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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 08:45

J’ignore si ce genre de « délit » existe toujours de fait, à part dans sa version « grand méchant – crime contre l’humanité » ou quelque chose comme ça. Je suppose qu’on aurait ainsi pu poursuivre avec ce gourdin, à une époque où la « loi de 1920 » était encore en vigueur, toutes celles qui soutenaient et réclamaient la légalisation de l’avortement. Peut-être même l’a-t-on fait ?

Au paradis judiciaire, qui fait tant triper contre toute raison les militantEs qui ne rêvent que de puissance et de passer du bon côté du gourdin, il n’y a plus d’ennemiE, il n’y a que des criminelLEs. RayéEs de la carte. Illégitimes absoluEs. C’est à peu près ce qu’on a « gagné » à passer du vilain obscurantisme qui ne connaissait que les hérétiques et les possédées aux lumineuses idéologies du progrès et de la domination.

Le crime d’infanticide, donc, n’a pas de nom dans ce pays. Il se cache sous quelque chose comme « l’homicide sur mineurE de moins de quinze ans » ou le « défaut de soin ayant entraîné la mort » sur la même.

 

Ce n’est pas pour autant que le gourdin est suspendu, bien au contraire. Puisque le 8 juin dernier, aux assises de l’Allier, une nommée Valérie Gally a pris quinze ans ferme. Pour avoir laissé mourir à la naissance deux lardons, bref appliqué un avortement post partum. Comme quelques unes, elle les avait conservé, hélas pour elle. Que dire ? Chalamov avait bien gardé son chat mort, assassiné par son voisin, dans son frigo. Toutes les prétentions vaselineuses de ce monde hypocrite et rempli de psys ne nous épargnerons jamais les déchirements.

 

Quinze ans ferme ! Même la proc a été un peu soufflée, qui avait réclamé « seulement » dix ans, et qui a fait appel. Sept ou huit ans réels et sûrs au moins donc, dans une prison où les autres nanas lui feront la vie que les mecs font aux violeurs réels ou supposés. Vive la justice populaire. Parce que c’est un jury, un jury de braves gentes, de celleux donc qui ne se sont jamais fait pincer, tout simplement, qui a ainsi déchargé sur elle sa haine et sa peur d’esclaves. Les bonNEs citoyenNEs implacables, ce fameux « courage civil » que définissait déjà Léon Bloy par « la détermination indomptable à taper sur les faibles et les désarméEs ». Que l’on retrouve dans tous les replis de la société comme de la prétendue « contre-société ».

Je sais pas si vous lisez les comptes-rendus d’audience dans les journaux, mais la justice républicaine aime que l’on rampe devant elle, que l’on se fasse dessus de terreur et de remords, que l’on répète docilement les imprécations des juges et des procs. Les croquants du moyen-âge s’abaissaient moins devant leur seigneur que les « mis en examen » devant cette justice vermineuse où tout doit pouvoir être tarifé et "réparé". C’est que nous sommes à l’âge des assurances, de la safety et du care.

Valérie Gally a rampé, comme les autres, s’est bien qualifiée de monstre, et à répétition. Mais voilà, le jury aime bien de temps en temps prendre au mot, pour terroriser. Monstre ? Okay. Crève ! La fille de paysans de service, dont son premier mari déclarait à la barre « ne l’avoir jamais vraiment connue » (ben heureusement ! C’est quoi ce rêve hégémonique de transpercer l’autre de tous ses yeux, ce cauchemar mitonné chez Meetic ?!).

 

C’est bien simple, là-dessus, tout le monde ferme sa gueule. Tout le monde a la chiasse. Se réfugie, quand il ne condamne pas, dans un bien commode « refus de jugement » qui équivaut évidemment aussi et surtout à un refus d’approbation. Je me rappelle de la lâcheté sur la question, comme sur bien d’autres (les délais d’avortement !), d’ex-commensales du Planning Familial, cadres tremblotantes et gélatineuses ou jeunes arrivistes aux dents qui rayent le lino. Seule une très ancienne, une fondatrice quoi, qui avait refusé de glisser dans la gestion, me disait avec entrain « Allez, on va acheter des congélateurs ! ». Mais c’est sûr que ce n’est pas en soutenant les nanas qui avortent tardivement qu’on va recevoir des strapontins ministériels ni même des adhésions dans ce pays lardonolâtre. Personne ne réclame donc franchement la disparition de l’avortement du code de la santé, ni la fin de la surveillance (un flic derrière chaque nana enceinte, cette fiction de 70 sera bientôt réalisée). Au contraire.

 

L’infanticide à la naissance, avortement tardif, file donc généralement la foire. Moralement tout au moins. C’est un des crimes à la mode dont on ne s’éloigne jamais assez. Comme de celles qui s’y font pincer, et qui paient pour toutes. Et pour toute la chape de honte et de malveillance qui pèse sur les nanas, toujours soupçonnées d’être de mauvaises mères.

C’est que ça remue, ce truc. Ça nous emmène, de fait et de force, bien plus loin que la mièvre déclaration sur la « libre-disposition de son corps » (et de soi-même tout court !). Ce rêve de petites portions in-dépendantes et régulées. Comme le dit si bien un des seuls livres honnêtes sur la question (Réflexions sur un tabou), la réalité c’est que des lardons apparaissent dans des ventres, que ces ventres sont des ventres de femmes, et que c’est toujours à elles de régler l’affaire d’une manière ou d’une autre. Et que les lardons, désolée mais c’est pas un cadeau. Enfin, autre aspect de cette réalité si commodément oubliée par le constructivisme en vogue, c’est qu’on naît toujours de quelqu’une, eh oui. Avec toute la merde que ça représente. Que personne n’y peut rien et que c’est indépassable.

Et ça nous fout aussi le nez dans cet insurmontable caca, dont nous avons depuis quelques siècles fait la valeur centrale de nos vies, concurremment avec l’argent, de l’emberlificotage relationnel, amoureux et évidemment sexuel (puisque sans cul rien ne serait réellement valorisé). Et qu’on ne me dise pas même que ça se limite à l’hétérosexualité (même si ça aide puissamment, évidemment).

Enfin que ce rêve d’in-dépendance et d’autopropriété ne peut, comme tous les rêves qui coûtent cher, que faire que les unEs le vivent sur le cauchemar des autres. Eh oui, pour qu’il y ait de joyeuXses « partenaires » responsables, il faut des tas de vies de merde. C’est comme dans l’économie, sans pauvres pas de riches. Et ce n’est pas non plus le meccano politique de la « domination » qu’il suffirait de démonter et remonter avec les bonnes clés à douille !

 

La fiction légitimiste de « chacunE son corps, chacunE sa vie », bien digne d’une époque où elle orne et adevise les pubs de toutes les entreprises de service, ne marche pas. Que ce soit le papa, la maman, les deux mamans, le lardon… Y en a toujours une qui est carna. Et qui doit prendre sur elle de supprimer l’autre, ou de se laisser bouffer. Devinez laquelle ? La moins puissante des nanas, point.

 

En attendant… En attendant rien du tout. On ne voit d’aucun côté, pas plus « subversif » qu’autre, d’issue à ce monde d’hypocrisie permanente et par ailleurs de collage généralisé, évidemment majoritairement hétéro. Pas d’issue à un monde de lardons et de lardonolâtrie, d’amour, de pattex, de cul et de couplite, où c’est si facile d’en faire… et où, comme le dit le livre sus mentionné, c’est toujours aux nanas de régler la question d’une manière ou d’une autre, que ce soit par l’avortement précoce ou tardif, ou bien une vie entière finalement de sujétion, qui commence par les couches et les braillements et finit par les violences des jeunes gaillards sur leurs mères. Et même qu’on ne me dise pas qu’hors de l’hétérocoincoin tout va bien. Ce ne sont pas les mines abruties de l’apgl et les soi-disant « relations égalitaires lesbiennes » qui vont me faire croire que là il n’y a nulle contrainte. La bonne blague.

 

Cela dit, il est quand même probable que si l’avortement devenait réellement un truc plus simple, hors des pattes des toubibs et des juges, l’affaire se ferait en général plus simplement. Mais en général seulement. Il y aura toujours des impossibilités ou autres. Et gardons nous d’encenser l’un pour diaboliser l’autre, de dire « libéralisons l’avortement pour éteindre l’infanticide », comme on dit encore « libéralisons la contraception pour éteindre l’avortement » !

 

J’ose encore une fois dire ici que je suis persuadée qu’il existe, par force, une espèce de « solidarité universelle », qui n’a rien d’intentionnel ni de bienveillant, et qui veut que les unes payent pour les autres, que celles qui existent peu se voient encore arracher le peu qu’elles vivent pour que celles qui « vivent intensément » intensent encore plus. Et que les idéologues du « plaisir et du désir » défendent et mitonnent un système tout aussi cannibale que leurs adversaires. Cela dit, je ne crois nullement à un quelconque avenir radieux. Nous aurons toujours les mêmes limites et les même tortures.

 

Mais n’empêche. Apologie de crime. Je trouve fondamental que les nanas puissent se débarrasser, y compris post partum, de leurs lardons. Et je reste obstinément pour cette autodétermination à l’avortement, sans délais ni tutelle. De tout coeur !

 

 

Plume

 

(Qui aurait bien aimé être avortée, fut-ce tardivement. De même que Madame de Sévigné qui regrettait de n'être pas morte entre les bras de sa nourrice !)

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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