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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 12:13


 

 

Un des aspects récurrents de ce qu’on appelle de nos jours des « débats », qui se résument en général à des alignements, d’une part de personnes, groupes, etc. sur des positions préréglées, d’autre part de volées d’arguments acéphales et d’invectives disqualifiantes, c’est qu’on s’y retrouve généralement en très mauvaise compagnie. C’est fatal. Quand il n’y a pas de réflexion, encore moins de doutes, et pas non plus de principes moraux, mais juste un utilitarisme crasse imbibé de hargne et constellé de petites ambitions, difficile que les choses soient claires. Elles sont au contraire emmouscaillées dans des masses d’inconscience.

 

C’est ainsi que dans le débat (ce mot est aussi pourri et dénué de sens que « projet », désormais, véritable paillasse intellectuelle) sur la prohibition du travail sexuel via la pénalisation des clientEs, j’avais déjà remarqué que nous, c'est-à-dire les tapins qui essayons de lutter contre ce rouleau compresseur de mauvaise foi nettoyeuse, nous retrouvons instantanément colléEs par les plus aterrantEs peigne-cul.

 

Bah, nos adversaires doivent pas être en reste, colléEs qu’ellils sont par le gratin du moisi, de la politique et du contrôle social. Mais quoi, à chacunE sa peine.

 

La dernière nôtre, si les infos se confirment, c’est que le « think tank » lgbt d’un des deux grands partis qui pétitionnent notre disparition salvatrice connaîtrait des tiraillements à ce sujet.

Quand on sait comment se sont illustrés ces genres de « groupes de réflexion » inféodés aux partis, dans l’espoir que quelques strapontins et sous-décisions favorables soient octroyéEs aux « minorités » en récompense de leur soumission, ça fait tristement rigoler. On aura vraiment, mais vraiment, tous les peigne-cul accrochéEs à la portière ! Après Caubère et Bruckner, « Homosexualités et socialisme ». Rien de moins… Misère des temps.

Ça donne envie d’être seulEs.

 

Ah on en souhaite autant aux prohis, tiens. Qu’ellils se débattent avec les plus invraisemblables missionnaires, la droite, les ligues de vertu, les toubibs, les psys, le Pape, je sais pas…

 

Mais, bon – une fois de plus, et c’est un caractère inhérent à l’espèce de magma froidouillon qu’on appelle la démocratie et l’opinion, on va causer de tout, de tout, sauf du sujet.

Enfin c’est même pas ça, c’est pire. Je suis une sorte de conséquentialiste, je tire des enseignements des résultats. Or, quand je vois les bouillies innommables, les paralysies morales et intellectuelles, les basculements si faciles dans l’ignoble, les complotismes et les thèses éradicatrices de tous ordres et avec toutes cibles, le ressentiment comme ligne de conduite, que produisent les « questions » actuelles, j’en conclus que ces questions mêmes sont daubées, et toute l’attitude qui les escorte. Car il s’agit de moins en moins de logiques et de plus en plus d’attitudes, qui se veulent autre chose. Sans parler des bonnes vieilles propensions, qu’on ne sait si elles sont humaines ou autre chose, au grégarisme, quand ce n’est pas au charognardisme pur.

Le plaisir, le sentiment de puissance, de safety qui sourd de l’immémoriale et gratifiante expérience d’être touTEs contre unEs, ou les plus fortEs contre les plus faibles ; somme toute, d’être du bon côté, celui qui a raison. Et qui arraisonne les autres. Mais nous sommes dans une époque qui ne se pose plus tellement ce genre de question morale ; vieux fond réformé : si on est puissantEs, écrasantEs, irrésistibles, c’est que le bien, la divinité sont avec nous. Tout ça ne prédispose évidemment pas beaucoup aux scrupules ni à l’examen…

 

Bon mais.

 

Nous-mêmes, les tapins, n’avons pas beaucoup réfléchi au fond. On passe déjà pour la plupart notre vie sur la défensive, à craindre encore plus celleux qui se disent nos amiEs que nos ennemiEs bien réelLEs… Et voilà que ces ennemiEs, qui plus est travestiEs en amiEs, viennent nous intimer, par clientEs interposéEs mais c’est très gros comme truc, de ne plus vivre. De laisser tomber. Vous n’êtes pas ce qu’il faut. On va vous apprendre – et si vous regimbez, c’est la bonne vieille trique progressiste qui sort : victimes ou complices. Comme pour les violences en général. Comme pour tous les « grands bonds en avant ». Pas de place pour être autre chose qu’un outil du bonheur collectif (supposé).

Celleux qui nous disent ça n’ont pas beaucoup pensé non plus, mais ellils n’en ont pas besoin. Z’ont déjà le poids et la force, qui remplacent avantageusement le doute et le souci.

 

Bref on est mal. Depuis des années on cause sanitaire, social, violences, etc. Mais sur le fond, sur les principes, sur ce à quoi on peut, collectivement ou personnellement, s’autoriser ou pas, sur même si on peut vivre et comment, on ne s’est jamais posé la question. Enfin pas en forme, quoi. Voilà que surgit, comme un champignon, toute une kyrielle d’anti-lépreuXses, arméEs de la néo-vulgate féministe, assemblages séduisants de mots et concepts magiques. De ceux qui « agissent d’eux-même ». Je lisais hier le dernier numéro d’OLF, par exemple. Á première vue je me disais, chapeau, elles ont un sacré corpus de réflexion, elles dépassent de loin les vieilles abos, on est très en retard sur elles, et elles se démerdent bien dans l’argumentaire. En fait, à seconde et à tierce lecture, j’ai subitement retrouvé la pauvreté répétitive que je vois depuis quinze ou vingt ans comme conssubstantielle à la littérature militante. Il y a peu d’idées, en fait, ce sont des idées-valises, et elles reviennent sans cesse, comme un essaim de guêpes. C’est la bonne vieille méthode. Mais bien mise au goût du jour. Et puis, il faut bien le dire, on avait jusqu’alors affaire qu’à des fliQUes ou à des cacochymes cattharreuXses et apitoyéEs. D’un coup ça change, on est face à des ennemiEs d’un tout autre ordre… On peut en rester un instant éblouiEs – mais pas trop longtemps. Il y a un argumentaire de fond, mais il est comme d’hab constitué d’évidences incritiquées. Et nous ?

 

Je vais être dure : nous, on va dire les tapins irréductibles, qui sommes quand même assez nombreuXses, avons peut-être affaire à des personnes qui se cassent pas trop la tête idéologiquement et moralement (stratégiquement c’est autre chose). Mais nous-mêmes, on n’est pas trop au poil là-dessus. On se débat en couinant pendant qu’on nous embarque, une fois de plus. La force de l'habitude... Mais ça, ça sert à rien. Et là, l’embarquement risque d’être définitif, ou tout au moins l’entrée d’un véritable tunnel historique qui pourrait durer fort longtemps. Y faudrait un peu qu’on y pense, au-delà des arguments de fait qui n’auront bientôt plus aucun poids. C’est notre existence, désormais, qu’il nous faut soutenir. Plus seulement ses conditions.

Notre argumentaire, c’est nous-mêmes, à la base. Exister et vivre. Mais ça ne suffit pas, il va falloir qu’on explicite tout ça, qu’on déroule et qu’on se déroule à nos propres yeux, ce qu’on n’est pas habituéEs à faire, enrouléEs comme des hérissons. C’est sûr, on a toujours eu mauvaise presse. Et il ne faut pas compter sur une grande bienveillance à venir.

On a des têtes, des volontés et des consciences, nom de la déesse ! comme on a des culs, des bouches et autres extensions préhensiles. Comme pour tous les « groupes sociaux » sujets à apitoiement, la vulgate suppose que nous sommes à la fois traumatiséEs et stupides. Première objection : nous ne sommes pas un groupe social. Je ne nie pas que cette peste ne s’étende dans toute les directions, et que la plus grande partie de mes contemporainEs piaffent d’impatience de s’inscrire et de se multi-inscrire, quand ellils ne le sont pas déjà quinze fois. Mais bien non, les tapins ne sont pas un « groupe social ». Nous ne nous ressemblons pas tant que ça, et quand nous nous ressemblons ce n’est qu’une apparence, un argument de vente. Y a pas plus disperséEs, dissemblables que nous autres. Nous échappons, justement, encore, de moins en moins il est vrai mais encore un peu, à cette logique de massification et de groupisme. Nous sommes des personnes, de ces personnes limitées, ennuyeuses et suspectes aux grands projets de bonheur contemporain. Et c’est pour cela que nous avons des têtes. C’est pour cela que nous sommes incroyablement résistantEs, pire que des cafards, et en même temps si faibles, parce que nous ne faisons pas bloc. Que les conditions même du tapin nous ont fondéEs dans un rapport à la réalité bien particulier, aigu. Que nous savons que ce qui est bon pour autrui ne l’est pas nécessairement pour nous.

Vulnérables, mais en quelque sorte « ingouvernables ». Ça me fait bizarre de reprendre ce déjà vieux slogan d’un ancien pote, que j’avais gaussé. Mais, oui, ingouvernables, et c’est cela aussi que l’on nous reproche, en même temps que la trahison de la « valeur-relation » comme de la mythique gratuité, dont je vais essayer de parler dans un prochain texte, mais qui mériteraient un livre. Et il y a un lien direct entre cette ingouvernabilité et l’exercice du tapin. Sauf peut-être reclusE en bordel, ce qui est un cas que nous fuyons en général avec entrain.

 

Bref, ingouvernables sans doute, mais néanmoins mal partiEs. Nous tournons en rond sur une défensive faite d’éléments complètement dépassés par la controverse actuelle, parce que nous n’osons plus mettre le fond en avant. Mettre ce que nous sommes en avant, mettre que nous vivons en avant : nous avons peur parce que ce sont des catégories disqualifiées dans les « débats » modernes, qui ne se structurent que de chiffres (même faux !) et de poncifs sociologiques, données épidémiologiques, etc. Eh bien justement, ce n’est pas en entrant dans cette danse où nous sommes rompuEs d’avance que nous ferons la différence, mais en nous ramenant nous-mêmes, en chair, en os et en cervelles. Nous sommes, vous voulez notre disparition. Même si vous nous proposiez de nous payer autant à rien faire qu’à tapiner – tiens, ça, personne ne nous l’a proposé, ni même d’autres boulots avec les mêmes rémunérations/temps ! – eh bien il y en aurait d’entre nous qui seraient pas d’accord.

On nous l’a assez dit, nous portons, quant à nous, l’entêtement et le mal. L’isolement et les raisons personnelles. La réalité sans fard. Bref tout ce qui n’est pas très bien vu. Et il va nous falloir le revendiquer, pas le fuir. Et ressortir toutes les questions, tous les dilemmes qui vont avec, et que l’axe du bien voudrait voir enterréEs, plutôt même que tranchéEs. Nous devons refuser l’enterrement.

 

Je l’ai dit ailleurs, c’est pas gagné. Mais même si c’est pas gagné, même si c’est perdu pour un temps, d’une part nous restons et resterons, à la barbe des nettoyeuRses, d’autre part nous pouvons poser, par notre parole tant que par notre présence, des questions morales de base qu’on n’ose plus poser de nos jours. Et qui peuvent mener loin, bien plus loin que le petit manège de stock-cars politicard et utilitaire, où les bolides évoluent dans une nuées de peigne-culs agrippéEs aux portières.

 

Ou bien on admet que les peigne-cul et les charognardEs, c'est-à-dire en fait toute l’attitude de haine hypocrite évoquée plus haut, infusée dans les zombies qui tiennent lieu de gentes désormais, a, ont gagné. C’est vrai qu’à renifler l’odeur du monde depuis quelques temps déjà, à entendre les clameurs inarticulées, il y a de quoi le croire. Alors nous n’avons plus qu’à mourir. Mais là aussi, avec panache, zut !

 

 

Plume la déjà morte

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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