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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 13:44

 

 

 

Ça ne pouvait manquer, mais ce n’en est pas moins fascinant, si j’ose dire. La première, et même la seconde, la troisième question que tous les média et touTEs les citoyenNEs se sont posées, au sujet de l'auteur du meurtre de masse qui vient d’avoir lieu en Norvège, c’est « de quel bord politique est-il ? ».

 

Personne ne semble avoir envie de se poser la question ; « pourquoi devient-il si banal de tuer tout ce qui bouge, et ce depuis déjà quelque décennies ? ».

 

Oh, ce n’est pas que l’on ne tuât pas auparavant, et largement. Ce n’est même pas non plus que la vie ait encore perdu de la valeur, elle n’en avait déjà plus au regard du marché et des idéologies.

 

Ce qui est nouveau, c’est que les idéologies ne sont désormais plus là que comme coloration, paravent. Même plus justifications, si pourri soit ce genre de justification pour juger de la pertinence à vivre des gentes. Ce qui sort tout cru, désormais, c’est la haine et le désespoir d’un sujet vidé, creux comme une vieille noix, rempli d’un automatisme qu’il sent bien meurtrier, planétairement, au nom de l’abstraction.

Le massacre de Bologne, même si ça sentait bien le nihilisme avancé, revêtait encore les vagues prétextes d'une "stratégie", d'une magouille, si illusoire fut-elle. A présent, les fonds de teint politiques ou nationaux ne sont vraiment plus que des lavis décolorés. La seule fraternité est celle de l'anéantissement. De soi et des autres.

Après, recouvrir ça, comme un cadavre d’un linceul de telle ou telle idéologie, du djihad ou de la croisade, ça n’a plus aucune importance en soi, sauf pour l'illusionnisme politique. Non plus que ça n’en avait déjà d’affamer des continents parce que pas compétitifs et insolvables. Ca se fait parce que ça doit se faire. Il y en a juste qui courent en avant.

 

Ce qui importe c’est que la vie, résolument, non seulement ne vaut plus rien, mais entrave le mouvement suicidaire de l’auto-expropriation menée par les humainEs. Et que ce mouvement trouve nécessairement de plus en plus d’agents pour faire le boulot. Parce que même l’extermination est un travail. Les grandes dictatures l’ont inauguré au niveau de l’État, mais nous sommes à l’époque de la PME et des autoentrepreneurEs.

Que les vivantEs sont désormais, comme n'importe quoi d'autre, une matière brute à transformer. La transformation la plus radicale est de les changer en cadavres.

Et que le meurtre apparaît de plus en plus, malgré ces reste d'oripeaux de rationnalisation externe, comme sa propre fin et sa propre rationnalité. Au fond, il y avait eu des prémisses. Il y a déjà près d'un siècle qu'on crie bien facilement "Vive la mort !" ici et là, avec ou sans drapeaux... Que la tête de mort représente aussi commodément notre ardeur...

 

Mais cela nous rassure tellement, de penser qu'il y a une raison autre aux meurtres de masse de toute ampleur, que la fascination pour la valeur, le vide, le mépris de la vie qui exsudent de nous touTes, que nous nous baignons dans la bienheureuse illusion que "c'est un intégriste" ou "c'est un fasciste". Ouf. Notre fonctionnement collectif est hors de cause ! Continuons, et mettons notre armure pour sortir.

 

Par ailleurs, c'est vrai, ce sont toujours majoritairement des mecs qui tuent, de même que ce sont toujours eux qui sont censés assurer la production reconnue comme telle, économiquement et moralement. La violence est une vieille prérogative de l'état, de l'économie et des hommes. Unis dans la lutte. 

 

Mais on peut présumer que la marche vers l’égalité des genres dans l’inclusion au désastre va gommer cette fâcheuse disparité. On a déjà des nanas tortionnaires à Guantanamo et quelques bombes humaines. Je ne déséspère pas que demain ou après demain, un petit massacre de supermarché va être commis par une femme qui a fini par tout aussi bien intégrer la vanité de la vie et du sensible que les hommes. Puis une autre, puis une autre… Petit à petit, l'oiseau fait son nid...

 

Tous des mecs, nom de d… ! Au milieu des éclatements et de la misère croissante. Au moins, dans le naufrage humain, aura-t-on réussi à touTEs se rapatrier dans ce que Roswitha Scholz décrit comme la barbarisation du patriarcat. Et à démontrer que n'importe qui, socialement, peut être un mec et assumer production comme barbarie. 

 

- Je suis une femme ; pourquoi pas vous ?

- Ça ne rapporte pas assez.

 

 

La petite murène

 

PS : pour celleux qui ont encore envie d'hypothèses avant de mourir, je recommande une fois de plus les textes parus sur Palim Psao au sujet de la violence par principe dans le monde de l'économie.

 


 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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