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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 08:52


 

Dans un état des choses qui ressemble à un carnaval organisé dans et par un hypermarché plein de vigiles, des initiatives comme Osez le féminisme me font quelquefois penser à des hard discounts, où même à ces grandes échoppes où l’on trouve toutes les démarques et surplus possibles et imaginables. Toutes les inventions d’il y a une génération, réemballées « ultra-new » et à prix sensationnel.

La dite assoce de néo institutionnalistes s’est déjà pas mal de fois signalée en réutilisant (la bonne vieille arnaque de la réappropriation reste un cran au dessus dans l’échelle), avec faconde et bonheur, des idées, campagnes, paradoxes mis au jours il y a entre dix et quarante ans par des féministes, lesbiennes, etc. qui n’ambitionnaient pas toujours les strapontins et chérissaient peu l’intégration sourcilleuse. Je songe à la « découverte du clito », par exemple, qui n’arrivait guère que quinze ans après l’originale. Il est vrai que des paillettes y avaient été ajoutées, et que la chose avait été soigneusement hétéraformatée. 

Tout de même, ça sent l’opportunisme qui réchauffe les vieilles tentatives – en les amoindrissant quelque peu pour ne pas faire peur.

 

Mais là, ce matin, j’ai gloussé, ce qui ne m’est pourtant pas facile vu la situation dégradée dans laquelle je me trouve, en voyant la dernière campagne : la suppression du mademoiselle. Et que du mademoiselle, après quoi tout le monde sera égale – ce qui fait songer un instant au « suffrage universel »… masculin. Il y a ce qui se clame et ce qui ne se dit pas, tellement c’est évident.

 

Ah, je vais pas lui courir après, au mademoiselle. Mais, ce faisant, OLF contresigne allègrement et probablement délibérément la dissociation entre madame et monsieur, ne voulant pas un instant, comme le font un certain nombre de gentes et mouvements, réclamer la suppression pure et simple de la mention de genre. J’ai déjà dit ce que je pensais de la croyance que les mots changent le monde, après tant d’autres. Sauf que là c’est gros, et que toute petite murène mal-pensante, isolée, que je suis, je me sens immédiatement, transounette, reportée au sein de touTEs les gentes qui en ont ras la t…fe de se voir assigner M ou F. Qui n’ont, n’avons aucune envie, ou aucun moyen, ou zut, d’en remplir les obligations. Parce que y a pas à dire, oui, c’est fréquemment insupportable. Il n’y a pas que ça d’insupportable, loin de là, mais n’empêche.

 

Bon, il faut bien le dire, OLF n’est pas seule dans la croisade pour une déconstruction durable et limitée (le fameux « progrès raisonnable dans les limites de la loi » cher à Hašek). On l’a encore vu récemment avec l’esbaudissement quasi général devant l’introduction, sur les papiers Australiens, d’une mention « autre » ou « trans ». Á peu près personne n’a vu dans cette multiplication un ferment supplémentaire de stigmatisation. Naaannn.

 

Beh non, hein. On va pas supprimer la case sacrée. On saurait plus qui est qui, quoi est quoi, qui est quoi et quoi est qui ! ; et comme un des fonds de commerce de touTes les néo-institutionnalistes est une société bien policée, bien catégorisée, il importe apparemment de conserver, voire de magnifier la binarité, comme disent mes petitEs camarades tpdg. Au reste, allez, j’en remets une louche, OLF, comme pas mal de ses co-clones, se signale par une nette poussée de néo-essentialisme, qui coule comme d’une source du matérialisme comptable transposé par les Delphy et autres partisanes de l’explication du monde par la distribution (qu’as-tu dans tes poches, qu’as-tu dans ta culotte, etc.). Il y faut impérativement des dominantEs et des oppriméEs par essence, comme dans tout fétichisme des groupes sociaux. Donc, il y faut – au moins – madame et monsieur.

 

Ou peut-être, plus bêtement, mais j’en doute un peu, le brain-trust ad hoc n’y a-t-il même pas pensé. Mais même dans ce cas, il y a des négligences qui peuvent être significatives.

 

La déesse sait si je suis aigrie envers les pensées progressistes, si les logiques queer me bourrent, et si la notion de « retard » (sur quoi ?) rencontre peu de récepteurs dans ma petite caboche. Mais, tout de même, le retard existe, c’est une notion valide, ça désigne quelque chose de tangible, et – qu’on trouve fondées ou non, prometteuses ou non, les abolitions du genre, disons dans la logique civile, eh bien OLF est bigrement « en retard » sur ce qui a été déjà proposé. Honnêtement,

Ou, lançons le clairement, elle n’en veut à aucun prix. Mais c’est alors maladroit de (re)lancer le débat…

 

C’est tout de même marrant ; il y a encore quelque jours, la grande affaire de celleux qui sont du bon côté était de glapir au sujet de la notion de genre en sciences nat’ (j’ai dit ce que je pensais en gros de la chose dans un précédent billet). Les mêmes, peu après, ne se sentent absolument pas gênéEs de sanctifier la césure sacrée. Ce qui montre, pour moi, surtout, l’inconséquence à laquelle conduit le pavlovisme intellectuel.

 

Comme dirait sans doute un ami, la morale d’état-civil a encore de beaux jours devant elle.

 

 

La petite murène (en réanimation)

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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