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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:15

 

 

 

Je me suis tout de suite rendue compte, même avec le cinquième de tête qui me reste, que j’avais comme on dit singulièrement fait l’impasse, dans mon billet sur le « bal des triques et des coups de pieds au derrière », sur ces derniers. Juste mentionnés, comme s’ils n’étaient de rien. Comme si nous étions effectivement de malheureuXses victimes, livréEs poings et surtout pieds liés aux caprices et aux brosses roulantes des voitures-balai. Et qu’il valût à peine de causer de notre privilège, de ce qui nous est propre : le coup de pied au cul.

 

Pourtant, il y aurait eu à en dire, et même à se rengorger (si je me remets à causer à la deuxième du pluriel). Il n’y a en effet rien d’équivalent, sur la planète des bipèdes, au coup de pied dans le cul. On a dit autrefois que la voiture piégée était la force aérienne du pauvre. Mais que dire alors du coup de pied au cul ?! C’est la représaille de tout ce qui dispose de deux patounettes. Et ni de force aérienne, ni de système répressif organisé. C’est le rappel sensible de ce qui entend ne pas disparaître.

 

Mon vieux maître écrivit plusieurs fois qu’en matière d’honneur, il n’est de décisif que le coup de pied dans le cul.

 

Je pense qu’il n’est pas excessif d’estimer qu’outre la délicate question de ce qu’est la personne, son existence, de ce que cela représente d’exister et de choisir, il s’agit aussi ici d’une affaire d’honneur. Je ne parle pas limitativement de la manipulation qui consiste à traiter de maque ou de pantin des maques toute pute qui n’entend pas, ne consent pas à se faire réhabiliter (1), et se charge elle-même de rester libre. Non, l’affaire d’honneur est ici et désormais bien plus fondamentale. L’honneur y touche à l’existence. Nous refusons de nous nier. Voilà le point. Nous refusons même les arrangements et le profil bas. Du genre, je sais pas, extinction du travail sexuel calqué sur celui du nucléaire, dans un monde qui par ailleurs ne changera pas, croissance, énergie, safety, emploi et relationnite aigüe, et à la pérennisation duquel sont engagées nos sauvereuses.

 

On ne se cogèrera pas, ni pour nous réglementer, ni pour nous anéantir. Ni même pour nous encorporer.

 

Si ce n’est pas là une affaire d’honneur ; si notre honneur, notre possibilité de nous regarder nous-mêmes, n’y sont pas engagés, alors je me demande bien quand ils pourraient l’être.

 

Affaire d'honneur, et j'ose le dire aussi de conscience.

 

Et comme on vient nous agripper, nous tirer par les basques et les jupes, eh ben nous on dégaine la réponse, excédée, unique, transhistorique : le coup de pied au derrière.

 

Au derrière. Oui, je sais, cela suppose une certaine gymnastique. Pour se retrouver du bon côté. Ça se fait assez bien. Je me rappelle encore le type odieux auquel j’avais foutu mon escarpin au derche, vers le pont de la Guille ; il en revenait pas, pupuce, que j’aie pu le circonvenir, l’encercler, le contourner si vite. Il en béait d’inquiétude.

 

Pour les missionnaires, on peut aussi leur faire le coup de « Vas y j’te suis ». Et dès qu’ellil l’a tourné, paf ! Et bien le bonjour chez toi, que ce soit chez les cathos du Nid ou les institutionnelles d’OLF.

 

C’est sûr que ça deviendra plus héroïque quand ces humanistes auront foutu la bleusaille à la traîne de nos clientEs, en attendant que ce soit à la nôtre propre. Mais bon, c’est pas d’aujourd’hui qu’on y a affaire, aux bleuEs. C’est ça aussi qu’ellils ont oublié. Elles n’ont encore ni notre vie, ni notre peau, ni nos gambettes. On sait courir devant les bulldozers.

 

Le coup de pied au derrière, au fond, c’est le rappel de la contradiction. Autant de la contradiction « tu me dis un truc, mais je te dis que… », que du hiatus, du vide, du conflit inhérent au réel, de l’opposition irréductible, qui nourrissent la critique. Mais les fantasmes de résolution duquel mènent par contre invariablement aux exterminations. Le coup de pied, le coup de sabot au besoin, rappelle que le monde n’est pas et ne sera jamais un playmobil uni, sauf à nous condamner touTEs. Et que le mal, ou ce qu’on nomme tel, l’imparfait, est une question bien trop sérieuse pour la laisser aux missionnaires. Et que la scission insoluble, comme écrivait Jacob Taubes, de la liberté et de la nécessité, ne se règle pas à la pelleteuse ni au désinfectant. Ne se règle pas tout court. Se vit et ne se nivelle pas ; à chaque fois que l’on tente cette dernière « méthode », la bosse réapparaît ailleurs, plus grosse et multipliée.

 

Oui, ce peut être une réponse circonstanciellement désespérée que le coup de pied au cul des bonnes âmes - et même des mauvaises. Mais même dans ce cas elle se tient, et se tiendra. Elle conservera sa vertu propre. Celle de renvoyer les métastasiques de comment y faut (et pas) faire à elleux-mêmes, individuellement comme en troupe. Ellils auront beau « gagner », « avoir gain de cause », passer le bac à sable de la vie au rouleau, ellils ne pourront jamais nous convaincre contre nous-mêmes.

 

Ni contre nos pieds.

 

Dans leurs derrières.

 

 

 

vieille mule

 

 

(1) dans le programme d’un quelconque raout prohibitionniste, je lis ce soir une conférence sur le « consentement vicié » (à ce que vous devinez sans peine). Consentement vicié. Ah le pléonasme ! J’en ai le diaphragme qui se dudule. Comme s’il existait des consentements pas viciés, pas coincés, pas contraints, pas dans un cadre précontraint quoi, comme je l’ai déjà exposé quelques fois. Un « consentement pas vicié » c’est pas un consentement, c’est une volonté. Mais ce genre de constat est très au-delà des capacités logiques et morales des peigne-culs qui peuplent ce genre d’occasion… Tout ce qu’ellils cherchent à obtenir, ce verbe résume le caractère misérable et puant de l'entreprise, c’est précisément des consentements, à leur encasernement gratuitaire et fétichiste de l'amour.

 


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La Bestiole

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  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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