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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 09:25

 

 

Ah, signer, voter, exister quoi, à l’aune du monde des images incarnées qui nous font mal comme les ongles de mêmes, et que nous sommes devenuEs.

Pour ma part, je ne participe plus à la valse des stylos et de logins. Je ne signe plus. Je ne me mets plus en liste. J’assiste. Mais pas d’illusion, je participe, par défaut comme par action, au grand barnum bidimensionnel.

 

Je ne sais pas si vous êtes au courant de cet appel (http://www.actupparis.org/spip.php?article4808), parmi vingt mille autres du même tonneau (on veut ci, on veut pas ça) qui grouillent en cette période électorale. Au reste, rien à dire, dans le cadre où ça se présente : abolition (encore une !) des « franchises » à payer sur les soins et médocs. Aménagement de la dépendance et du naufrage. Mais qui peut se vanter ou se prévaloir d’y échapper, hein ? Par conséquent, dans le contexte, ce n’est pas impertinent.


Ce qui est marrant donc avec cetui ci, d’appel, initié par actup, c'est que, comme il y a les affreuXses, actup en tête et le strass, dans la fameuse liste, eh bien pas une des grandes gueules institutionnalistes, qui pourtant défendent (je suppose !) ce point de vue, n'a signé. Pourtant ça ne parle pas de tapin. On en serait à abolir la peine de mort, elles signeraient pas si on apparaissait ! Tout plutôt que s’associer avec les puantes. Par contre, aller agaper avec les réaques et les cathos des fondations patronnesses, lesquelles sont pas toujours netTEs vis-à-vis de l’avortement, sans même aller plus loin et causer du projet de société, ah là il y a absolution.

C’est ici qu’on voit le fossé qu’il peut y avoir entre un désaccord profond et une vision messianique. On passe du penser et du vouloir à l’être (et au paraître). Ce qui est l’autre, le Mal, doit disparaître – ou ses adversaires. Fétichisme de la visibilité. Quand on sera rendues invisibles, retranchées dans les coins sombres par la prohibition, déjà elles respireront mieux. Faut déjà pas qu’on apparaisse.

 

Et ce à n’importe quel prix (ce qui est d’autant plus aisé que c’est nous qui allons le payer pour toutes).


C'est effarant à quel point les instit's sont obnubilées (il y a des sites où la première définition d'être féministe est d'être prohibitionniste) par la question. On a l'impression que pour elles tout enjeu se réduit à ça, et que si on fait disparaître les putes on sera à la porte du paradis… (et, inversement, qu’un bouleversement incroyable et humain où il en resterait les laisserait bougonnes). Nous sommes censées, comme d'autres avant nous et probablement d'autres après (il en est qui ne décrochent pas du hit-parade des diables historiques fantasmés, comme le peuple juif), constituer l'obstacle à la béatitude.

On ne peut s’empêcher de songer avec perplexité à cette singulière fascination morbide envers le cul, l'usage- et la grande chose-cul, de soi ou d'autrui - beaucoup d'autrui -, fascination dans laquelle, singulièrement, se mélangent aujourd’hui les plus agnostiques et les plus religieuXses. Si ledit cul n’est pas la grande valeur de recours, le bas de laine du chavirage général, après ça, avec la relation sa compagne, je veux bien qu’on m’en arrache la peau. Comme l’argent, il est là, il est sacré, il est nous, on ne doit pas mettre nos sales pattes dessus n'importe comment, le souiller, bouh. Il se faut sanctifier avant. Mais rester admiratives, ne surtout, alors surtout pas s’en détourner tout simplement non plus, ce serait le blasphème ultime. Et c’est bien pour qu’on ne l’oublie pas un instant que toutes ces églises nous psalmodient ses matines permanentes.

 

Ça nous met bougrement loin de pas mal des féministes historiques, pour ne songer qu’à elles, qui s’octroyaient largement de penser à autre chose, et d’ourdir de vrais chamboulements, où eussent péri nos petites manies. Et ça fait songer à un vieux mal qui nous ronge : plutôt que critiquer (qui est douloureux et incertain), surenchérir sur l’état de fait, ou de droit – « on fait mieux que vous ». Ouais… Peut-être vaudrait-il mieux que personne n’essaye de faire mieux que le pire actuel… Ce qui d’ailleurs est également valable pour « nous », les alternotes, qui nous montrons fréquemment tout aussi incapables de sortir des rails.

 

Mais voilà, le temps est à l’institutionnalisme et à l’hygiénisme social. Rien d’étonnant en une époque où la barbarie croît mécaniquement, et où tous les partis (au sens large du terme) cherchent comment endiguer ça sans remettre rien de fondamental en cause (car alors où irait-on ? la seule question effraie, on ne veut aller nulle part, on veut rester là). C’est alors qu’on ressort de sous le matelas tous les fléaux disponibles, pour se les agiter, comme un hypnotique ou une crécelle. Toutes les excroissances de la normalité, afin de mieux adorer celle-ci. 

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La pute antisexe & vendredi 13

 

PS : rien et tout à voir, si on veut, avec ce que dessus, dans cette réponse d’un représentant du PS à une série de questions où figurait la politique pénale et incarcérative : « Mettre des moyens pour que les détenuEs comprennent le sens de leur peine ». C’était même à peu près la seule réponse à l’inflation sans fin d’entaulage qui déferle, comme dans bien d’autres pays d’ailleurs. Des escouades de prédicateurEs et de confesseurEs laïques dans les cellules, faut-il croire ?

Il y a de quoi rester assise de stupeur au lire de cet incroyable mastic d’idiotie et de cynisme.

 

 


 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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