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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 12:23

 

 

Quelques interv’s et échanges récents, dont j’ai trouvé le fond à la fois nauséabond et épouvantable, me font revenir sur cette idéologie, on peut même dire cette structure collective de plus en plus prégnante, ce chapeau qui rend sourdes, qu’on peut résumer sous le terme de ressentiment, et qui informe une bonne partie du simplisme politique corrélé à l’extermination autogérée et hiérarchisée du sujet. C’est donc rien moins que de l’égalitarisme ou de la critique des bases fonctionnelles et idéales ; c’est à l’opposé ; ça ne s’embarrasse même pas souvent de justifications bien longues, c’est juste l’envie que le plus de gentes morflent, souffrent, périssent, sans même d’ailleurs bien souvent la moindre réserve sur soi-même, qu’on hait bien autant que les autres. Cette attitude progresse en général dans la société, et y compris parmi les collègues transses, sous diverses formes. L’une jouit de se voir assise sur la planche à clous de la stigmatisation institutionnelle, l’autre se délecte à l’idée que la politique économique va mettre plein de gentes sur le goudron. Toutes présentent cette particularité que leur obsession est d’imposer, ou de soutenir l’imposition, de cet ordre mortifère aux autres ; à commencer par celles qu’elles sentent ou savent en dessous d’elles (ces fameuses pauvres qui profitent indûment, vous savez, des restes de la concentration du capital).

Quelque part, on voit là le premier degré de l’escalier en colimaçon qui mène au meurtre de masse, que celui-ci soit DIY, à l’ancienne à la bio, ou approuvé par procuration. Structure à la fois typiquement masculine, et dans le même mouvement tout à fait donc idoine à l’exigence économique de réduction indéfinie de la base humaine, voir si on retrouvera à quelque moment de cette épopée hyper malthusienne une rentabilité provisoire.

 

On touche ici les limites de la raison, et du mauvais côté de surcroît. On plonge dans une déraison collective, fluente, un parti pris du plus grand mal – qui fait tristement pendant dans les options régressives à celui du « moindre mal » et du retour en arrière supposé indispensable. L’important est qu’on ait et qu’on fasse mal. Ici qu’on porte la concurrence directement à ses conséquences dernières, sans même passer par les prétextes et les intermédiaires de l’appropriation et de l’élimination relative des unes par les autres sur les marchés ; direct, on tire le tapis, le tapis des conditions mêmes de l’existence, et comme on ne peut pas le tirer soi même on applaudit les institutions et les rapports sociaux globaux qui peuvent le faire. Et le font. Quelque part on ne rêve que plaies et bosses. On a des vies miteuses et merdiques, et on va en présenter la facture au monde entier, en commençant par les qu’on a sous le nez.

 

Bref, et pour revenir à nozigues, il y aurait toute une graphie à écrire sur les transes de droite, je dis de droite structurellement, transversalement souvent aux étiquettes. Sur la place que nous occupons ainsi, pas nous le cacher, dans cet effrayant positivisme de l’anéantissement mutualisé. Parce qu’encore une fois il ne faut pas se leurrer, cette attitude n’a rien de « négative », au sens de se poser perpendiculairement ou en échappée à la mécanique en œuvre. Au contraire, elle se drape de pseudo évidences à surface moraliste, de justicialisme plus que sommaire, de poujadisme quoi, mais un cran et même plusieurs au-delà du poujadisme historique, on sent qu’il s’agit désormais de défendre non plus des intérêts qui seraient propres aux intéressées, nenni, il s’agit en premier lieu, et à n’importe quel prix je souligne, de priver les autres, et soi même au besoin, du nécessaire et finalement de l’existence. C’est la férocité bête qui sait très bien ce qu’elle veut. Qui parie même sur sa propre disparition, l’appauvrissement ne faisant que faire monter la violence et la régression, dont nous, transses, sommes parmi les premières cibles, illégitimes consensuelles. Mais rien à f’, on sent qu’elles sont en quelque sorte habitées par un but qui est au-delà d’elles, qui contient leur propre destruction (mais quand même après nous le déluge).

 

Rien à voir donc, et de très loin, avec la critique des rapports sociaux invisibilisés dans nos milieux, l’alignement des intérêts supposés collectifs et convergents sur ce que peuvent s’offrir les plus riches et les mieux entourées, au prix de l’appauvrissement et de l’exclusion des autres. Tout à fait à l’inverse, ce dégueulis moral descend fréquemment de celles de cette classe qui ruminent dans leur salon sur la non réalisation parfaite de leurs idéaux, sur la contradiction entre leur statut de transses et la stature sociale irrémédiablement perdue, et coule sur la tête de celles qui ne se sont jamais (trop) fait d’illusion à ce sujet, venant d’emblée de situations déjà peu favorisées.

 

Encore une fois, un peu de critique de l’économie politique indique qu’il s’agit là de l’incarnation de la logique des choses, pour laquelle et lesquelles nous sommes de trop. Il faut que nous dégagions, et il ne faut pas moins que ça vienne spontanément, de nous comme sujets sociaux, que nous soyons les actrices de la débine puis de l’extermination, et si non les actrices du moins les spectatrices, les citoyennes et les prétextes enthousiastes. C’est là une espèce de fanatisme (au sens où tous les moyens lui sont bons) de la névrose et encore une fois du ressentiment. Qui fait merveilleusement correspondre le ressenti et aux rapport sociaux, et aux directives économiques de fond. Parfaitement délirantes, on en convient.

 

Le souci c’est que l’auto instrumentalisation et la stupidité ne font pas litière de la dangerosité. Le rapport social étant notre réalité, et à la base des manifestations imputées au politique, ces collègues participent pleinement au mal qu’elles fétichisent. Ces nanas répandent une sorte de poison intellectuel et comportemental dans nos structures d’orga, déjà bien sommaire et peu utilisables socialement. Bref, si nous voulons un jour bâtir d’autres structures d’autonomie qui puissent nous protéger, il va falloir sérieusement là encore réfléchir sur cet a priori « d’unité transse », sur ce qu’apportent les unes et les autres. On ne peut pas non plus dans ce cadre y introduire ou y subir ce qui nous démolit, quelque identité que cela revêtisse. Mais l’affaire est encore une fois compliquée : il y a nous-mêmes, sur pattes, et ce que nous manifestons dans le rapport social actuel, un négatif plus ou moins total et irréfragable. Effectivement, il y a tout un problème en soi dans le déni de ce négatif – mais ce déni intègre bien des options, et toutes les transses « positivistes » ne sont pas ces transses de droite qui portent, qui se résument même de plus en plus à la haine systémique. Après, il faut toujours faire attention à ne pas le devenir, à ne pas y glisser, parce qu’on devient, dans le réel social. Et qui plus est par une foultitude de chemins et de médiations.

En clair, jusqu’où pouvons nous porter le « souci négatif » visant à nous faire et laisser vivre dans un contexte opposé, sans verser à notre tour dans la fétichisation salutiste où l’extermination devient la porte de la félicité et de la légitimation ? Bref sans quitter justement le négatif qui est un retrait, et non cette appropriation néfaste des formes sociales et des gentes, ce positivisme qui fonde la pensée de ces transses de droite, entre autres options qui ont en commun de se vouloir strictement moral-politiques ? Il nous faut savoir comment départager, et sur, à partir de quoi. Une conséquence qui s’impose est encore une fois de renoncer à toute « unité », tout en gardant le rapport social en mémoire dans ce qu’il a de convergent à notre « égard ». Travail pratique, mais aussi foncièrement théorique et de compréhension des « choses », parce que nous tirons la base de nos actions d’abstractions réelles… Wahou, j’ai de nouveau le vertige.

 

Bref, cela dit, pour des négativités conséquentes, complexes, protectrices, versus les positivités simplistes et assassines. Pour le retrait entre nous, à l’opposé de l’imposition du désastre intériorisé.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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