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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 13:06

 

 

Pour des féminismes divergents et conséquentialistes

 

 

Ces derniers temps une proportion croissante d’options nous la jouent « unitaire », « référentes » ou « convergentes ». Sororales et solidaires. J’ai déjà un peu donné quelques coups de pioches il y a quelques années dans les implicites de préservation du niveau de pouvoir social qui structurent et orientent la solidarité. Mais pareil pour les grandes pointures. Déjà, « unitaire », c’est toujours dualiste, il y a nous et les zautes. Les légitimes et les illégitimes. L’important étant justement d’arriver à un parfait dualisme, sans éparpillement. Une logique de guerre de tranchées, quoi, afin de faire triompher une abstraction réelle mangeuse de gentes ou bien une autre, de lui déblayer le plancher de nos superfluités. Zut.

 

Au fur et à mesure du naufrage de l’économie et de son sujet idéal, citoyen, propriétaire, toussa toussa, on se retrouve engluées dans une anthropologisation, une renaturalisation des tropes et exigences sociales, que ce soit l’échange, la sexualité, etc. On ne peut alors plus que surenchérir dans leur réalisation intense et harmonieuse, sans pouvoir interroger de front leurs conséquences. Supposer que cette intensification nous fera les « dépasser », c’est la bonne vieille tarte à la crème libérale, existentialiste de droite de la « réalisation ». Coïncidons à fond avec le « social qui nous aliène » (cette autre tarte à la crème, l’aliénation, par rapport à quelle « autre réalité » pré ou métasociale que nous aurions du incarner ?), et une magie transcendante nous fera (peut-être) gravir un échelon qualitatif. Tout cela ressemble à se méprendre aux arguties économicistes, où la lance du progrès et de valorisation est censée guérir, en gros, les blessures qu’elle cause… enfin, pour les qui auront survécu, évidemment – et là se pose la question de la légitimité exterminatrice. Quoi sera appelé à survivre (et on a l’impression que comme d’hab’, ô stupeur, ce seront les qui portent le plus de valeur à échanger…). Les néo-léninistes sont incapables de sortir du rêve selon lequel notre traduction incarnation en valeur, avec les béquilles de la justice et de la transparence, serait à la fois indépassable (pour le coup !) et salutaire, et donc que notre seul « dépassement » serait d’y parvenir enfin. En cela, elle donnent en plein dans le subjectivisme de recours : quand la matérielle manque, conséquence attendue de la focalisation sur la valorisation, on va réclamer ses fonctions aux idéaux à priori, indépendance, dignité, incarnation – bref formes politiques censées informer le social, marche sur la tête quoi. Et délivrance en réponse des solutions mêmes générées par la logique économique non mise en question : hiérarchie et élimination. Malthus à toutes les sauces. Boum.

 

Comme ces féminismes inclusifs ou « de la totalité », qui n’étaient pas en soi d’une mauvaise intention, mais font l’impasse sur tout changement structurel de fond, et qui nous ramènent cependant de fait avec la badine moral-politique - et aussi des constats fort judicieux et exacts (on aurait donc tort de ne les pas consulter même si on le suit pas) - à l’universalisation croissante du rapport social de sexe, où le besoin et l’appropriation exacerbent et étendent toujours l’assigné masculin, lui même distribué et distributeur, et où le service, rémunéré ou pas, négocié, intégré ou consenti, reste imposé à l’assigné féminin. Assignés ne relevant pas tant des identités sexuées au sens étroit que de systèmes d’éléments sociaux hiérarchisés a priori, qui rebasculent de manière plus ou moins complexe mais toujours directive ou attractive sur les sujets et sur la sexuation ; ces assignés sont préalables, rapport social, et nous constituons leur conséquence. N'empêche, dans les faits, il n'y a pas de hasard ; qui/quoi nécessite qui/quoi ?

 

La nécessité, ce qui ne se discute pas, ce qui est anthropologisé pour couper court à la critique sociale, ô surprise, en positivité c’est toujours une forme positivée, qui relève de l’assigné masculin – et en dialectique négative, en renvoyé, du féminin. Bref, déjà, refuser a priori le nécessitarisme et ce qui va par là de soi, les besoins sur pattes et les priorités unitaires. L’unité, la totalité et la convergence sont des manières d’apparence évidentiste ou enthousiasmante de passer sur le rapport social, rapidement mis à dissoudre ou proclamé superficiel, pour aller vers des « vérités » premières qui sont systématiquement la réédition plus ou moins ampoulée des hiérarchies légitimistes de l’époque, « ce qui aurait toujours du être ». N’y a plus de problèmes, tout va dans le même sens, n’y a qu’une solution. Ce qui est amusant, si on veut, c’est que cette apparence moniste à première vue cache (de moins en moins à mesure qu’il se décomplexe) un dualisme féroce. Toujours basé sur une priorité de l’être (éventuellement habillé en existence), qui permet d’évidentiser et de déproblématiser les buts sociaux et les formes qui les structurent. Ne restent plus que les bons (forcément innombrables au début, singulièrement réduits après…) et le complot, selon un sous-matérialisme qui a renoncé, et c’est peu dire, à interroger l’idéologie pour se focaliser sur sa distribution. Tout cela, comme des Gramsci et bien d’autres, tend joyeusement la paluche au bercail originel de l’appropriation, de l’identité et de la hiérarchie naturelle supposé grand ouvert – ce qui est d’ailleurs une illusion, ça va sérieusement charcler à l’entrée ; on est toujours trop et jamais assez devant les idées et leur exigence. Dans notre mon de réel, effectif, de rapport sociaux, le seul point convergent est celui qui nous évalue et nous élimine ; Tirons en conséquence, et cessons de croire en un quelconque rassemblement égalisant par la vertu miraculeuse de la convergence des luttes. Les paléo-universalismes de recours qui reviennent sur le marché de l’hégémonie jouer une nouvelle partie, ne font même plus mine de se cacher pour ce qu’ils sont, ne font qu’accentuer et préciser celui en faillite du sujet rêvé de l’économie politique. Le bon vieux piège de la surenchère qui libère… les formes sociales dans leur version la plus tradie et encore une fois éliminatrice.

 

Le subjectivisme a été restera un moment indispensable de la connaissance et de la prise de conséquences, mais s’y enfermer comme principe unique, c’est se livrer à nouveau à l’état du rapport de force des formes sociales, et redonner illico leur place prédominante à celles qui y sont déjà, ne soit ce que pour es « redistribuer » - en négligeant le fait qu’elles sont elles-mêmes principe de distribution, de hiérarchie et d’élimination. Bref, réinstaurer l’impératif catégorique et surtout unitarien. Les subjectivités sont à connaître et si ‘on veut embrasser, mais elles constituent elles-mêmes la totalité réelle qui nous assigne. On ne peut trouver nul échappatoire dans leur pratique assidue ni leur célébration, et nous en serons alors toujours à devoir incriminer de leurs conséquences quelque « mauvaise volonté » pour le coup tout à fait transcendante. L’ontologie et un subjectivisme qui pense pouvoir passer sans encombre de la connaissance au changement sont parmi les meilleurs moyens de nier la réalité des rapports sociaux et de les prendre en compte pour ce qu’ils sont.

Pareil, la subjectivité formée par l’économie politique, de propriété, de citoyenneté et de « neutralité sociale », a touche depuis un bon moment les contradictions mêmes de cette économie politique, et élimine du non-rentable et du féminin à fond la caisse. Ce projet historique et non seulement mort mais meurtrier.

Il m’est d’autant plus que l’affaissement général de l’économie et de son sujet ramène massivement, comme substitut, légitimiste et originel, le relationnel, qui reprend du poil de la bête sous tous ses aspects, vaguement négociables ou pas du tout, du care à l’appropriation pure et simple en passant par une palette incroyablement diverse de déclinaisons, qui penchent cependant toutes dans le même sens de distribution de pouvoir et de production d’existence légitime. Le principe en est de tenter de dégager encore, si l’on peut, un peu de valeur monétaire et, par ce retour aux sources, autant que possible de valeur substitutive, sparadrap. Sauf que cette dernière, déjà fort rigoriste in se, devient de plus en plus soumise à exigence, supposée remplacer la production et l’échange dans son mouvement plus ou moins autonome, et le résultat en est le même : évaluation, insuffisance, élimination. Le relationnel qui de toute façon a toujours posé problème, suit la logique dévorante de l’économie qu’il est censé essayer de remplacer cahin caha. Tout cela correspond avec une surlégitimation passionnée de formes supposées plus basiques et quelque part « naturelles », fondées dans un ordre humain foncier, de l’économie où l’échange, incarné de plus en plus totalement par et dans les personnes, converge singulièrement avec l’exigence désespérée de rentabilité toujours plus forte d’une économie qui étouffe de sa propre logique. Tout est valorisé, et éliminé si pas valorisable. Et c’est marqué au sceau d’un « réel » (au sens de la fiction réactionnaire de la réalité revendicative des formes sociales figées), d’un im-médiat ou d’un moins médiat, où la franchise a toujours été le passeport du cynisme, de la reproduction la plus exacte des rapports de pouvoir tradis autant que modernes. Une fois de plus, plus c’est brut et attendu, plus c’est vrai et juste, forcément. Course rétrograde à ces idéaux de vérité, de justice, et quelques autres, supposés devoir nécessairement primer sur les conditions réelles d’existence, les enfanter, et ce précisément dans une période où l’idéologie relativement concurrente au sujet de ces mêmes conditions, l’économie marchande, ne peut plus cacher sa faillite meurtrière et structurellement inégalitaire – donc mettons nous à l’encan, souffrons, approprions nous, mourrons et tuons au moins au nom du bon vieux réel fantasmé. Il importe d’ailleurs de constater que les formes de base – l’équivalence, la propriété, l’appartenance, restent inchangées. Là encore, pas touche, c’est « anthropologique », le mot magique qui fait sortir une forme ou une pratique sociale du cercle de plus en plus étroit de la possibilité d’analyse et de critique interne. En clair, cette fascination permet, dans les actes comme dans la pensée, de faire servir avec fidélité les idéaux antimodernes aux dernières exigences phagocytes de ce qui est désigné assez rapidement comme modernité ; et son corollaire, la dénonciation univoque limitée au domaine de la volonté politique, au profit de l’hégémonie de la reproduction « spontanée » des rapports sociaux les plus déterminants, n’est pas sans rappeler le stade extrême désiré au libéralisme, où tout est « dérégulé », bref sorti du domaine problématisant, pour laisser place elle aussi hégémonique au rapport social d’appropriation. Quelque par, l’unité est réalisée, elle est évidemment réalisée dans ce qu’elle peut être, une idéologie, une projection et une injonction. Débrouillons nous pour en être.

 

 

*

 

 

C’est peut-être bien donc, à la racine, précisément avec les pensées de l’unité qu’il faudrait en finir, ou au moins dans lesquelles il faudrait éviter de tomber ; lesquelles contiennent tous les travers de l’hégémonie indéfiniment renouvelée. Méthodologique. Et qui n’est que la déclinaison généralisée à toutes les identités de l’identité de base, formée avec le capitalisme longuement cuit dans quelques traditions de l’individu appropriateur et comptable, porteur de valeur et par elle seule sauvé et justifié ! Masculin, bien entendu, ce tout à fait au-delà de la seule logique d’identité ou de classe, par la vertu de ce que les formes structurantes du social de cet individu, quel qu’iel soit, sont celles de l’assigné masculin. La cage est large, mais ses effets n’en sont pas moins les mêmes : le féminicide systémique, massif, qui est un état social, en plein boom, à mesure que le sujet de l’économie politique implose par contradictions et manque de moyens, mais entende se revancher avant de mourir le dernier. On voudra bien croire que nous sommes un certain nombre qui n’aurons pas la magnanimité d’aller bénévolement mettre notre trombine dans le hachoir, de quelques paillettes morales que se pare celui-ci. Nous serons, conséquemment, à la fois réalistes en interne, et conséquentialistes, qu’est-ce qui donne quoi ? Et plus nous serons dans ces divergences conséquentialistes et assumées, peut-être plus nous aurons de chance de désamorcer la fatalité exterminatrice et absolutiste du naufrage.

 

Il faut assumer : au moins un féminisme n’était pas pour sauver l’intégralité de la socialité actuelle, mais pour la remettre en cause. Et dans une pareille période, il suppose aussi les séparations, qui sont à la fois une manière de survivre, et un chemin pour remettre en cause une universalité de fond anthropo. Ce qui est précisément se réclamer d’un refus de l’unitaire idéaliste qui finit toujours par nous attendre au tournant de nos renoncements, avec son héritage historique qui demande toujours reconnaissance et fructification. Ben non. Et par là même c’est évidemment soutenir toutes les divergences, et en finir avec les exigences de rassemblement, bref prétendre recouvrir (comme les mâles couvent les femelles !!!) tous les aspects du rapport social. Il nous faut autant de féminismes, vus comme socialité et réflexions à la fois, que de ceux-ci. Et cesser de vouloir à tout prix les accorder et les attacher les uns aux autres par des articulations qui finissent toujours par agir l’ordre hiérarchique de valeur qui les sous tend. La totalité, comme l’unité, ça cache mal la complémentarité et son ordre. Comme la justice cache mal l’appropriation. L’unitarisme est la mise en ordre et la mobilisation préalable à l’instrumentalisation de nouzautes par la hiérarchisation et l’inégalité de principe. On en a vu maints exemples rien qu’à lgbtlande et à féministlande, où les positions que se prétendaient spécifiques ont finalement abouti au réattelage du petit train, l’amour, l’appropriation et la masculinité dans les formes sociales en locomotive qui consomme petit à petit le contenu de ses wagons. Nous sommes séparées de fait, et séparées les unes des autres, assumons le, organisons nous et marchons dans le direction de nos sauvegardes et de nos avancées, plutôt de que de nous rallier tête baissée à une injonction « commune », en tierce position et qui préfigure nos disparitions, pour en arriver à des mondes structurés sur la valeur idéale genre la servante écarlate.

 

Converger revient systématiquement à sanctionner positivement l’état des rapports sociaux et des hiérarchies dans l’incarnation et la réalisation de la valeur qu’ils engendrent. Quand ce n’est pas carrément à fétichiser les « retours » à des états sociaux supposés originaires et géniaux, à la Bachofen. À rebours donc d’une tentative holistique, finalement classiquement humanistes dans le sens d’un devoir être unique, transcendant et évaluateur, je propose des tentatives séparées et qui ne prétendent pas d’emblée limiter leur effectivité en s’articulant. Aucune réductionnisme moral ne viendra nous prendre par la main pour nous tirer du naufrage de ce même sujet qui en est cimenté. Encore moins pour ne nous le faire surmonter et réaliser icelui. Encore raté. La convergence dans le rapport social retourné en origine et en ressenti ramène aussi sûrement à l’hégémonie universaliste de principe que les autres doctrines positivistes. Tant qu’à prendre les choses en large, autant que ce soit négativement.

 

« Pour un », cette locution a toujours dans la pratique comme arrière pensée une hégémonie, un anéantissement de ce qui n’est pas ce qu’elle contient ; pourtant, à la lire simplement, ce « un » est en lui-même situé et singulier, c’est « un », fondé sur un aspect du rapport social et une approche quelque peu a prioriste de « quelque chose qui devrait toujours avoir existé » - bref une ontologie surplombante. Les pensées de l’unité sont structurellement liées non seulement aux pensées de la légitimité, du « portage de vérité », mais encore à celles de l’originellité ; d’où d’ailleurs le retour du très usé « communisme originel ». Et la recherche (et quand on cherche a priori on trouve toujours, c’est épistémique) de l’émancipation dans des formes sociales supposées avoir été celle d’une « humanité générique », pervertie par les tortueuses civilités décadentes. Cette convergence se discute, mais en tous cas elle pose je pense problème par son apriorisme, qui rejoint les autres apriorismes de justification des bases sociales idéales, comme ayant du être, mais nécessairement « trahies », puisque le résultat n’a rien à voir avec un paradis. Sauf que c’est là un ensemble de pétitions de principe et d’aménagement pour les rendre toujours « justes ». La réalité serait toujours ailleurs, et surtout avant. Une méfiance obtuse se maintient envers tout ce qui pourrait n’avoir pas déjà « quelque part », existé, quand ce n’est pas carrément nous attendre dans la transcendance (le millénarisme qui court à travers bien des idéologies de la justice et de l’ordre en est le point de rencontre). Le sujet social démontre ainsi sa terrible capacité à la reproduction, et à la régression sur ses prérequis idéaux quand celle-ci est mise en péril par sa propre logique. Nous ne devons pas faire trop confiance à notre subjectivité historique et médiate, c’est sans doute une condition pour parvenir à briser ce cercle.

 

 

*

 

 

Il va de soi que dans sa logique même, ce genre de tentative rompt avec la mystique rassemblante de « la voie », et ne se propose que comme partielle et correspondant à une situation issue du rapport social. Et que refuser les opa’s convergentes signifie bien évidemment ne pas tenter d’aller gratouner les voisines. Ce sur une base strictement matérialiste, conséquentialiste des rapport sociaux, et non identiste. Par conséquent anti totaliste. Ce que recouvre de fait la prétention à la totalité, c’est rien moins qu’une horizontalité ou même qu’une redistribution ; ce n’est que la confirmation des priorités que recèle la logique de la valorisation et du primat moral, politique, masculin.

 

Il se prend tellement au sérieux, ce néo-universalisme complémentariste et conséquemment encore une fois masculin, à tous les points de vue, qu’on ne peut guère douter qu’il reprendra dans la continuité et l’intensité la destruction de l’anti-valeur, de l’assigné féminin donc, avant même de l’avoir totalement fait s’exploiter avec consentement. L’avenir, sans séparation et rupture, c’est probablement le féminicide, d’abord, et l’entrextermination virile pour suivre. C’est ainsi que se terminent les fantasmes justiciers, comme le fonctionnement économique et attributif dont ils sont finalement censés exprimer une version pure, supérieure ; la manière et juste plus décidée : on est des politiques ou on ne l’est pas.

 

Mais se jouer l’alternative de « la voie ou la fin », c’est précisément la méthode de l’hégémonie. Il faut donc aussi refuser, parmi bien des refus a priori à proférer, de se laisser déterminer par une prévision à laquelle on a en plus alors bien des chances d’être livrées et amenées si on reste en bloc(s). C’est précisément au contraire un éclatement qui remet en cause les prérequis, ceux de deuxième comme ceux de première instance (les politiques et les naturalisés), qui peut permettre de dérouter la tête chercheuse de la némésis qui prospère en nous sujet.

 

D’où notre préférence pour des féminismes, qui ne se prennent pas à la gorge au nom de, qui assument la divergence dans le rapport social, a posteriori, mais ne s’interdisent pas non plus, se proposent, une méthodologie de remise en cause systémique ; des féminismes conséquentiels qui entrent de plain pied dans la situation négative de l’assigné féminin, de son commun comme de ses non communs. Qu’on ait autre chose que les palinodies citoyennes, la scolastique sociologique ou les injonctions morales salutistes – étant bien entendu que celles-ci ont, et ont déjà, leur place et leur pertinence propres. Il nous faut donc aussi accepter de ne pas s’inscrire dans tout ce qui se passe et se pense. C’est la corollaire nécessaire de pouvoir refuser ce qui conduit à notre destruction. Tenir à distance la sororité de principe qui invisibilise le rapport social. Ne pas renoncer à être problématiques quoi. Cesser de servir, cesser de devoir être les réponses qui serviront à d’autres et les rassérèneront, les remettront en selle sur notre dos.

 

Nous sommes de celles, ou leurs succétrices, qui avons cassé provisionnellement, autrefois, quelques unes d’entre nous en tous cas, un des piliers de ce qu’on pourrait pour le coup appeler exigence universelle, hégémonie structurelle, le pilier du masculin incontournable et nécessaire. Cet universel vers lequel finalement convergent dans une même fascination verbeuse tant le parti de la dignité dans la différence que celui de la citoyenneté propriétaire. Ce faisant, nous avons pris une position d’échappée et qui contestait la fatalité du retour à la bergerie de l’un comme de l’être. Alors zut, nous sommes encore quelques à continuer, dans le négatif et la vivisection de la contradiction, les yeux ouverts

L’universel, si bigarré se présente-il, est contre nous, avec sa reproduction permanente des évidences hiérarchiques et des monnaies symboliques, de la masculinité à la dignité en passant par la justice, cette mise en équivalence forcenée, et la valorisation comme piédestal toujours plus étroit. Les fascinations unitaires, convergentistes ou totalisantes sont toujours sa manifestation instrumentaliste et d’ailleurs contredisent leur anti-universalisme affirmé ; il faut assumer sa propre logique, ses constats et ses conséquences.

Enfin les camarades léninistes 1.1 qui finalement n’ont jamais cru aux thèses du vieux barbu sur la destruction de l’économie et de son sujet par elle-même, s’obstinent à ronéotyper les romantismes essentialisant du Manifeste, et à refuser la possibilité que nous soyons déjà passées depuis un moment, en commençant évidemment par les moins rentables et les plus méprisées, de l’exploitation à la destruction et à l’extermination. D’où l’espèce de cégétisme moralisant de leurs bouquins les plus « avancés », qui de fait reculent à chaque fois, dans un contexte qui les rend de plus en plus anachroniques. Et n’arrivent évidemment pas à expliquer systémiquement la croissance de la mise à mort, autant que possible sous traitée ou même autogérée, des superflues. Évidemment aussi, on peut objecter qu’avec l’implosion de la richesse, on en revient volontiers à une économie relationnelle d’appropriation simple, mais même celle-ci s’essouffle, si on peut dire, par disparition aussi des hommes possesseurs. D’où une espèce d’économie substitutive de production de cadavres. Faire et défaire, engendrer et tuer, c’est toujours travailler.

Et on sent par ailleurs une arrière-pensée prégnante, à moitié fataliste, à moitié fascinée, de justifier l’idéologie populiste et légitimiste d’intensification du masculin systémique, bref là encore d’imaginer « s’en sortir » (mais qui et pour quel genre de monde ?) via la surenchère.

 

On ne sort pas des choses « par le haut », en les « dépassant ». C’est une de ces déjà vieilles, obsolètes blagues gagnante/gagnante qui ne peut profiter précisément qu’à celles qui parviennent à se maintenir gagnantes, intégrées ou « parallèles ». On ne fait alors qu’entériner et garder la même directive générale. Et reproduire un fonctionnement sélectif par la puissance et la légitimité sociale. On desserre celui ci en ouvrant leur fond et en détruisant leur justification. Un changement structurel vers plus d’émancipation et d’égalité réelles, matérielles, ne se fera probablement jamais par la positivation et l’intensification, mais plutôt par la négative, qui permet de désanthropologiser et de défétichiser les fondements de l’ordre social. Et par une critique qui s’attache au sujet, et ne cherche plus à exorciser un ordonnancement commodément supposé extérieur, hétéronome, en l’exilant aussi symboliquement que politiquement dans des citernes qui exonèrent les subjectivités de tout rôle dans sa production, que ce soit l’état ou les identités. Pour des séparations conséquentielles, de groupes en fonction des rapports sociaux, de logiques et de méthodes ; et des sous enchères systémiques autant que systématiques.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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