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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 09:20

 

 

quand l’hétér@forme nous la joue diverse inclusive

(et que nous faisons la queue pour y embarquer avec enthousiasme !)

 

 

C’est frustrant de causer de formes sociales qui non seulement n’évoluent pas, mais semblent juste s’épaissir avec le temps, comme de la corne, occuper une portion toujours plus majoritaire de l’espace, au point qu’on finit par ne plus très bien voir ce qui pourrait leur échapper en l’état, sans même parler d’inventer autre chose. Quand on y revient, ou plutôt qu’on y est ramenée par l’insistance enthousiaste de ses contemporains, on se dit qu’on a déjà donné, parlé, dit, que c’est fait. Mais voilà, les cauchemars sociaux sont réels, performatifs, prégnants, pas des fantômes qu’une bonne tirade contremagique dissoudrait, bien loin de là même. Alors on se dit qu’il faut en reparler.

Ainsi donc des formes sacrées et spontanées d’hétérolande, de l’amour à la famille en passant par les indispensables mioches ou le plaisir génital sans lequel il paraît que nous serions des brutes (que nous le soyons en le recherchant est, paraît-il encore, une « anomalie » dans le logiciel). Mais surtout en fait des loquedues sans valeur sociale. Des manque de tout et manque à personne. Comme il y a quelques années, l’heure est donc aux marches et happenings qui les célèbrent, et qui font singulièrement converger dans ce culte civil et idéal les options politiques des fois les plus opposées.

Ce qui arrive à être tout de même encore plus effrayant c’est que depuis quelques années les contenus se sont rétrécis, simplifiés, évidentisés au-delà de ce qu’on aurait imaginé. C’est valable pour les braves réacs de souche de la MPT, ça ne l’est pas moins pour les kiss in, de doctes colloques positifs, et même une « folle parade de l’amour » en province. La liturgie est de plus en plus basique, unitarienne : l’amour, c’est trop cool, ça n’a rien à voir avec les tristes misères de la vie sociale obsessionnelle et brutale que nous nous menons, et plus précisément que mène le masculin au féminin. Rien à voir avec ce qui structure le rapport social de sexe. Meuh non c’est tout beau tout en gel, voyons. L’amour se positionne ainsi, selon les options, à l’origine tradi comme à l’extrémité subversive du parc où nous sommes censées nous projeter. Pas question de lui échapper. Ce serait forfaire à notre digne destinée.

 

Nous nous plaignons de l’hétérocentrage alors que nous nous hétérocentrons nous-mêmes avec ardeur, que toutes nos aspirations revendiquées sont hétérocopiées, que nous ne voulons que faire et refaire hétérolande, même si c’est avec un autre jeu d’identités, lesquelles sont formées à partir des éléments du rapport de sexe dans leur assignation ; qu’à voir la sourde mais insistante préférence pour la sérieuse performance masculine et le délassement dans le féminin folklorique, exotique, autre. Pour le modèle familial. Pour la production, l'obtention et l'appropriation de lardons. Pour l’ordonnance des rôles qui jaillit toute armée de la dynamique amoureuse, désirante, accouplante. Et la fascination, aussi bien que la remontée capillaire par toutes les failles du sol social, de l’exercice délibéré de la domination, pour chauffer la foule et lier la sauce. L’identification exacte à la génitalité et au corps ultrasignifiant. Le culte du profond ressenti, qui a donné tant d’excellents rejetons politiques. Nous sommes complètement attelées à faire ce que doivent faire, dans le rapport social de sexe hétéro (ce qui est un pléonasme) les femmes et les hommes pour se déterminer et se prouver comme femmes et comme hommes (notamment relationner et produire des mômes dans toutes les conditions possibles et comme priorité, couronnement de la vie ; on croirait vivre, jouer un manuel de sciences nat’s d’il y a quarante ans quoi – avec un hypertexte religieux en arrière fond). Croissons et multiplions.

La politique n’a pas arrangé les choses. Plus la logique, la compréhension, se réduisent au politique, écartent le social comme une complexité inopportune, qu’on ne manie pas facilement, plus les choses en général se simplisent, se racornisssent, tendant à une espèce de copié collé avec un réel tantôt déclaré inchangeable, tantôt porté au métaphysique. Plus on converge vers ce dont il faut à toute force s’emparer, réaliser, comme source de vie – et en attendant lieu d’entrextermination. Bref l’amour fait partie, en bonne position, de ces pôles de convergence dont on attend que jaillissent le lait, le miel et l’anéantissement des méchants. Politique, volonté, justice mitonnent la gelée réactionnaire qui rassemble les plus opposés. L’amour comme ciment politique est celui autour des pattes avec lequel nous irons, volontairement ou non, nous noyer. Et d’ici là, on a droit à des niveaux de conscience (ne parlons pas de réflexion) du genre la haine c’est mal, l’amour c’est bien. Libérons le. Et les rapports sociaux sont un malencontreux malentendu, si ce ne sont même une illusion fâcheuse que la dite conscience, prise, va nous permettre de dissiper. Amen.

L’acronyme inclusif, et faussement égalitaire, lgbt est celui d’une entreprise citoyenne aimante pour la réalisation par toutes, pour toutes, de l’objet social hétér@, dans le cadre de l’égalité formelle supposée des participantes, rendue contradictoire et par l’ordre social qui privilégie le masculin et ce qui y compatible, et par l’objectif qui accomplit et sanctionne cet ordre social. Il n’y a donc pas à s’étonner de l’inégalité récurrente qu’y signalent les collègues : elle est constituée, produite, et dans l’amalgame inclusif, et dans le but commun. Les idéologies unitaires et prétendument inclusives se focalisent sur un trope qui correspond toujours à une prééminence de valeur sociale, laquelle départage. Le but social hétéroforme ne peut aider ni à l'égalité, ni à l'émancipation, par sa structure même. Il n'est pas le seul en ce cas dans la concurrence contemporaine.

Des identités et des regroupements valises se sont crées et agglomérés sur cette recherche de normalité convergente. Le monde lgbt, finalement, existe essentiellement pour réclamer de pouvoir hétérolander. Les rapports de force qui le traversent, et qui sont indexés sur les intérêts représentatifs des plus proches d’emblée de cet idéal (lesbiennes et gays cis’ riches), sont complètement invisibilisés par cette tension vers la réalisation des formes sociales déjà majoritaires : Famille, propriété, normes de sexuation dans les rapports entre les partenaires.. Les contradictions, les inélagités structurelles voire les violences que cela couvre soit ne sont pas prises en compte soit, hypocrisie magistrale, sont mises sur celui de la société hétérote… que l’on veut reproduire cependant. Et l’idéologie du nativisme et du non-choix de la socialité qu’on veut entretenir ou créer participe aussi de cette polarisation traditionnaliste ; on ne choisit pas, on ne choisit tellement pas qu’on a la trouille de ne pas vouloir ou de vouloir autre chose que l’ordre hétérolandien et masculiniste (qui du coup n’est pas non plus choisi et encore moins fermement maintenu, est au contraire naturel, inoffensif et spontané, youpi !) Nan mais zut, des fois.

Lgbtlande est à la fois un lieu social hiérarchisé dans sa composition, et une mise en forme hétérote dans ses buts. Elle montre et ses limites, et la corde : l’inclusion se fait en fonction de la valeur, sociale et matérielle, que peuvent mobiliser les gentes, et il n’y en a pas pour tout le monde, comme de rien dans l’économie, monétaire ou relationnelle – les deux ayant tendance à fusionner. La première chose à faire, pour les nanas, cisses et transses, serait et de reprendre leur autonomie, de refuser d’être représentées dans ce cadre ; et de réexaminer sérieusement les idéaux sociaux, notamment natalistes et familialistes, qui y sont portés.

Par ailleurs, la croyance désarmante que du fait que si on est (gouine, trans’, que sais je ?) une « autre identité », on ne reproduit pas hétérolande, tout en faisant exactement ce qui y est prescrit (se velcroter, se surveiller, filiationner, fantasmer sur le rapport de pouvoir…), cette croyance bien ancrée accélère et approfondit la reproduction de la norme et du rapport social. Quand on lit des énormités genre « nos couples ne sont pas hétér@ » (sans parler de l’appétence pour la sexualité, ses rôles et la mise en dépendance personnalisée en général) on reste quand même assise avec un grand poids sur les épaules. Quelle issue à de telles affirmations, autres qu’une hégémonie renouvelée de ce qui fait hétérolande, laquelle va bien sûr très au-delà d’une simple « orientation sexuelle ». La sexualité c'est l'hétéroforme. C’est un monde social fermé attentivement sur sa réalisation par tous, pour tous. Ce qui se passe ne revêt aucune importance, et le même, avec les mêmes dynamiques et les mêmes conséquences, s'affirme radicalement autre ; quand bien même il tente de s’insérer exactement à la place sociale prévue. Nous ne saurions n’être qu’un aboutissement des rapports sociaux, voyons, quel déficit de dignité ce serait. Nous en sommes forcément l’origine, pure et dure. Il nous faut arrêter de croire que les sujets, venus d’on ne sait où (de mars, de vénus ?), créent le rapport social, et que ce n’est pas ce rapport social qui nous crée. Et conséquemment que « s’approprier » les formes d’un social donné ne reproduit pas ce social.

La politique, n’étant probablement que la superstructure et la traduction de formes sociales à la fois réactionnaires et implacables qui n’entendent pas disparaître, même si il faut pour cela nous faire toutes mourir, ne peut que nous mener à vouloir spontanément avec ardeur, réaliser avec assiduité, ces formes : famille, travail propriété, amour. Et nous ébahir à répétition que ô surprise, avec la joie de l’idéal incarné successfullement, nous avons tout le reste, qui est rien crade ! Que nous voudrions bien voir comme une « anomalie », selon la vulgate de la critique réduite à la dénonciation de « ce qui est autre » ; mais plus le temps passe, plus la violence, la hiérarchie, le mépris suivent fidèlement l’idéal, plus nous devrions nous douter que c’est sa logique interne, implicite ou explicite, qui les porte.

 

Tous les voraces, de tous bords, en reviennent à l’amour et au politique, comme si l’un et l’autre étaient, pouvaient être, devaient être des remèdes au social et à l’économie ! Comme si au moins ils en étaient autonomes, échappés. Alors qu’ils en sont les aboutissements ! Et il est pas beau. Mais il serait vain après ça de dire que donc, puisque pas beau, le social ne peut être vrai. Hé ben non, il est notre vérité et elle n’est pas belle. Nous ne savons pas si nous pouvons agir intentionnellement dessus, et encore faudrait-il examiner de près les intentions qui ont une fichue tendance à découler des convergences et à les juste traduire. Mais que nous ne savons fait que rien n’est écrit. Parce que personne ne sait pour nous. Ni dieu ni césar ni tribun. C’est notre marche ou notre danse en rond qui écrit l’histoire, qui détermine notre réel.

L’obsession autour de la production et de l’appropriation des mioches est en soi, dans son intensité comme dans sa convergence, qui fait ressembler l’argumentation des lgbt les plus subversives à celle des hétéropères frustrés les plus mortifères, un symptôme flagrant d’une situation où l’appauvrissement matériel comme social de la vie d’une grande majorité ramène tout ce monde à s’étriper sur cette existentialisation de rattrapage. On tartine misère et mépris par la dignité et la reproduction. Et au croisement de tout ça il y a donc, je le répète, le phénomène d’investissement et d’appropriation. Le corps et le désir, unification et réclamation. Une véritable panique inversée : il faut posséder des relations, donc des gentes, et tout particulièrement de relations du type supposé apporter le plus de valeur sociale, morale et émotionnelle, donc des compagnes et des mômes. Que l’appropriation soit dans une certaine mesure réciproque ne fait qu’aggraver l’inextricabilité et la violence interne à la chose, et la réciprocité n’entraîne de toute façon pas l’égalité. En outre, la reproduction par les personnes des éléments du rapport social de sexe fait que dans la plupart des cas réapparaissent très vite les clivages genrés quel que soit l’identité des parties prenantes.

Les convergences du dépit que « ça ne marche pas », l’économie politique et ses divers avatars et réalisation, vont vers la régression, la brutalité et le masculin. Le retour aux sources d’un social qui n’a jamais réussi à se mettre en question, quelques désastreuses que soient ses conséquences grandes et petites, quotidiennes et historiques. L’obnubilation sur un devoir être d’une misère à grappin qui confond.

 

Comme le signifie avec emphase une de nos célébrités qui, parmi d'autres,  a découvert combien c’est cool, gratifiant d’être un homme (sans blague ? tu m’étonnes ! hein, tout de même, pasque sinon toute cette histoire qu’on ne saurait vouloir changer était un peu pourrie vécue de l’autre côté…), s’il y a une chose sur laquelle on n’a pas de question à se poser, quand le reste n’est plus évident, bref qui le reste inaltérablement, c’est bien l’importance définitive de baiser – et finalement, petit à petit, en tirant la ficelle, de tout ce qui vient avec, encore une fois le rapport social de sexe dans toutes ses prérogatives et exigences ; on n’a pas de question à lui poser, c’est lui qui nous inquisitionne, nous formate et réclame.

Il n’y a pas d’issue dans la dynamique de spontanéité, d’impensé, de célébré et de convergence. Non plus que dans celle de rébellion au nom de ces évidences intemporelles, in fine toujours passéistes, avares et ressentimenteuses, et de libération du potentiel encore disponible de ces mêmes évidences – qui suppose l’anéantissement prioritaire de la critique et des illégitimes ; rébellion et libération sont surenchère normative et hiérarchique. Et une idéologie est ce à quoi on s’identifie le mieux, qui nous fonde ; l’heure est à reprendre de la distance.

L’amour, sous tous ses avatars, comme le disait Ti Grace Atkinson, n’est autre que la personnalisation outrée de l’appropriation, de la peur, et conséquemment de la violence. L’amour est le prétexte du rapport social de sexe pour exister et maintenir son emprise ; on n’en finira pas avec le rapport social de sexe si on n’en finit pas avec les amours, et leurs visages interchangeables, dont la succession ininterrompue semble avoir pour fonction de nous occuper.

Vivisection et si nous le pouvons assèchement méthodique des évidences, des ressentis, des désirs et des recours. Voilà un possible programme pour rompre le ronron circulaire, descriptif et in fine légitimant des logies et des graphies. Sans quoi on en sortira jamais. Mais voulons nous, ou plutôt qui veut en sortir ?

 

Rapport social de sexe : l'appropriation ne se résume nulle part aussi bien que dans la consommation et la destruction ; je t'engendre, je t'utilise, je te squatte, je te tue ; bref je t'aime. Cool. Pour en finir avec la relation !

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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