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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 11:07

 

 

On me dira que je me répète beaucoup. Ouaips. C’est déjà que la langue, ma langue on va dire, n’est pas indéfiniment extensible, surtout quand je parle des questions sociales finalement assez peu variées qui structurent répétitivement nos quotidiens. C’est aussi que les faits et les actes se renouvellent finalement très peu, se répondent en miroir, au cours des années. Qu’on en revient toujours au même dans nos sympathiques milieux où d’ailleurs on ne cause plus trop haut ni ouvertement de changer le fond des choses. Tout en se lamentant « qu’elles continuent », enfin leurs conséquences désagréables, là où ça nous fait mal, là où elles ne vont pas dans le sens de nos intérêts concurrentiels bien compris…

 

 

Je peux difficilement me taire quand revient le TDoR®, « notre » - même plutôt leur - 11 novembre exotique, au-delà même de sa stupidité morticole et commémorative intrinsèque, où nous existons d’autant mieux que mortes, car voilà notre raison sociale à cis’ et masculin’lande, servir de poupées fracassées aux légitimes et autres invisibles, qui peuvent ainsi quémander du rab’ de puissance et de normalité en agitant nos images pantelantes, tout bénef’. Nous sommes tuées, ou plus ordinairement stigmatisées et violentées, iels s’emparent de cette situation pour la négocier à leur profit. Cette parade de ciscrocodiles aux pseudopodes insistants et à l’œil opportunément humide, cette laverie à cisses abuseuses, lesquelles pulullent dans les milieux et les évènements « inclusifs », m’exaspère toujours plus et par ses tenants et par ses aboutissants, comme les qui la promeuvent. Ces milieux même n’existent guère que pour ça : que les surplombantes sociales puisent faire leur marché parmi les surplombées diverses, et se washer à leur rafraîchissant contact inégal. Je me rappelle toujours ce que m’avait sorti, il y a bien des années, une des ces cisses qui aime fort à exotiser « en actes », et à qui je représentais, avec bien de la déférence à cette époque, le potentiel problème que posait la dissymétrie de rapport social exotisant le long de laquelle elle se laissait nonchalamment couler : « mais ce serait l’apartheid ». Ben oui, pour elle un séparatisme social conséquent c’est l’apartheid, s’empêcher quand on surplombe de se servir, remettre en cause la norme très masculine de l’accès a priori aux gentes, c’est l’apartheid. Envers soi-même. Ce soi-même auquel bien entendu, hein, il faut au contraire offrir de manière décomplexée tout ce que socialement il peut. Cool. D’ailleurs elle continue, parmi bien d’autres de la même classe ; jamais on n’a osé remettre en question une personne si charismatique et dont on peut éventuellement tirer quelques picaillons (pasque bien sûr elle est riche). C’est un exemple. Mais qu’est-ce qui rend ces exemples possibles, sinon encore une fois notre réclamation piteuse de reconnaissance, les occasions que nous offrons régulièrement sur un plateau de nous utiliser ? Bonnes et c…es, je suis désolée, et même et surtout quand nous jouons la bouffonnerie de la « colère », ces petites sorties qui réjouissent tant nos utilisatrices, qui pimentent une relation sociale qui serait sans ces petites épines d’un pouvoir de toute façon jamais contesté dans son principe ni dans sa nécessité, quelque part, fade. Moins valorisante. Tout ce que nous servons aux cisses, toute notre attention, quelle forme et quelle polarisation qu’elle prenne, leur tourne en valorisation. Et nous appauvrit, nous – allez je le tente, même si je n’aime pas trop l’usage fait généralement de ce concept, nous aliène donc. C’est bien simple, c’est abominablement simple, si nous ne velcrotions pas nous-mêmes à essayer d’obtenir quelques lambeaux d’une considération qui ne peut pas être, parce que nous sommes si j’ose dire perpendiculaires aux éléments, aux règles et au flux de la valorisation sociale, hé bien nous ne serions pas bouffées par une pareille vermine, attirée, introduite par notre fichu désir d’inclusion et de participation. Bref, si leur comportement est totalement pourri et inadmissible, hé bien nous devons bien nous rendre compte que c’est nous qui l’avons admis par principe, a priori. Et qu’il ne nous reste plus, a posteriori, qu’à le couper avec j’espère quelques uns de leurs pseudopodes. En nous coupant nous même de cette « spontanéité » (une de plus !).

 

Les philes et inclusives ne sont pas vraiment moins transmisogynes que les terf’s, elles le sont autrement, au lieu d’abonder sur notre élimination nette et immédiate, elles nous utilisent et nous parquent dans une logique de valorisation bienveillante et dissymétrique, qui elle non plus n’exclut pas l’élimination, des fois assez crapuleuse et toujours méprisante, la traduction directe du rapport social en l’état quoi, dès lors que nous ne leurs sommes plus utiles, ou que l’une d’entre nous soulève quelque problématique dans le rapport social. Du reste, la contradiction interne est dans l’objectif supposé convergent de ce rapport, la réalisation des formes sociales appropriatrices, masculinocentrées, valorisatrices. C’est avec cela que nous avons et aurions toutes à rompre, primo. Et c’est cela que nous aurions à renvoyer à la figure des cisses, qui y adhèrent foncièrement derrière leur paroli « subversif ». Il faut taper dans ce qui se présente, évidemment inégalitairement et donc faussement, comme le « commun », l’évident, le convergent, pour faire tomber l’édifice. Mais encore faudrait-il le vouloir, l’imaginer.

 

Enfin, il n’est jamais mauvais de le rappeler tellement ce point fait également l’objet d’un calus, d’un silence et d’un déni profonds, tout cela implique de larguer également l’idéologie unitariste trans’, qui voudrait que nous nous tenions sur une place unique qui surplomberait, annulerait ou dépasserait magiquement le rapport social de sexe, sans parler des autres rapports sociaux. Ben voyons ! Ben non, déjà, nanas transses on va dire binaires, nous ne pouvons pas « simplement », « naturellement », apparier, converger avec les m trans, les non binaires, encore une fois comme s’il y avait au-delà de nous un « lieu » préexistant qui nous attende et où les rapports sociaux seront miraculeusement dissous ; et réciproquement ; nous-mêmes sommes profondément, conséquentiellement divisées par les inégalités qui nous parcourent et nous opposent souvent. Pareil, tant que nous essaierons de velcroter transversalement à ces déterminations, l’air de rien, il y aura de l’abus. Les inclusions, les attelages, les alliances qui effacent, distordent la perception des rapports sociaux, ne peuvent mener qu’à des appropriations selon les hiérarchies déjà en place, à des illusions, à des abus. Il faut aussi arrêter avec la quête d’un pouvoir dont le principe même nous remet déjà à nos places, l’empouvoirement c’est la reproduction de la logique et de l’état des choses ; il nous faut tirer conséquence de notre position, qui est faible, et saper les fondements d’un pouvoir, d’un « monde nouveau » qui nous délégitimera toujours, qui aboutira toujours à notre anéantissement après nous avoir instrumentalisées.

 

Nouzautes nanas transses avons majoritairement tendance à être peu « radicales », il faudra que j’essaie d’en reparler ailleurs de manière plus approfondie. Il va de soi que cela tient et à ce que nous avons du mal à abandonner de notre « héritage », de notre accumulé ; et aussi à notre position particulièrement contradictoire, perpendiculaire, sur le marché de la normalité et de la reconnaissance. Clairement, oui, on a raison de nous questionner à ce sujet, cet a priori d’inclusion et d’accès dont j’ai parlé plus haut, que nous avons d’autant moins à vouloir reproduire, à l’image des cisses, que de toute façon il nous est globalement fermé – c’est joindre alors, je suis dure et j’assume, l’inconséquence à la volonté de reproduction et d’appropriation de rapports sociaux en soi assez pourris. Se considérer en somme comme tout dû, par statut ou justice, à commencer bien entendu par ce qui fait valeur et existence dans la société masculino- et ciscentrée, et sans se poser de questions sur les résultats que ça emporte pour toutes. Le transseplaining, dans le principe, ne nous mène pas ailleurs qu’où mène le cisseplaining, c’est à dire où nous sommes toutes déjà – et bien entendu toutes à la place où nous nous trouvons : il nous faut rompre avec la logique de légitimisme qui les sous tend tous.

Mais il faut voir aussi que cette contradiction tient à des rapports sociaux et normatifs plus généraux où nous sommes, c’est rien de le dire, assez dans la mouise. Bref il ne s’agit pas de nous en faire une culpabilité et puis hop, d’ailleurs la culpabilité n’a jamais empêche la reproduction par en dessous ; il s’agit de confronter explicitement les tenants de cette situation sociale, du glissement que nous manifestons dans le rapport de sexuation, de ses implications, de ce que ça ouvre et de ce que ça devrait fermer. Et, je dirais, un des préalables possibles à la prise d’un tel virage, pour décrocher de la convergence de réclamation de puissance et de normalisation, pourrait être déjà de boycotter les évènements velcrotaires, larmaloeil, juchés sur de l’impensé, de l’implicite, du ressenti, du pathos, bref sur le reproduction de l’état des choses et des gentes ni vu ni connu – ou plutôt, en fait, très bien vu, connu, cyniquement affirmé et en même temps nié ; car rompre avec des pratiques reproductrices, c’est pouvoir identifier et remettre en question les théories, les méthodes qui les sous tendent. Contester à la base les objectifs dans lesquels nous communions suppose déjà d’arrêter de communier.

 

 

Nous ne sommes pas ensemble, nous n’avons pas à faire semblant de.

 

 

*

 

 

PS. Je saisis l’occasion, il y a des redites qui ne sont pas superflues, pour renouveler, à l’attention des collègues qui se feraient des idées au sujet de l’inglusivité ou de la « convergence des luttes », puisqu’elles constituent la trame de fond célébrative en ce fameux day®, un warning déjà ancien qui ne perd rien de sa validité avec les années, bien au contraire : les mouvements et milieux cisféministes, à commencer par les « philes », y compris leurs annexes queer et dé, en Rhônalpie par exemple et bien évidemment ailleurs aussi, comportent une part notable d’agresseuses et d’abuseuses de transses, consentent à leurs agissements et les couvrent au besoin. Ben oui, c’est qu’il y a là aussi une majorité silencieuse prééminente à laquelle il ne faut pas déplaire, sans elle ce milieu même se déferait (on serait quelques unes à ne le pas regretter !). Voilà, il importe de le rappeler régulièrement, de ne pas l’oublier. Et de savoir où on met les pieds quand on veut quand même les y mettre. Il est parfaitement inutile de chouigner ou de s’en indigner, ou de vouloir le changer en l’état des choses, d’une part parce que ça répond à des logiques sociales structurelles, d’autre part parce que conséquemment personne n’y a intérêt à en tenir compte. Il en faut tirer conséquence. Nous ne sommes pas avec les cisses. Et réciproquement. Et quand on s’y trouve quand même, gare à nous. Un peu de séparatisme conséquent et d’imperméabilité aux slogans simplistes et séduisants préviennent au moins une partie des violences envers nous. À l’inverse, il ne faut pas s’imaginer que ces milieux symboliquement « philes » s’emploient à contrer réellement les brutalités que nous subissons à cislande en général. Cela dit et encore une fois, la question de base enfonce totalement la plancher de la simple dénonciation de l’état de fait : c’est tout le rapport social, ses normes et ses objectifs qu’il est indispensable de remettre en cause si on voulait que celui-ci change ; mais une condition préalable à pouvoir penser et nous organiser est de nous mettre hors de portée, indisponibles. Nous vivons au « pays » du nécessaire mais pas suffisant.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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