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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 18:11

« Quand on quitte le monde, on n’est jamais seule ; on n’est seule que quand on est quittée par le monde. »

« La vérité, c’est que tout le monde a la haine de la solitude »

Jeanne Bloy

 

 

C’est le diagnostic que la féline personne qui abusa quelques années de la petite murène, et même de ses quelques sous, posa un jour pour déterminer l’opiniâtre réticence de la poissonne à accepter l’inacceptable. Elle aurait même bien pu dire autisme moral, voire même, dans son langage, politique, puisque ces catégories se mélangent désormais de plus en plus intimement. Voir ce que j’écrivais, un peu éberluée quand même, dans un récent post. Une attitude politique ringarde est désormais tout uniment considérée comme maladive, chez les constructivistes. . 

Il est donc à supposer que pour ce genre de personnes, l’autisme psycho-politique est une attitude pathologique binaire qui est caractérisée par la propension répétitive à estimer que tout ne se vaut pas, qu’il y a du mensonge possible et même de la vérité (!), enfin qu’il y a des choses qui ne se devraient pas faire, d’autres si, etc.

 

Heureusement, un article paru dans Le Monde va rassurer les militantes et autres genderfuckers qui ont peut-être, dans leur entourage, et sans pouvoir le savoir avec certitude (ce qui est bien la peur maximale éprouvable chez ces gentes), de ces néfastes autistes qui font diminuer la jouissance maximale, laquelle est notre PIB.

 

En effet, de même que l’on peut à présent éviter aux enfants à naître d’être des garçons manqués, on peut également détecter et prévoir l’autisme. Alzheimer aussi d’ailleurs. Demain sans doute on pourra dénicher les abuseuses potentielles, ainsi que la propension aux boutons mal placés, et nous serons pour de bon dans le meilleur des petits mondes possible !

Par contre, comme on est chez les bien-pensantEs, il sera strictement hors de question que l’on s’ingère à essayer d’imaginer si une personne intéressante a des chances de devenir gouine, ou trans, ou quoi que ce soit de ce genre.

La liberté et même la prescription de prévision ne doit s’exercer que dans le sens de la plus grande malveillance possible. Notre cher gouvernement de cinglés ne dit pas autre chose. C’est l’essence du care et le prix à payer pour la safety.

 

Mais peut-être est-ce aussi qu’une fois de plus on a trouvé un vocable utile pour éviter d’en user d’un autre. Et cet autre c’est la solitude. La solitude est une condition. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas non plus seulement, comme on dit chez les gentes qui ont tout compris, « un  produit des rapports sociaux ». C’est quelque chose de plus significatif encore. Il n’est pas facile de prédire qui sera seule. Mais il y en aura toujours, comme des pauvres, des malades ou que sais-je, de toutes ces conditions que les bien-pensantes voudraient bien faire disparaître. Et ne comprennent pas en quoi et pourquoi elles sont inévitables, surtout dans le monde que mijotent les dites bien-pensantes. Il est ainsi inévitable qu’il y ait des isolées et des seules si l’ensemble et la relation sont des valeurs, des angoisses et des buts férocement disputés. Et plus qu’on y prétendra, plus qu’y en aura. C’est une némésis bien plus conséquente que les mathématiques politiques qui affirment pouvoir décrire la place de chacune, et donc la lui octroyer, en une douzaine de clics et trois ateliers.

 

La solitude ne se répare pas, ne se compense pas, ne s’abolit pas. Voilà ce qui déroute et inquiète les militantEs. Elles ne la contrôlent en aucune manière, ne peuvent y trouver la moindre solution avec leurs algorithmes. Et néanmoins elle est significative. On ne peut non plus simplement la noter et puis baste. Elle détruit par sa simple présence le consensus de croissance et d’accumulation qui fait le pacte des bonnes vivantes. La solitude n’est pas une circonstance, c’est un caractère indélébile, que l’on porte avec soi et qui se creuse avec le temps. Voir ce que j’en ai dit déjà dans Chimères et coquecigrues.

C’est un bâton perpétuel dans les roues du progrès.

Et elle n’est pas portée par n’importe qui.

On y est amenée, comme à d’autres choses, comme à transitionner par exemple.

Mais les zensembles lui donnent facilement un petit coup de pouce, avec les meilleures intentions du monde, ou les plus sales calomnies, c’est selon, et même ça se peut cumuler. Encore un ignoble paradoxe : plus on est seules, plus on dépend terriblement de la judicature de ce monde d’assemblées.

 

Bref, on ne peut ni l’évacuer comme « apolitique », inconséquente, ni la traiter comme politique. On peut au mieux nous assassiner pour être débarrassées un instant. La solitude est un des aspects de la vie qui combat le plus le mode de « politisation » que nous (beh oui, nous, j’en ai été et en suis encore à ma manière) avons prétendu et cru le coin pour percer la cuirasse. Et qui se révèle, depuis quelques années (mais des amies l’avaient déjà identifié ainsi il y a quarante ans), au contraire, part intégrante de la dite cuirasse, se signalant par son opportunisme utilitaire. Et nous sommes enfermées dedans. Les seules comme les autres. Les seules comme émigrées incurables. D’autres comme citoyennes à divers titres. Sans parler des invisibles. Tout ça ne peut évidemment pas bien finir.

 

Incurables dans un monde de guérisseuses impénitentes, qui se croient un peu sorcières parce qu’elles font diverses simagrées, calculent des taux de redevance sociale, ou scandent « Vo-ga ! ». Guérisseuses surtout parce que le moins n’est jamais bien, et que nous sommes jusqu’aux chevilles, et à l’envers - la tête la première, dans une époque où, comme me l’écrivait il y a quelques temps une vieille amie elle aussi émigrée temporelle, « mieux vaut mentir que souffrir ».

 

Or, il n’y a rien de si conforme à la raison que la solitude. Rien de mystique ou de magique n’y est nécessaire. Et on peut bien en ajouter tant qu’on veut, cela est étranger à une condition qui est, à l’inverse, un manque, un trou et une interrogation irréductible.

 

Bon, vous me direz que quand on a dit ça on n’a vraiment pas dit grand’chose. Je le reconnais sans peine. Mais voilà, même quand les mots manquent ou plutôt ne disent rien, sont infiniment rebattus, blasés et banaux, ont enfin été confisqués par celles qui en avaient un bien meilleur usage, eh bien la chose, le fait, la personne est là. Présente et perceptible. C’est la malédiction du réel. Même quand on prive les inopportunités de mots, de ce fameux langage qui paraît-il fonde et justifie tout, eh ben elles sont toujours inévitables, on trébuche dans ces courants d’air opiniâtres à vague figure humaine. Zut alors.

 

 

LPM

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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