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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 15:47

 

Gne vais gnencore dire pourquoi le TDoR® continue à m’horripiler ; et même un peu plus désormais. Je sais, je vais encore une fois me répéter. C’est le propre des escagotes de la comprenette et de la rumination comme mézigue, qui bougent toujours mais très lentement. Hépuibon, hein, je suis loin d’être la seule à ce faire.

 

Déjà parce qu’il fonde la légitimité sur la mort, sur la souffrance, voire sur le sacrifice qui ne traîne jamais bien loin. De toute façon le légitimisme qui a de nouveau, ce n’est pas la première fois, remplacé la critique des rapports et des situations sociales, me fait gerber. Une fois de plus on part de l’être et du devoir être pour discipliner, produire ce qui est censé avoir lieu, et on se fiche bien que ce qui se passe, continue à se passer, même se renforce ; on ne cherche pas non plus à l’analyser pour le changer. Nan, l’important c’est de se l’annexer quand il est avalable, de le nier quand il l'est moins.

C’est même je crois de se rassembler autour du couple mi assassin, mi fantôme, de la mort comme règle ultime et de ce qui devrait être idéalement et dans l’ordre social et économique actuel que nous nous mettons dans l’incapacité et je dirai même dans l’interdiction de nous organiser maintenant, pour subsister et pas seulement pour nous « représenter ». Nous sommes tellement méfiantes envers le permanent, le factuel et la transformation, que nous nous réfugions, façon de parler d’ailleurs, pasque c’est chacune pour sa pomme, dans le ponctuel, le symbolique, l’intemporel. Nous sommes conséquemment incapables de nous éviter de mourir, par refus d’une collectivisation effective, et en plus nous allons nous « ressourcer » sur le terreau de nos mortes.

Les idéologies instrumentales morticoles se retrouvent quelque part sur le même plan à la fois idéalisé et objectivé que celles dites de la vie. La mort (brrr ! j’ai horreur même d’écrire ce mot, objectivé…) sert depuis trop longtemps, et à justifier les pires bêtises ou les pires horreurs dès lors qu’on est prêtes à mourir et à tuer pour ; et par ailleurs est un vieux motto faussement égalisateur pour nier les rapports sociaux, puisqu’elle serait à la fin la seule « vraie réalité », la qui l’emporte et prétendument égalise. Mon œil, ce qui compte c’est comment nous existons, les unes et les autres, avec quels moyens. C’est de la vue, de la prise en considération de ça, de comment ça se passe, dont nous nous détournons délibérément quand nous nous rassemblons pour ce genre de cérémonie ! Sans parler de la communion dans l’émotionnel et autres escroqueries du même genre. La mort, rageante réalité de fait, sert beaucoup trop de chaperon idéologique pour passer l’éponge, quand ce n’ets pas carrément pour résumer et justifier. Zut. Nan mais quel avenir ! S’il nous dévore et anéantit, on ne l’aura pas volé ! 

 

Du coup on a bonne mine quand on constate que cette logique, qui profite toujours au plus fort, au plus surplombant, nous enterre immédiatement nous-mêmes. Le TDoR, c’est, on est quelques à l’avoir pourtant déjà dit, deux gros mensonges. Le premier est constitué par l’apparition massive à cette occasion de nos sympathiques alliées, lesquelles passent tout le reste de l’année* à massacrer des nanas transses dans leur sympathique milieu « mgt ». Ah mais le TDoR c’est Noël, tout le monde s’aime, et conséquemment nous sommes invitées (oui, je cause spécifiquement depuis la place de nana transse donc au féminin) à passer l’éponge, en tous cas vis-à-vis de ces suçoirs et abbateuses bipèdes. Quand ce ne sont pas tout bonnement, tout cyniquement, nosdites alliées qui se le kleptent, le jour des mortes, et nous mettent en scène, intersectionnalité permet ! On y arrive dans les endroits les plus "in". Le statut, la situation des transses en milieu majoritairement cis et masculin sont de plus en plus dégradés et marginalisés. Il faut nous tirer de là, et cesser d’être abordables à notre détriment, pour ne pas dire récupérables gratos.

On pourrait se dire déjà que nous devrions tenir les cisses à l’écart de ce genre d’occasion, qu’elles ne puissent plus s’en prévaloir. Et généraliser des (j’ai bien dis des) non-mixités transses, spécifiques aux positions dans le social des unes et des autres. Mais pour cela il nous faut cesser de ramper après la cisreconnaissance, ah ça c’est dur, encore plus dur que de crever sous ses violences, apparemment.

On pourrait – sauf que comme d’hab’ ce serait se réfugier quand même dans le y a pas de problème dans nos fonctionnement et idéaux « à nous ». Mais pourquoi comment au fond ces occasions restent elles inusablement des velcros si commodes, si attirantes, et qui se retournent contre la plupart d’entre nous ? Est-ce qu’il ne faudrait pas mettre carrément en question la pertinence de ces rassemblements d’un jour, qui sont et ne peuvent être que de la représentation, qui par leur format et ses limites agglutinent toutes les bonnes volontés qui veulent se faire voir et reconnaître, à pas cher, quand ce n’est pas à nos frais, et sans engagement – cette glu va dans tous les sens, même si elle n’est pas égalitaire pour autant. Dans ce dernier sens, il s’agit pour les cisses « transphiles » de se faire reconnaître surtout par les autres cisses comme étant d’une haute valeur morale et subversive. On ne peut pas vraiment parler de besoin de reconnaissance par des inférieures sur lesquelles on empiète et bénèffe. Utiliser ainsi n’est pas reconnaître. De toute façon la comédie de la reconnaissance est globalement néfaste, surtout pour celles qui en auraient, dans le fonctionnement assez pourri et hiérarchique qui la génère, le plus besoin. Elle est systémiquement liée à l’impasse représentativiste.

 

Le deuxième mensonge, qui est lié à la même logique sociale plus déroulée, c’est « l’unité trans »’. La bonne blague, comme toutes les unités sociales inclusives prétendues. Les rapports sociaux, ou les différents aspects du rapport social, de capital, de sexe, de race, sans doute aussi de deux ou trois autres déterminations, hé ben non, ne modèlent pas la moindre « unité trans’ » ; déjà, comme si le sort des nanas et des mecs trans’ étaient les mêmes dans notre société précisément arqueboutée sur la légitimité et l’invisibilité relative ; et comme si les nanas transses étaient quant à elles dans des situations égales au regard des hiérarchies de valeur. Ça se saurait. Les trans’ « affinitaires », qui ont de manière générale du capital social et financier au derrière, tiennent la porte de la petite vie sociale pseudo-communautaire (et réellement classiste) bien fermée aux isolées, aux loquedues et autres pauvres. Je ne cause même pas des oppositions plus strictement politiques, par exemple du discours porté par ce qu’il faut bien appeler, sur le modèle de Dworkin, les transses de droite, lesquelles dénoncent les demandes d’avancées et d’égalité formelle comme dangereuses. Bref, unité mon œil. L’unité trans’, comme toutes les unités, est un catéchisme qui se retourne contre nous, qui nous prend à la gorge avec ses exigences et ses affirmations contradictoires, qui enfin renforce les unes contre les autres et finit par éliminer les plus faibles. Celles qu’on ne voit jamais à translande affinitaire ni aux « journées de mobilisation ». Le TDoR est, en interne comme en externe, une copieuse accumulation d’hypocrisies. L’isolement, la précarité et quelquefois la mort des unes peuple carrément, à rebours, la contrition démonstrative (je ne cause même pas de la farce de la « colère ») et la socialité des autres. C’est ce qu’on appelle la division des tâches...

Les idéologies d’unité sont toujours des fictions politiques destinées à gommer les inégalités sociales et les rapports de pouvoir qu’elles déterminent, comme les tropismes vers des idéaux qui « uniraient » - généralement en éliminant ce qui dépasse ou n’est pas assez performant pour. L’égalité ne se décrète pas performativement, surtout quand on reste par ailleurs attachées à un fonctionnement social inchangé, individuel et propriétaire ! Nous ne sommes pas « unies » et même bien des fois opposées, et par nos situations, et par les buts convergents du social actuel qui intègrent inégalité et compétition. C’est pas la peine de chouigner sur « la république » (ou autre gimmick péjoratif du même genre) comme simple fantasme négatif limité, « ce qu’on est pas, boudiou ! », quand au fond on en accepte, pratique et se « réapproprie » tous les fondements, lesquels sont subjectivistes, économicistes, justicialistes et valorisateurs. Conséquemment, et re-, unitaristes, symétrisants et convergents. Il faut renoncer à cet horizon qui nous fait marcher sans trêve vers un idéal contradictoire qui se dérobe.

 

D’ailleurs, en parlant de république, y a quelque chose qui serait anecdotique s’il ne ressortait pas de très vieilles poubelles, et qui finalement à sans doute quelques chose à voir avec ces idéaux que nous n’avons jamais réussi à vraiment identifier et critiquer : le « drapeau trans’ ». Alors déjà, le tricolore, moche comme un pou, avec ces couleurs tristes et délavées, soigneusement rangées en ordre du masculin vers le féminin… Ça fait peur ! « Les deux grenadiers » version trans’ ? Nan, je suis critique de la « non-binarité », mais ce n’est pas non plus pour qu’on se mette en rang d’oignons selon les raies supposées nous être destinées (ça reste à démontrer) dans l’exploitation maraîchère du rapport social de sexe. Et puis un drapeau, surtout donc figuratif de ce que nous « serions » (et dont nous ne devrions à aucun prix déborder, que nous ne devrions surtout pas briser), hé bien non, c’est une trop sale vieille tradition politique. Que ce machin soit sorti de notre impensé et soit petit à petit en train de s’imposer, en soi, moi je dis que ce n’est pas bon signe. Déjà le rainbow a servi à bien du gommage, bien du washing, bien de la symétrisation et bien de la mise en ordre. C’est désastreux je trouve qu’on emboîte le pas.

Le TDoR est notre onze novembre, soit une espèce de célébration complètement à côté de toutes les plaques nous concernant, fuyant même la prise de nos réels, essayant de rationaliser et de justifier l’état de fait à partir d’une symbolique et d’un embryon de récit historique, ce qui est toujours fumeux. Et finalement de tout ramener au silence en interne. Faisons les cariatides autour de notre drapeau (décidément, nan, ça ne passe pas), et allons après nous bourrer l’émotionnel d’audiovisuel consensuel – surtout ne parlons ni de ce qui nous fâche, ni même d’ailleurs de ce qui ne nous fâche pas. Nous nous moquons des clubs de convivialité ruraux, des anciens combattants, mais franchement quelle différence y a-t-il à ça de nos convivialités, de nos mobilisations, de nos « symboliques de lutte » ? S’activer et ne pas problématiser. Pour la soupape de sécurité, nous avons les soirées témoignages. S’enjoindre confiance et choupi choupage entre personnes dont les unes dominent clairement d’autres, qui sont des fois sur le point de s’étriper et en ont bien des raisons. Ainsi des mascarades civiques qui font mine de masquer et de mastiquer le rapport social et économique. Il n’y a plus la moindre controverse à translande, alors même que ça craque de partout. Oscours quoi !

 

Il nous faut subsister, matériellement, maintenant. Et ça ne se fait pas « comme ça », portées sur les ailes de je ne sais quelle droit naturel politique tendant par essence à la légitimation et à l’amélioration, que nous n’aurions somme toute qu’à croire et à célébrer en en attendant l’avènement. Surtout dans un état des choses qui a plutôt tendance au contraire à tourner à l’élimination hiérarchisée. Aussi on ne vit pas que sur les questions médicales et juridiques, quand on est transse, il faut assurer la matérielle et la survie sociale, tous les jours. Bref, et vu comment les chose tournent, il serait bon de cesser de se « mobiliser », ça et là, pour faire – et bien piteusement – petit nombre, un tour de manège pour ta cause ou la mienne et rentre dans ta boîte ; et s’organiser pour vivre, tout le temps, et que ça concerne toutes ces transses qu’on ne voit jamais dans les manifs. Ce ne veut d’ailleurs pas dire amalgamer ni faire fi des inégalités ; s’organiser, ce serait précisément se répartir en collectifs pérennes et effectifs, au lieu d’une « unité » fantomatique, axée sur des objectifs à la fois absolutisés et incroyablement partiels, et qui ne concerne que des petits groupes affinitaires. Mais ça je l’ai déjà souvent dit. Courir après les formes majoritaires, pour ne pas dire hégémoniques, de cette société, quand on y est structurellement minoritaires et illégitimes, c’est à la fois pathétique et suicidaire.

En finir avec les « jours », et particulièrement avec les drapeaux et les chrysanthèmes. La surenchère dans le mémorial ne nous aidera pas, et j’irai jusques à dire que nous sommes aussi responsables si nous ne faisons rien pour nous protéger et collectiviser. Je sais à quel point il est fallacieux de nous inculper nous-mêmes des violences que nous subissons ; mais je maintiens que si, par volonté de ne pas remettre en cause l’ordre d’intégration, qui est aussi d’élimination, nous nous servons de cette doxa à rebours pour ne rien changer à nos fonctionnements, catéchismes, et continuer dans cette auto arnaque, alors nous en rajoutons d’autres, et à nos propres frais.

 

*(ah, non, c’est vrai, elles squattent aussi l’existrans, grand moment de célébration cisse)

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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