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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 11:43

 

 

Il faut bien y consentir : il n'y a pas que de l'idéologie prédictrice dans les mathématiques sociales qui tient lieu de connaissance du monde aux militantes. Il y a aussi de la bonne vieille expérience, de celle qui tanne le cuir des fortes et expédie les moins fortes ad matres.

Ainsi, la loi qui veut que, dans une relation où il y a de la violence, celle ci réapparaitra plus vite, et identique, à chaque reprise de contact.

Je viens d'en faire l'expé.

 

J'ai une vieille amie, vaccinée et revaccinée, qui se tue à me dire depuis douze ans que je tiens et tiendrai obstinément la place de souffre-douleur dans tout collectif. Et tout particulièrement chez celles qu'elle appelle les chtarbées. Je vous laisse à deviner qui cette personne qui a traversé les cinquantes dernières années dénomme ainsi.

 

Tombée où je suis, je dois bien avouer qu'elle me semble avoir raison.

 

On est souffre-douleur à vie. J'ai commencé à l'école, bien avant que des militantEs me disent "petit petit petit..." (voir La Fontaine, Le chapon et le faucon).

Je vais vous raconter un épisode formateur de ma personalité, comme on dit chez les psys.

 

J'ai commencé ma scolarité en non-mixité féminine. Eh oui, j'étais le rejeton de la surveillante générale et à ce titre toléré jusqu'à la dixième dans son école non-mixte de filles.

Puis je fus versé à l'école de garçons, tout aussi non mixte, un peu plus haut. Et là commença l'enfer, le cauchemar où je suis toujours enfermée, à quarante cinq ans. Battue, méprisée, brimée, etc etc, autant par les élèves que par le corps enseignant, durant des années. Souffre-douleur de service. Comme s'il y avait écrit sur mon front "Battez moi, méprisez moi".

Durant des années, hors vacances, j'ai vécu la peur chaque jour d'y retourner, en sachant ce qui m'y attendait. Evidemment moins violent certains jours, où je bénéficiais de la grâce d'être oublié. Et plus violent d'autres.

 

En septième, l'instituteur, un nommé M.Georges, qu'il rôtisse en enfer pour l'éternité, se mit dans l'idée de m'endurcir. Il inventa pour cela toute une gamme de tourments qui me firent juste me haïr encore plus. Un jour, donc, il décida, dans la cour, de jeter la classe entière sur moi. Non mais réellement, pour me battre jusqu'à ce que je me défende.

Je passe sur le détail, qui d'ailleurs est flou à cette distance de trente cinq ans. Mais je me rappelle d'une chose, c'est que m'étant vaguement redressé, il enjoignit à un (!) autre élève de se ranger à mon côté.

Celui ci en fit mine, goguenard, puis recommença immédiatement à me battre avec les autres.

 

Ca doit être ma première expérience du copinage militant. On est avec toi, mais on va te maraver avec les autres, pasqu'autre chose ne serait sans doute pas convenable. Et qu'il faut que tu t'endurcisse, ma belle. C'est notre devoir envers toi. C'est pour ton bien, quoi.

Après, démerde-toi, bien entendu.

 

Eh bien voilà. Là, gisant sur le carrelage après une suite ininterrompue de deux ans de coups dans la gueule et sur le ventre, comme raconté dans une petite fable récente, je me suis encore jugée coupable de quelque chose et ait eu l'ingénuité de le faire savoir à une personne qui m'a pourtant maltraitée durant des années.

Celle ci a très gracieusement reçu mon cadeau, se l'est emballé pour s'en servir au besoin. Et en très peu de jours s'est mise à réutiliser son arme favorite pour me démolir. Quelque chose qui n'est pas très éloigné, moralement, des méthodes de M.Georges. Me mettre le pied sur la tête et délicatement appuyer.

Elle aussi, ça doit être pour mon bien, dans sa tête de petite cheffe charismatique, qu'elle m'a émiettée et humiliée avec constance. C'était facile. Ca l'est encore plus maintenant qu'après une vie de lutte défensive, seule, contre la honte et le dégoût, je suis à terre. Des fois qu'il en sorte quelque chose quand on appuie. Rien que pour rigoler. L'impression d'être une girafe pouic pouic en plastoc. On appuie, ça couine, c'est marrant, ça n'engage à rien.

Je comprends pourquoi j'ai toujours été émue par ces doudous abandonnées. A les recueillir. Ce sont elles mes vraies soeurs, de condition. Pas celles qui défilent ou qui tiennent boutique.

 

Moralité, ou conclusion : effectivement, ne vous remettez jamais dans les pattes de qui vous a déjà maltraitée. C'est sans espoir.

Mais ça fait mal au ventre. Parce que la charge de souffre-douleur implique que vous aimiez, évidemment, celleux qui vont vous faire du mal. Sans quoi il y manquerait quelque chose d'essentiel.

 

C'est la dure loi des mathématiques !

 

 

LPM

 


 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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