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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 12:16

 

Je l’ai déjà dit, je n’aime pas faire les pleureuses en colère, je suis exaspérée par les requiems, le TDoR et toute l’économie militante où on échange des jetons d’intégrations contre des cadavres, monnaie à bas cours, notamment dans notre cas, mais monnaie quand même, par le principe.

 

Cependant, il faut bien le dire, les dernières années m’ont amené régulières annonces de morts de t’, un peu comme moi la cinquantaine, des atypiques, de celles dont on se disait qu’elles assuraient dans la solitude. Suicides presque toujours. Bon, c’est un mal qui nous frappe massivement, les t’ et apparentées.

 

Là je voulais causer de la sous-catégorie hétéroclite dans laquelle j’ai la faiblesse de me ranger (et de me voir rangée de toute façon par mes congénères, qui me reconnaissent telle en un quart d’heure), je dirais les t’ pour qui il y autre chose, d’au moins aussi et même de plus décisif, que les histoires de genre, sans quoi la vie c’est beurk. Nous sommes souvent ainsi des t’ pour qui la t’itude ne se résume pas à elle-même, mais bien souvent est liée par des liens complexes à ces autres choses. Du coup nous sommes aussi peu appréciées par les t’ qui considèrent que c’est l’affaire de leur décennie (et après cursus ordinaire, enfin dans les rares cas ou la t’itude ne se rappelle pas régulièrement), que par les ceusses, il y en a, qui s’ingèrent de ces autres choses, et qui ne comprennent pas comment nous, suppôtes de la société technologique et aliénée, pouvons avoir le moindre intérêt à des changements et échappées profondes.

 

D’ailleurs c’est vrai que ça ne saute pas toujours très bien aux yeux.

 

Toujours est-il que notre sous catégorie meurt beaucoup vers cinquante ans.

 

Nous n’avons pas su ni voulu marchander, et de toute façon ces autres choses ne sont pas échangeables sur le marché social et politique ; ce n’est pas la roue du dénoncer-revendiquer-s’intégrer. Ne servent à rien, au sens propre, au monde tel qu’il est. Nous avons souvent aussi peu de goût pour le jeu de rôles relationnel. Et c’est pourquoi même nos collègues, qui cependant ne crèvent pas moins, ne songent guère à nous : nous n’existons pas. D’ailleurs ce n’est pas toujours exister que nous voulions (décidément, jamais contentes).

 

Nous ne sommes, t’lande, finalement, je le crois bien, qu’une anecdote qui aura son temps, ou se fondra au « mieux » totalement dans la normalité patriarcale trrrrès élargie qui se profile. Mais zut, et alors ? Nous sommes, étions quand même. Ce qui est une raison suffisante, sans, surtout sans aller chercher aucun droit ou aucune origine, que nous pussions vivre. Je n’ai pas dit comme les autres. Non seulement je n’y crois plus, mais au fond je crois que j’aurais tellement aimé un monde où personne ne cherche trop à faire comme les autres.

 

Et voilà. Je vois la cinquantaine toute proche ; je vois la dégringolade, l’isolement, les mensonges, la haine, le mépris qui forment mon environnement depuis des années. Mè oui, diverses collègues m’en ont d’ailleurs de même témoigné pour elles, qui ne sont plus toutes là aujourd’hui – mais c’est bien connu que les t’ sont des mytho, alors que les bio disposent d’un gène qui leur fait toujours dire vrai.

Et je me dis que toute douillette que je suis j’ai des chances de passer au tableau.

Á propos personne a de la méthadone ?

 

Évidemment je ne suis pas niaise. Je sais très bien qu’à peine la nouvelle que je suis au tableau dont on ne descend pas aura fait son petit chemin à hamsterlande, je serai étiquetée, empaquetée, et mise dans la boîte à négoce. Les ceusses même qui auront bien contribué à me faire monter sur l’estrade ne dédaigneront pas d’en faire leur profit. Et je serais encore plus niaise de m’insurger là-contre ; en effet il ne s’agit pas de volonté bonne ou mauvaise, non mesdames les militantes en colère, libératrices des forces productives, il s’agit juste de faire entrer tout ce qui peut dans le grand système d’échange équivalent. On ne peut même pas choisir de ne pas le faire, à moins de s’exclure immédiatement et radicalement de ce social. Vous êtes, comme absolument tout le monde, des actrices mécaniques de l’échange, dans vos rages comme dans vos négoces.

 

Déjà vouloir être t’, ce n’était pas forcément une option de facilité. Mais vouloir être entre autres t’, et ne pas faire comme, ne pas jouer la « vraie », chercher d’autres chemins que l’intégration dans un monde pourri – c’est vrai que c’est de la gourmandise. De la gloutonnerie.

 

Et que ça méritait d’être châtié. Pour ne pas dire exterminé.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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