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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 10:19

 

 

« L’échange économico-sexuel » - pour la je ne sais combientième fois. Cè qu’y a l’économie, et y a le sexuel, attention. Pas confondre. Nan mais. Anathème l’hypothèse. Le sexuel n’est pas, ne peut pas être un simple secteur de l’économique, de l’échange valorisateur, boh non, c’est toujours quelque part naturel, anthropologique, fatal ! Comme le travail dans la pensée bourgeoise et léniniste : interaction avec la nature, point. Tout le monde, si constructiviste ou subversive qu’elle se veuille, reste sur un a priori ontologisant de la sexualité, comme de l’échange en général, et la pose donc à part, en référent, qui est et ne peut ne pas être ; au mieux à nettoyer de vilaines oppressions qui lui seraient hétéronomes. Qu’elle puisse en elle-même se révéler juste un aspect particulièrement violent, obsessionnel, de la contrainte générale à l’échange et à la valorisation, de l’économie quoi, désastre historique parmi autres de première magnitude, n’est pas admissible. Ça ferait trop mal au bide. Ça mettrait trop sur le tapis la supposée immanence de notre ressenti social. Et ça ouvrirait trop l’hypothèse qu’on puisse s’en débarrasser.

Mais il est vrai que qui, aujourd’hui, tient imaginable que les choses n’aient, ne représentent non plus pas naturellement une valeur, une propriété, un revenu, une reconnaissance ? L’économie, l’échange équivalent sous toutes ses formes, c’est génial, il suffit de se la réapproprier. Plus ça foire, plus on en crève (enfin, on, les pas rentables d’ailleurs d’abord tout de même…), de ces croyances, plus on s’y accroche. Sans ça, hein, ça nous mènerait où ?

 

 

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Par ailleurs, je songeais l’autre jour à quelque chose que je n’ai pas forcément clairement écrit dans les diverses textes que j’ai consacré à la question, tellement ça me paraît flagrant : la « sexualité » et ses sous-produits, plaisir et reconnaissance, sont un prétexte, un cache-social. Comme le geste de la marchande est une apparence bénigne de la contrainte à l’échange et à la valorisation. Ce qui compte est la socialité que nous entretenons, qui est dans tous ces cas de valorisation, de concurrence et hétéra. Hétérasocial ne se limite pas à une bite dans un vagin ; hétérasocial c’est la totalité de la mécanique hiérarchique des rôles sexués, des formes qui vont avec et probablement du reste. La sexualité, c'est une manifestation, une mise en oeuvre de l'hétérosexualité, de l'appropriation et du pouvoir ; de l'articulation hiérarchique sociale. D'où le double foutage de gueule des gratuitaires et de leur sexualité spontanée et équitable, comme des libérales et de leur épanouissement dans les rapporst de pouvoir déployés et assumés. On ne change pas de socialité en diversifiant ses pratiques et encore moins ses partenaires, non plus qu’on ne sort de l’économie avec des bitcoins, des grains de sel et des produits bioéquitables. Toutes les certitudes, ressentis et compagnie que nous collons à la sexualité comme lieu naturel ou même « social originel » qui serait à la source, condition des rapports, sont peut-être bien une manière de soigneusement nous aveugler sur la possibilité que ce soit l’inverse, et que la sexualité ne soit qu’une conséquence, sanction et confirmation, cadenas au bout de la chaîne de tout un ordre, lui aussi social et politique. Comme la monnaie ou la carte bleue sur le comptoir. Et conséquemment que les violences et désastres qui l’accompagnent ont sans doute leur principe et origine dans cet ordre – que pour moi j’appellerais volontiers patriarcat, comme système total d’injonctions et de formes. Bref qu’on ne sort pas mécaniquement ni magiquement du patriarcat même en cessant d’être mec, cisse ou hétéra. Mais bien plutôt que la signification possible à donner à ces termes, ces catégories, et ce qui les sous-tend, est à étendre à toute notre condition de sujet sociaux, et que si – pari tenu ! – elle est changeable, bouleversable, renversable, ce ne peut être qu’en attaquant de front les évidences et les buts « neutres » qui en sont l’infrastructure, pas simplement en réaménageant leur mise en œuvre. Pas simplement donc en jouant autrement. Mais en arrêtant ce jeu.

 

 

 

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Les identités ne déterminent pas les formes politiques et sociales ; ça semble même être plutôt l’inverse, à voir ce que nous vivons et sa reproduction. La sexualité, le relationnel qui va avec, c’est dans les faits l’hétérosocialité et une part décisive du patriarcat ; lgtblande une annexe de Jours de France ; et la poursuite du bonheur, hétérolande. Avec et entre qui qu’on les performe, de quelque manière que ce soit comptabilisé et valorisé, car ça l’est toujours, « gratuité » ou pas. Les seuls progrès enregistrés désormais sont ceux des normes hétéra, et on s’étonne que ça n’empêche pas la régression générale de l’ordre sexué ! Ben non, au contraire, ça l’accompagne. On peut toujours les chérir, mais après il ne faut pas venir pleurer des conséquences qui les suivent répétitivement. Une des impasses où nous sommes, c’est qu’autant les olf que les intersectionnelles, pour la faire courte et binaire, défendent la réalisation idéalisée de ce programme intégré vécu comme naturel ou anthropologique – ce qui explique que les unes comme les autres finissent vite par voisiner avec diverses options réaques ou résignées qui sont sur le même bout de gâteau. Et se pinaillent en son nom. On ne sort pas des directives en vigueur en rêvant à leur « bonne » application, et en en externalisant ce qui embête. Mais cesser de fantasmer et de ressentimenter constitueraient en eux-mêmes les prodromes d’une révolution sociale. Dont nous ne voulons pas, selon toute apparence, persuadées que nous nous tenons que les formes sociales de l’idéal échangiste sont réalisables sans contradiction ni dégâts, avec de la bonne volonté. Sauf qu’il faudrait tout de même se rappeler qui, dans l’histoire politique de la modernité, à lancé et maintenu ce primat de la « libre volonté » à l’origine de l’histoire…

 

Le mythe de la « sexualité pour elle-même », comme en-soi, apolitique et métasocial, est l’épure, pas la négation (ça se verrait d’ailleurs) de la reproduction, que ce soit de lardons, de rôles, in fine de valeur ; sans même parler de ce cher amour, lui aussi totalement étranger à l’ordre social et à sa violence, c’est bien connu. C’est le frère siamois du mythe du droit naturel, fondé sur l’idée l’appropriation, avec sa joie de l’activité per se, du travail bien fait qui engendre reconnaissance, pour couvrir l’injonction à l’échange et l’exploitation. Les deux se confondant en apothéose dans la poursuite du bonheur chère à l’idéologie libérale. Même une Wittig, que je relisais récemment, ne s’en est pas extraite, ayant pourtant, comme d’autres de sa génération politique, rassemblé à peu près tous les éléments pour y parvenir. Cette regimbe devant une mise en cause de ce qui pourtant avait déjà été découpé à la petite scie pose question. Pourquoi ne pouvons ou ne voulons nous pas ?

Il n’y a pas d’échappée dans la subjectivité, du fait qu’elle est posée en déjà là, exactement comme l’objet auquel nous avons envie de croire qu’elle s’oppose, alors qu’elle lui répond pour cadenasser ce qui devient par cette fermeture même ordre des choses et monde, accumulateurs et intensitaires, enjoignant sans répit à leur réalisation. À nos dépens. La sexualité est hétéra, l’hétéraforme est sexuelle. Le rapport social de sexe n'est pas une forme duelle qui déterminerait et encore moins dévoyerait des sexualités, des identités ; elles sont ce rapport social, indécrottablement hétéro, cis et masculin (et leurs "autres" dérivées). Tenons le pari de nous en débarrasser, ou bien résignons nous à ses conséquences. 

 

 

 

 

 

Addendum : je me pelotonne à lire l’Anatomie politique 2 de Matthieu, de même que je me suis désolée à l’annonce de son trépas. Franchement on devrait vivre beaucoup plus longtemps et même ne pas mourir. Elle était intraitable, incrédule, notamment envers la dilution supposée du sexage dans d’aussi supposées genres multiples quand même singulièrement dichotomiques, ou envers la joyeuse parité égalitaire des sociétés trad’s plus ou moins sans état, qu’il ne tient qu’à nous de ressusciter pour que tout le monde investisse la place qui lui est destinée avec contentement ; et je trouve toujours qu’à ce jour, à ma connaissance et en francophonie, nulles n’ont dépassé dans la critique systémique du sexe comme rapport social cette déjà vieille bande, avec Guillaumin, Capitan et quelques autres. Au-delà c’est Solanas ou Atkinson. Et j’espère des que je ne connais pas. Mais déjà cela me fait iech’ de devoir constater que c’est déjà donc vieux, et que depuis, dans cette direction, personne ne s’est aventurée pour reprendre l’excavation.

Ce festin est comme souvent entaché de déception devant sa pusillanimité, elle qui pourtant n’était pas trop censée en avoir, à tirer une critique radicale du sexage et de la sexualité, à les extraire de leur coquille de naturalité anthropologisée, ce alors même qu’elle avait rassemblé tous les éléments à ce propices. Je retrouve toujours cette hésitation à remettre en cause l’évidence, alors même que bien des critiques ont depuis longtemps signalé ce caractère comme un maillon fondamental du maintien de l’ordre, de l’appropriation, et de la constitution de son sujet.

 

J’avais ressenti le même désappointement au lire d’un ouvrage de Sara Ahmed, intitulé « Pursuit of happiness », et qui parle de cette affaire que je trouve cruciale dans la dynamique capitaliste et valorisatrice : le bonheur. Je n’hésite pas à dire que pour moi la notion même de bonheur, avec ce qu’elle tient assemblé, est reproductrice et réactionnaire. Activement. Et à travers nous toutes. Là aussi, les éléments à charge s’accumulaient, mais Ahmed, en subjectiviste assumée, n’a jamais voulu passer à l’hypothèse d’un sujet social global, à traiter et attaquer comme tel. Son bonheur reste à la fin un attribut divers et fragmenté, alors que son hégémonie crève les tympans, comme forme enjointe du sujet social accumulateur. Je lisais l’autre jour un article d’un « économiste critique » qui proposait, avoir avoir fustigé une supposée civilisation du virtuel (comme si la guerre généralisée était virtuelle dans la formation de la brutalisation sociale !), une « économie du bonheur ». Yes. Juste il la propose après Smith, les pères fondateurs de révolutions bourgeoises, bref il reprend ce qui est très probablement un des fonds plus ou moins explicites du capitalisme et de la domination moderne ! L’idéal du plaisir ou du bonheur, objectifiés, nécessifiés, s’insère dans les mêmes structures que celui de la production, de l’appropriation, du mérite. Zéro pour les situs qui avaient cru pouvoir les opposer. Le subjectivisme, quant à lui, n’est en rien un antidote à l’objectivation, mais son partenaire dialectique, qui maintient dans un cadre inchangé – cadre où on n’échappe pas à l’universalisation si redoutée, mais simplement où ses fondamentaux deviennent implicites et spontanés, intégrés quoi, au lieu d’explicites et imposés.

 

À quand une critique de l’économie politique conséquente, qui ne cherche pas à sauver des naturalités en lesquelles se réfugie son principe agissant, qui tienne thèse que nous sommes actuellement ça, que tout à été subsumée en ça – et que c’est de ça qu’il nous faut sortir, pour un avenir incertain. Le certain sur les rails étant l’extermination générale qui se déroule depuis quelques siècles, utilitairement et hiérarchiquement – le premier appelant le second.

 

À quand un examen suivi et approfondi de la thèse relation égale appropriation, par exemple – et réciproquement, la question du sexage et du commerce comme paradigmes et limites contraignantes de ce qui doit déterminer le rapport social ? Et ce sans résignation anthropologisante postmoderne du genre « ah ben on n’y peut rien alors on va essayer de jouer avec ». Ou le retour au bazar de la psycho et de la biologie ( en ce moment Serano pour transselande épanouie dans la reconnaissance et la marchandise pour quelques semi-invisibles, mais encore Despentes dans les Inrocks, les hommes tuent pasqu’ils n’enfantent pas, classe le niveau d’analyse – mais il est vrai congru avec une définition du lesbianisme comme « orientation sexuelle », et autres clichés).

 

La résignation masque mal la roublardise des qui ont ou pensent avoir de la valeur à faire fructifier. À quand un examen de l’opposition sacrée sexe versus commerce, sans parler d’amour versus guerre – alors qu’il semble patent que les uns sont les autres, et que l’opposition sert surtout à maintenir et à rendre tolérables (!), autogérés et au moindre prix, ces fonctionnements sociaux dont nous pourrions aussi bien envisager de nous débarrasser en vrac. Mais pour cela il nous faut abandonner les références en pâte à modeler incontournées : nature, peuples, complémentarité, sexualités, Lumières…. Et ne pas chercher à les remplacer. Les formes, les emplacements, déterminent les rapports et les contenus !

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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