous sommes toujours coûté cher) pour ça. Bien sûr, peut-être un jour on me démontrera par a moins b que c’était un déterminisme individuel tapi au fond de nous-mêmes, et que le sexe social, pardon le genre, est une affaire strictement individuelle (comme la propriété et l’entrepreneuriat). Pour le moment j’y crois toujours guère, et bien plus à un glissement de terrain dans le rapport social de sexe. Bref qu’il se passe quelque chose à travers nous. Quelque chose qui pourrait qui sait, si nous l’assumions, nous mener loin de l’état de celui-ci, ce qui aurait des chances de n’être pas un mal. Mais ça –

Pour le moment, l’impression qui me revient est plutôt que nous essayons souffreteusement de nous glisser dans la boîte aux sardines, de conforter à la marge les fonctionnements affirmés intemporellement valides, que ce soit la sexuation bien ordonnée ou la production de valeur. Mais les marges, à l’heure qu’il est dans l’époque, semblent de peu d’avenir.

 

Le même jour, je lis qu’il existe désormais des assurances « contre le harcèlement ». Wouaips. Les assurances, c’est un grand domaine voisin de la justice : comment parvenir aussi à ramener à de l’équivalent argent (ou enfermement, ou mort, quand il n’y a pas d’argent) tout ce qui se passe dans les rapports sociaux ; et à en vivre ; donc à ne pas les changer, ce serait tuer la poupoule. Bien entendu ces assurances ne proposent pas de faire cesser le harcèlement, n’offrent pas de gardes du corps. Nan, elles vont prendre en charge les frais des psy qui tâcheront de ravaler les dégâts causés par la violence et le mépris, avec les bonnes vieilles méthodes coué que nous sommes toutes extraordinaires et uniques et toussa toussa, le tout armé par quelque barres de résilience, bref de dureté envers soi pour structurer cette bienveillance, cette sollicitude que bien évidemment nous n’obtiendrons jamais d’autrui. Ça ne changera évidemment rien aux inégalités réelles de valorisation dans la vie également réelle et quotidienne. Mais là encore, nous avons une telle propension à croire et à mordre à l’hameçon, il est vrai avec l’injonction générale de nos proches (quand ils existent ; un dixième de la population hexagonique vit dans un isolement social radical) qui n’ont vraiment pas envie d’avoir la tête cassée de question sans réponses toujours déjà ficelées, que ça va marcher du tonnerre. S’il y a tout de même une certitude provisoire peut-être mais bien assise, longtemps après « il était une fois en amérique », c’est que la brutalisation des rapports sociaux, dans un pays où traînent encore de fortes reliques de l’accumulation au milieu de l’inégalité galopante, est une opportunité pour arriver à dégager encore un peu de plus value. En pressant bien ; ou plutôt en se positionnant sous un angle avantageux juste à côté du pressoir social ! La foire aux prochaines idées est ouverte 24/24.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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