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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 10:09

 

 

"Honte à ceux qui choississent - boumbadaboumbadaboumbambam

L'aliénation étatique, ay Carmela, ay Carmela"

Vieille rengaine ringarde

 

 

L’important c’est de participer. Et même, plus précisément, de contribuer, dans un monde de délégation, de dépossession, de représentation (rien à voir bien sûr avec le démodé spectacle) et de droit. Nous sommes de bonNEs contribuables. Aux apports comme aux restrictions.

 

Et à quoi ne contribuerons-nous pas ? puisque notre fervent désir, à nous les lgbt, tpg et autres identités de genre encartées, est d’intégrer tous les aspects de ce monde. De les vivifier en nous en servant, et en les servant. Comme dit la bonne vieille devise américaine,  les vivifier en nous en servant, et en les servant. Comme dit la bonne vieille devise américaine, « demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Ou pour l’économie, la société, etc.

 

Nous ne faisons pas peu. Déjà bonNEs producteurices, consommateurices et citoyenNEs, nous sommes en outre d’excellentEs prescripteurices légaLEs. Comme je l’avais déjà souligné en des textes pleins d’amertume, nous en étions déjà à nous réjouir que le bras séculier s’abatte avec toute sa vigueur et son inhumanité sur les ceusses qui portent la main sur nous. Puisque rien ne vaut une bonne prison pour civiliser et éduquer. D’ailleurs, charité bien ordonnée commence par nous-mêmes. Je me souviens des suppliques pour obtenir des quartiers, sinon des centres de détention trans ou lgb.

 

Le propre du désastre contemporain est qu’on entend l’appliquer libéralement et également à touTEs, y compris soi. Qu’il excite l’avidité et le désir, fut-ce de la contrainte et de l’anéantissement. TouTEs ensemble, touTEs ensemble, ouais, ouais !!

 

Bref, venons en au fait. Je lis ce matin sur l’actualité que les Etats-Unis ont décidé d’annexer à leurs multiples interdictions de territoire les auteurEs de violences envers les lgbt. Et que nombre de mes congénères, puisque congénères nous sommes, que je le veuille ou non, semblent s’en réjouir et congratuler activement.

 

Je me rappelle pourtant combien grande était l’indignation, il y a fort peu d’années, envers la même interdiction, édictée par le même pays, envers… les séropo.

 

Mais voilà, celleux là étaient des gentilLEs, des innocentEs, tandis que celleux-ci sont de sombres coupables. Tout est dans le statut et le jugement. Il va de soi que s’interroger sur la pertinence morale même des frontières, de leur verrouillage, du pouvoir de dire qui a le droit (ce fichu droit, encore), ou pas, d’aller ici ou là, est d’une ringardise douteuse. Je ne cause évidemment même pas de l’évaluation judiciaire, tellement nécessaire à l’aménagement du cauchemar réel. Ce serait aller trop loin.

 

Et surtout, critiquer le fonctionnement de ce monde, plutôt que la mouvante distribution des claques, sent par trop une prétention défunte à une compréhension des choses qui ne tient pas un instant devant notre envie profonde de savoir qui est bonNE, qui est mauvaisE, désormais base de feu la critique sociale... Fi de changer le monde, fi de nous interroger nous-mêmes. Ce qui importe est juste d'être du bon côté, et de se tenir au courant des variations comme du rétrécissement incessant de ce territoire.

Croyance obstinée et toujours renouvelée en "elleux et nous", alors qu'il n'y a désormais qu'un nous en soupçonneuse déroute.

 

Vous me connaissez assez pour savoir que je ne vais d’ailleurs pas jouer du pipeau, pourtant fort tentant en un tel contexte, de l’exotisation politique. Et de suggérer que ce sont les vilainEs occidentalEs qui vont juger de qui est « homophobe » ou « transphobe ». Puisque je crois réellement cette approche daubée, stérile et autobloquante.

 

Non, c’est le fait même, tout cru, tout énorme en lui-même : nous sommes en train d’applaudir le parcage mondial, éminemment bénéfique à l’économie et à la paix sociale, les képis divers et chamarrés des innombrables police aux frontières, les centres de rétention administrative…

 

Nous sommes même en train d’y contribuer activement.

 

Je dirais bien « honte à nous ». Mais j’aurais plutôt envie de dire « honte à notre bêtise intégrationniste ». Honte à notre dévalaison de lemmings haineuXses, qui croient toujours qu'il y aura éluEs et damnéEs - et que nous serons du bon côté. Nous avons saisi la pelle et le pic pour creuser la tombe du suicide collectif humain. Comme nous sommes nouveLLes venuEs, en plus, il y a des chances que nous creusions vigoureusement. Il n’y a visiblement aucune horreur de ce monde à laquelle nous ne demandons pas notre assimilation.

 

Á quoi n’aurons nous pas contribué, nous amalgamant et nous condamnant par là même au sort commun, quand tout cet édifice mégalomane va nous tomber sur la tête ? En tous cas, il ne sera alors plus temps de couiner. Il faut toujours crier avant d’avoir mal – et avant de faire mal !

 

Vraiment cela fait un bien saumâtre réveil. Comment déserter désormais de cette glaise de guimauve impitoyable qui s’épanche vitement après les plus éloignéEs d’entre nous ?

 

 

La petite murène

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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