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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 11:01

 

 

 

J’avoue, ça va continuer à être du vrac, avec des trous. J’ai une flemme monstrueuse à ordonner et à bien lier les intuitions et les doutes qui me parcourent paresseusement.

 

 

"C'est la chenille qui redémarre"

 

 

La soif des « immédiatetés », de ce qui est signifié porter en soi signification absolue et enjoignante. Le corps, en bloc ou au détail, cet incessant bombardement de significations, de célébrations et conséquemment d’injonctions. Le corps, ainsi que le peuple ou l’identité, et quelques autres organicités du même tonneau.

La « critique affirmative » dans toute sa flamboyance ; on pose en présupposé d’emblée une notion « basique », par cet acte et énonciation même rendue origine, nature et neutralité évidente, indiscutable en elle-même. Puis on daube à ce qu’on prétend perte de vue (alors que justement on ne perd jamais de vue l’injonction unitaire et première), sur les « idéologies » qui « déformeraient » cette évidence, native, inquestionnable, nous-mêmes quoi. Ainsi entre cent exemples du corps, cette unité sociale ressentie comme nécessité. Sur lequel on fait mine de s’enhardir, une fois bien délimité ce qu’on peut examiner et ce qui reste de l’ordre préalable, à échafauder cent rhétoriques, visant finalement toutes à bétonner cette unité inscrutable en elle-même et dans son rôle de formes sociale idéale à remplir. Tout est politique signifie ici l’investissement raisonné et résolu dans la superstructure volontariste, l’usage comme on dit, et l’évitement élégant mais sévère, sourcilleux, de la décomposition possible de la donnée « de base » en signification et injonction sociale très précise. Et parfaitement réelle, par son intériorité active, partie de nous pour y arriver, question et réponse catéchétique, son universalité émulatrice et concurrentielle.

 

Toute cette doctrine libérale de la transcendance de ce que nous aurions déjà toujours été ou devrions nécessairement être, hors la méchante domination hétéronome (toujours l’autre qui domine), et qui confit tout bonnement l’individu isolé, concurrentiel, réduit au rapport d’appropriation,

 

Le « corps », que nous sommes incitées à présenter comme un présocial, un essentiel, un uni et un surlégitime. Alors qu’il est probablement l’expression, si on tient à ce terme, des objectifs sociaux. Sans parler que « le corps », schématiquement appelle dialectiquement « l’âme », et finit par se noyer dans elle. Retour à la fin anhistorique et répétitive. Corps, sexe et spiritualité prolifèrent en fin de compte sur le même tas d’impensé et d’absence de distance ; on pourrait se débarrasser ainsi des trois en même temps.

 

C’est le concept social agissant même de « corps » qui encadre et détermine ces « normes » qui nous font chouigner, que nous essayons de dépasser en surenchérissant dessus des fois que « ça craque ». Et ce sont les fonctionnalités spontanéifiées de ce corps-ensemble/fonction-idéale auxquelles nous demandons (mais est-ce bien sincère ?) un changement. Voulons nous réellement sortir de cette logique hiérarchique et despotique, ou au contraire voulons nous nous en sortir au mieux dans son cadre et avec ses injonctions ? Bref être de celles qui en profitent, qui les réalisent au top, parce que ça ramène bien souvent à ça, derrière les proclamations et les revendications.

 

L’idéologie de la « chair », de l’identité organique, rappelle de très mauvais souvenirs, au reste, qu’elle s’applique à « l’individu » ou au « peuple ». Du Heidegger en concentré. Là, le corps devient machine de guerre et justification de pureté. Le corps, ses signes, sont constitutivement la forme d’une pensée de droite. Le corps, dans toutes ses acceptions, est une objectivation, une cristallisation, une résomption des contradictions et des rapports sociaux – bref leur négation au profit d’une reproduction immédiate.

 

Enfin le corps, posé en sujet, se retrouve rapidement toujours, au moins implicitement, forcé par les rapports sociaux qu’il ne saurait résumer à s’inscrire dans une dualité, que ce soit avec l’identité, l’usage, que sais je ? Mais du coup à confirmer la diarchie sujet objet. Comme échappatoire ratée, c’est complet.

 

Aussi facilement qu’il est célébré positivement, visibilisé, en tête de gondole, le pack des organes comme dit sexualisés, gonflés, c’est le cas de le dire, de normalité agissante, de devoir être et faire, d’essentialisme et de génitalisme – la surenchère du biologisant et de la performance. Très haute valeur ajoutée. Le sexe crée de la valeur et conséquemment du pouvoir, cimente et structure leur ordre, s’y identifie. Peu de choses s’achètent aussi cher et sont aussi obsessionnellement recherchées, échangées, que la production et la reproduction qui coulent à flot du ra^pport social de sexe et de la sexualité. Mais il paraît que c’est lolément indéterminé, foisonnant, libertaire, subversif « subversif » yes dude ! Bref libéral-spontané-naturel. « Anthropologique » quoi, social placé en deçà de la critique, référence sacrée d’où découlent l’ordre et ses nécessités. Ou comment s’épater en boucle devant les mirifiques lumières de la fonction sociale enjointe véhiculée à travers les « organes ». Point.

À un moment, déjà, il faudrait peut-être oser ou apprendre, nous décider à ne pas revendiquer ce à quoi, pourtant nous faisons chorus de ne pas vouloir êtres assignées, réduites, identifiées, cisses et transses d’ailleurs bien que de manière très différente : le corps, et sa fonction corégnante avec le travail, la sexualité. Encore une fois c’est une tarte à la crème : la sexualité imprègne, obsède, structure la société hiérarchique, masculine, mais elle serait « naturelle, préalable, émancipatrice.. » et on en passe et des meilleures ! Bien sûr arthure.

La fonction. La production d’immédiat. Ou, encore une fois, à cesser de nous plaindre des conséquences de causes que nous reproduisons avec enthousiasme, zut ! Non, nous ne somme pas « des corps sur pattes ». Cessons de cultiver et de « positiver » cette approche qui nous ramène toujours au même ordre idéal et social.

Le génital et compagnie n’a pas besoin d’être valorisé et réhabilité ; on aurait plutôt intérêt nous de l’oublier un peu et de défaire sa charge sociale, histoire de vivre et de ne plus s’obstiner à en « faire quelque chose ».

 

Pattes, d’ailleurs, tient, si on doit causer de santé, d’état physique - C’est clair, que les guiboles fatiguées des vieilles nanas, ou leur pancréas chevrotant – pourtant tout aussi impactés et significatifs socialement, mais infiniment moins rétributeurs. Y a qu’à voir l’étonnante et foisonnante variété des ateliers répétés sur les questions de « corps » : sexe, génitalité, application sexuelle de telle ou telle partie, santé – sexuelle (re !)…. Parlez moi d’ça, y a qu’ça qui m’intéresse… Que du positif – et le positif, dans une société de production et de concurrence, c’est ce qui crée de la valeur. Il n’y a guère que ça qui, avec les biceps dans une autre mesure et selon une idéologie qui d’ailleurs croise quelquefois celle de l’hypersexualisation, produise de la valeur sociale et d’ailleurs monétaire. Il faudra qu’on en recause de cette échappée soigneusement normée et là aussi hiérarchique dans la plus value, et que le sexe est une des choses qui s’échange à la fois le moins et le plus cher – ce qui d’ailleurs indique bien que la notion de gratuité ne nous fait pas non plus sortir du monde de la propriété et du fric, ni des ses contraintes (par corps !), bien au contraire, elle les confirme. La génitalité, le daisir/plaisir, la relation valorisante et enjointe, comme c’est nouveau, original, prometteur de qu’on n’a jamais vu, hors échange et concours… Qui produira le plus de valeur sociale en le moins de temps ? Rien à voir avec l’économie évidemment… Ni avec les bonnes vieilles hiérarchies…. L’important est de s’opposer à toute désexualisation, et au contraire de lui gagner des parts de marché et des zones érogènes. Ce serait pareil avec la rate, si elle était objectivée-subjectivée (les deux font la paire, et ne s’opposent que pour la galerie de la croyance dans les idéaux métasociaux). On peut convoquer les plus humbles abats. Tout ce qui est censé receler de la valeur en soi redevient utile, salvateur même, à l’époque ou nous sommes en train de réintégrer la misère réelle et matérielle, de même que les monnaies de substitution genre dignité, toussa toussa. Rafle tous azimuts pour arriver à maintenir une sorte de marché. Vade retro les castratrices !

 

Accessoirement, si j’ose dire, comment surenchérir sur notre propre réduction aux fonctions auxquelles est assigné le féminin : cul et service. On appelle ça doctement la réappropriation – mais le jeu principal est celui de l’appropriation des unes par les autres, condition indispensable à ce que le « jeu social » produise de la valeur et des conséquences tangibles. Conséquences dont nous nous lamentations bien souvent, à raison – mais sans aucune velléité de rompre avec l’ordre social et comportemental qui les produit. Bien au contraire, appuyons sur l’accélérateur, on arrivera peut-être à quitter l’orbite terrestre…

 

Enfin, cette positivité adhésive perpétue systématiquement, et on ne saurait s’en étonner si on a gardé ne serait-ce qu’un soupçon de féminisme matérialiste critique, la valorisation in fine de la meilleure incarnation des normes physique, relationnelles, de genre, avec l’enrichissement lié à l’exploitation des marges « raisonnables « (grosse mais pas vraiment trop, agenre mais pas transse, avec des spécificités de santé mais pas franchement malade, ect…). D’où un paysage qui ne dépare pas dans le social général, un piercing ici, un coup de tondeuse là, mais globalement rien qui fasse tomber, là encore, la plus value et ses règles tout de même assez étroites. Mais il serait illusoire, comme il l’a toujours été, de vouloir « valoriser » plus largement ; ça n’a jamais marché et pour rien du tout ; ce qu’il faut attaquer c’est la valorisation et les fonctions qui la portent.

 

Le pack du ressenti, du spontanément partagé, de ce qui s’impose quoi, fait aussi qu’on passe volontiers et avantageusement de l’analyse, des contenus, de la signification problématisée, à la perfo, à la démonstration de combien c’est comme ça – ce dont personne ne doute en l’état – et par glissement de combien finalement ça doit être ça, comme ça. L’expression, et l’expression positive - pas dubitative, bouh, pas bien – épouse avec entrain l’ordre incorporé. Il y a quand même une étrange convergence entre la croyance en un réel générique, objectivé, à la signification préexistante impérative qui déterminerait ce que devrait être notre social, et le subjectivisme qui suppose la création de ce même social par des volontés et des identités tout aussi préexistantes, impératives – les deux permettant de prendre ne étau de d’écraser l’approche en termes de réalité permanente, totale, matérielle, des mécanismes de rapport social. Et de les reproduire avec la plus grande liberté du monde. La liberté, présupposé hégémonique et transcendant, ne pouvant de toute façon mener qu’à la reproduction.

 

L’incorporation, le transfert des injonctions et des significations au pack « corps », est une impasse. Tout particulièrement en matière de rapports sociaux de sexe, car c’est alors se ruer sur précisément cette zone à laquelle nous sommes assignées. Ce corps qui doit nous définir, nous délimiter, nous exprimer, exister, unifier, produire. Et ses annexes idéologiques et sociales de l’idéal relationniste et sanitaire, plaisir pleine forme intensité. Le corps, la parole, le ressenti, la praxis, les « pratiques », disciplinaires et macératives tout autant que célébratives et positivistes, tout ce qui, surtout objectivé/subjectivé, placé à l’origine de ce qui se passe et non en conséquence, promeut et permet la reproduction, et de couper court à une confrontation avec les contradictions qui nous fondent et traversent. Le bon vieux rêve politique et mythique de l’unité, là encore. Mais nous ne sommes pas plus unies que le social qui nous informe. Le corps, comme bien d’autres totalités, est exemple type de ces instances que nous créons par fétichisme dualisme, et que nous gonflons des injonctions que nous entendons devoir nous être faites de façon imparables : c’est nous, donc nous devons nous écouter.

 

L’ordre social a priori, son implicite, est beaucoup plus puissant et concentré dans les petits mots simples et doux que dans les complexes théories. Et c’est encore plus facilement au nom de ces petits mots qu’on peut provoquer des conséquences extrêmes.

La pensée-corps est historiquement conjointe à l’organicisme, aux imageries régressives, aux politiques de l’appartenance, que celle-ci soit dévolue par groupes a priori ou inscrite sur le compte d’une individue « indépendant » tout aussi a priori et dualisée. Toutes ces pensées convergent vers un fétichisme de l’ordre, de la discipline, que celle-ci soit explicitement imposée ou implicitement reproduite. C’est une pensée du revenir à, du retour sur. Ce qui doit être, ennemi mortel de ce qui pourrait être fait.

 

Le véhicule de cet ordre est l’objet a priori, celui qui serait perçu sans médiation, soi-même, le recours. Cette fiction sociale est particulièrement difficile à débusquer dans la mesure où elle est placée en nous comme consensus de ce que nous sommes, devrions être, voire opposition radicale à un social hétéronomisé dont nous ne serions pas « tout à fait » - mensonge originaire de tous les romantismes et de tous les essentialismes pour couvrir les contradiction et les conséquences de la réalisation de ces formes et objectifs. Cet objet dont émanerait un sens, une signification « en lui-même », qui porterait l’explication et évidemment ses voies, est une nasse que nous ne pourrions peut-être que couper au couteau si nous voulons essayer d’en sortir.

Enfin, la croyance que l’on peut échapper à nos déterminations par l’intention, alors que celle-ci à plutôt tendance à potentialiser indéfiniment la reproduction.

 

C’est une véritable resuscitation du même, des mêmes bons morceaux, que nos hochets significations et usages, devant lesquels nous nous appelons à nous ébahir et à nous émerveiller, histoire de ne surtout pas nous réveiller de notre cauchemar social et existentiel. Au reste, on n’a jamais changé quoi que ce soit en positivant les assignations, les emmerdements et les « fatalités » sociales, si incarnées soient-elles. Bien au contraire.

Ces unitarismes préformés, de ce qui doit être ressenti, doit nous occuper au sens territorial, cognitif, se basent sur une culture du court-circuit, de l’immédiateté prétendue, de l’absence de distance et de réflexion, ou plutôt de création et de complétude sans délai de cette réflexion par ce qui soit être. Nous sommes vachement dans le court circuit, le retour du même sur soi, revalorisé par quelque métanoia intime et gavé de sens, dans la rétribution personnaliste qui coupe la route de la transformation sociale.

 

Nous sommes coincées, à nouveau, parce que c’est déjà arrivé autrefois avant la « renaissance » des années 90, dans un fonctionnement liturgique de transmission et de réitération d’affirmations et de questions réponses qui évacuent d’emblée les problématiques de fond, savoir si nous ne reproduisons pas fondamentalement les idéaux des conséquences desquels nous nous plaignons. Il n’y a qu’à voir les menus de notre « rencontres » subsistantes ; praxis décomplexée, positivée ou neutralisée, conférences sans questions sur le cadre, évitement des constatations récurrentes qui pourtant fâchent – mais ne font que fâcher, et finissent dans le marais psychologisant de la colère, que d’aucunes s’entendent à gérer. Pas de critique.

 

Qui cherche l’immédiateté, le « port du sens », trouvera répétitivement la reproduction des mêmes formes et la conservation.

 

Noua aurons peut-être été, à un moment des choses, le secteur social qui aura envoyé la possibilité et la velléité d’une remise en cause parmi les plus radicales droit dans les filets incritiqués les plus immobiles de l’ordre ontologique et idéaliste…

Cet échec (relatif ?) devrait bien nous montrer que, ben non, on ne fait ce qu’on veut ni ce qu’on rêve (et finalement ce rêve n’est il pas lui-même une reproduction ?) quand on essaie juste de réinvestir des catégories qui nous constituent et si j’ose dire nous gouvernent ; bref que la subjectivité et la volonté ne brisent pas la logique de reproduction. Un exemple frappant est le genre, les espoirs que avons mis dedans en renommant ainsi un rapport social de sexe que du coup nous avons négligé de vivisecter, croyant l’avoir laissé en chemin, et le retour permanent des éléments déterminants de ce rapport dans nos paradis reconstructeurs. Les a priori qui se présentent comme des « outils » ou des éléments « neutres en soi » sont en fait toujours déjà des déterminations sociales globales, dont l’utilisation mène systématiquement à les réitérer et à les renforcer, fréquemment même à travers une apparente déconstruction ou remise en question, au rayon d’action opportunément limité à ce qui est objet – pas touche au sujet, où peuvent se réfugier tous les mécanismes, tous les codes, toutes les spontanéités de reproduction.

 

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La Bestiole

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