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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 13:29

 

 

 

On va dire que j’arrive après la bataille, et c’est même très au-delà de la réalité parce que je me trouve bien trop loin de toute façon de la dite bataille, à tous points de vue d’ailleurs, et parfaitement coincée de tous ces points de vue dans un trou affreux.

Je m’exonère bien souvent de donner dans ce dont il est déjà abondamment causé. Mais ce qui me revient de l’obstination brutale avec laquelle les républicains, citoyens et bleus, imposent à paname la représentation d’un show qui est clairement une pourriture raciste, commence à m’échauffer les oneilles (ce qui est une performance vu la distance et la température dans mon taudis). Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas un secret, avec les approches intersectionnelle ou nationale-léniniste, mais là j’entre absolument dans les raisons et les analyses de ceux qui s’opposent à cette représentation, laquelle se résume en la présentation de personnes noires malencontreusement ficelées dans tous les sens, ce qui est déjà en soi infâme, et sans qu’on puisse bien voir ce qui et qui a pu amener cette situation, finalement peut-être alors attribuable, par exemple, à un manque immanent de sens pratique !

 

Raciste et je dirais même, dans ma détermination personnelle à refuser de prendre qui que ce soit pour imbécile, intentionnellement ; faussement naïve et stupide ; c’est tellement énorme, ce truc, que je ne veux pas admettre que ses promoteurs n’aient pas derrière la tête de le faire avaler dans un but bien précis, compassionnaliste et apolitique, sachant l’impasse que le premier entraîne et l’approche réactionnaire que le second constitue. Le propre des structures de domination sociale est d’être intégrées, donc de faire appel à la sincérité la plus plate – mais j’ai là aussi la vieille expé que la sincérité n’est pas exclusive de roublardise : on sait toujours dans la pratique où on est dans les ordres de ce monde. Sans quoi la pratique sociale, ce serait zéro.

Et même si il y a bêtise, pareil : je tiens, et je l’ai vu maintes fois, que ce qu’on appelle la bêtise est un choix, il n’y a qu’à voir à quel point elle vient opportunément à la rescousse des formes valorisées et de leurs intérêts incarnés du moment. Bref, la bêtise n’est pas une excuse, c’est une aggravation.

 

De manière générale, cela fait longtemps que je considère la culture comme une propagande pour les bases de l’état de fait et des relations sociales idéalisées. Entre la littérature qui fait une pub permanente pour la justice et l’amour, l’audiovisuel qui tape dans les tripes pour entraîner l’adhésion aux nécessités désirables, et des trucs que je ne connais pas bien comme le théâtre et la danse qui ne m’ont pas vraiment l’air de susciter souvent l’appétit critique, je dois avouer, je suis anticulturelle comme je suis antiéconomique ou antisexe, de manière un peu plus radicale chaque jour.

 

Quand je vois que les gouvernants et cultureux n’hésitent pas à faire envoyer les chtars pour faire assurer une représentation qui dépolitise, décontextualise absolument et volontairement un des pires aspects du rapport social moderne, bref ment carrément et ajoute un bloc gros comme ça au mur de la chosification de ce rapport, c’est comme ça c’est malheureux et il ne peut pas en être autrement, les choses et leur valeur le veulent ainsi – eh bien c’est si j’ose dire parlant. Il y a en jeu l’intérêt qu’il ne soit jamais dit que la république, comme les autres formes de la superstructure, est un élément de l’organisation – et de la médiatisation - de la domination, laquelle a déjà commencé de tourner à l’extermination. Que ça l’a été historiquement et que ça ne cessera pas de l’être tant que qu’elle continuera. Et là, dans cette tradition, c’est une messe de négation de l’esclavagisme moderne dont la tenue est imposée par la force.

 

Bon, je vais pas la faire à l’indignée, vu que rien de tout cela n’est étonnant et qu’il n’y a rien à chercher d’émancipateur dans le jeu de quilles de la représentation démocratique et propriétaire.  

Mais quand même, là c’est gros, c’est tout aussi gros que quand les forces de l’économie politique foncent dans les piquets de grève pour assurer la liberté du travail. Pour prendre un vieil exemple. Et ça montre à quel point il est désormais malvenu de vouloir agir en quoi que ce soit contre la haine, le mensonge et le mépris, parce que rien d’autre ne suinte de ce genre de machin.

 

Pour ça aussi, que le cantique de la liberté aussi m’exaspère. La notion moderne et bourgeoise de liberté, un vieux barbu l’avait nettement signifié, c’est la capacité mesurée à réaliser les formes sociales en vigueur et à accumuler leurs moyens. La liberté et son espace, c’est le parcours, aller et retour, sur l’échelle de la valorisation. L’idée même de liberté contient ce déterminisme implicite, l’isolement et la hiérarchie. La liberté, comme son avatar le consentement, c'est l'interrupteur toléré en temps de paix sur le circuit de la reproduction des mêmes rapports sociaux et existentiels, dont la position incitée, par défaut, est sur on ; ferait beau voir qu'on coupe le courant. C’est pourquoi je ne suis pas pour les libérations, qui ne profitent qu’aux formes sociales et n’ont qu’elles en vue, du commerce aux nations en passant par les autres tiroirs de ce qu’on doit être, nourri de notre peau et si possible celle du voisin. Bref, j’ai un peu ricané, je l’avoue, devant l’appel à respecter la liberté des manifestants. Tout le monde est libre, rien ne doit donc changer. Bon, je fais partie des qui considèrent, même si le second terme, j’en conviens, est tout aussi ambigu et demande tout autant d’être précisé et rempli critiquement, que la liberté s’oppose à l’émancipation, tout simplement parce que son sujet n’est pas le même, et s’y oppose aussi – sujet social total versus personnes de ce social on va dire. Je ne parle même pas de ce qui concerne l’égalité (et encore une fois pareil).

 

Bref, je ne défends pas plus ma liberté que celle des camarades qui assiègent très à raison les lieux où est présenté ce spectacle dégueulasse ; je ne cause évidemment même pas de celle de ses auteurs et partisans. Je soutiens l’éviction à coups de tatane de ce boulot raztèque. La liberté, on la mange tous les jours, grave, et elle nous tombe toujours sur la gueule dans le même sens. L’ordre de la liberté, des destins, des hiérarchies et des assignations, de l’exploitation et de l’extermination ne s’aménage pas (enfin si, hélas…) ; il se renverse (en tous cas nous sommes quelques à en faire le pari).

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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