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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 22:03


 

Eh ben.

 

A-no-so-gno-sie, me martèle le dictionnaire. Les dictionnaires, c’est bien, mais uniquement si on se souvient encore des initiales du mot. Sans quoi (bon, je sais, il y a le dictionnaire analogique, etc…).

D’ailleurs ça fait bien longtemps – mais est-ce que ça ne s’est pas multiplié au cours de ma dégringolade – que j’ai ces trous soudains, le mot qui manque ! Sueurs ! Panique ! En plus souvent un mot assez usuel.

 

L’ano je sais déjà plus quoi, donc (j’ai toujours été rétive, bien que cultivée, au vocabulaire médical) est le fait de ne pas se rendre compte à quel point on est malade, diminuée, cacochyme, démente.

 

Chalamov, distancé de la mort quasi-certaine qui le suivait pas à pas à la Kolyma par une intégration au corps des aide-médecins, décrit ainsi ces zeks qui arrivent mourants au poste sanitaire, mais ne s’en rendent pas compte et simulent avec ce qui leur reste d’entrain une quelconque maladie ou blessure, pour parvenir à échapper au travail meurtrier ; alors que le regard du toubib, lui, voit déjà que le crevard n’a quelquefois plus que deux ou trois jours à vivre. Et que c’est tout simplement d’épuisement qu’il va mourir.

 

Comme quoi le merveilleux monde contemporain, qui fournit en masse travail, idées, maladies, prisons, etc. est un vaste champ pour l’ano- zut !

 

Vu comme je me porte, c'est-à-dire ne me porte plus du tout, depuis quelques années, glisse dans un long boyau d’inimaginable, de stupéfaction paralytique devant mon autodestruction, je me demande si je n’en suis pas atteinte.

 

Mais pour être atteinte d’ano coin coin, il faut nécessairement être préalablement atteinte d’autre chose. Dans mon cas précis, je penche pour la dégénérescence, oui, la même que je perçois de plus en plus largement chez mes contemporainEs. Un début d’alzheimer. Ou tout simplement un immense dégoût de soi, de ce dans quoi on vit, de ce qu’on accepte d’y vivre. Qui d’ailleurs à mon sens peut provoquer ou du moins précipiter la démence.

 

C’est chiant l’anonononie, parce que ça empêche assez vite de prendre des mesures radicales pour se débarrasser de soi, ou de ce qu’il en reste. Je songe avec tristesse à Cioran, qui était bien décidé à se flinguer, mais qui bascula dans l’espèce d’indécision apathique qui caractérise le truc, et mourut pitoyablement, comme cela va arriver à la très grande majorité d’entre nous. Des fois, j’en viens même à relativiser mon jugement sur des morts violentes et prématurées. Ça me foutait en rogne extrême contre les idéologies qui les incitaient, mais quand je vois où on finit, et de plus en plus tôt, ben… Je sais plus… En fait je n’en aime pas plus les idéologies sacrificatoires pour ça, mais je me dis qu’au moins elles ont fini entières. Enfin façon de parler.

 

Après, est-ce que c’est ça qui est à souhaiter ?

 

Car, encore une fois tout est dans les conditions. Enfin, sinon tout, du décisif tout au moins.

 

En effet, je vois que je suis en train, si je fais abstraction de ma logorrhée scripturaire, qui de toute façon tourne en rond parce que je n’ai plus le courage, l’organisation mentale et la capacité nécessaires à écrire ce que j’aurais vraiment voulu écrire, eh bien j’en fais donc abstraction, je deviens petit à petit aphasique. Je ne sais plus rien dire à celleux qui furent mes proches, et je m’en isole. Rien à donner, rien à dire…

 

Il ne me reste qu’une aigreur sordide et une malveillance que j’ai voulue opposer à celle dont nous faisons socialement et collectivement preuve, mais sans les moyens de. Je me vois déjà terminer comme cette mémé dont on me parla autrefois, qui avait tout oublié, jusqu’à son nom, tout sauf son racisme impénitent. Terminer donc dans une acrimonie sans bornes, marmonnant de vagues insultes quand je croiserais quelqu’unE à moins de vingt mètres (et même à plus). M’abêtir dans une obstinée détestation.

 

Ânonner.

 

L’anonenanie positive, c’est quand on arrive à oublier une bonne partie du temps qu’on se déteste soi, d’abord.

 

Bon. Donc, après tout, finir aigrie et débile, donc, comme je dis, c’est une question de conditions. Si j’avais toujours une petite maison, indépendante et isolée, je me vois très bien périr petit à petit, engluée en une sorte de béatitude de fureur et d'impotence, dans mes déchets et mes déjections, les extrémités mastiquées par mes chatTEs affaméEs, traînant mon impayable silhouette de travelo décati, coulant, faisant sur lui, jusqu’à la camionnette du compatissant boulanger qui compterait les sous dans mon porte-monnaie et se retiendrait de propos désobligeants.

 

( C'est en effet sous cette espèce, remarquait une de nos doyennes dans un texte que j'ai perdu, que nous finirons, f-trans, pour la plupart. Graisses fondues et angles réincarnés. Que nous nous récapitulons, en quelque sorte. Autant ne pas se le cacher.) 


Je dirais même que, si on admet que la dégénérescence et une probable anognagna nous sont promises massivement, au vu de nos vies matérielles et morales, ben ce serait encore une des plus belles manières de finir. Loin des longs séjours. On pourrait même appeler ces derniers chez-soi des courts séjours. Comme il y a les courts bouillons, pour les homards*

 

 

 

LPM

 

 

* Je dis ça, c’est sans doute n’imp’. J’ai jamais mangé un homard de ma vie et ça ne se cuisine certainement pas au court-bouillon. .

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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