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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 10:42

 

 

Á défaut que la survie commune prenne le chemin de se dérober un tantinet à sa misère, il nous pousse ces derniers temps des membres, nommément des belles jambes, de partout. Que nous sommes censées partager avec nos petites camarades bio et hétéro avec entrain. Je ne reviens pas sur la citoyenneté de plein exercice, c'est-à-dire la joie de se voir aussi impuissantes mais aussi reconnues et honorées que n’importe qui d’autre ou presque. Ni sur les joies du mariage, de la famille et de tout ce qui va avec. Mais j’apprends qu’une église anglicane vient de nous conférer l’accès à la prêtrise. Il ne manquait effectivement plus que ça pour notre épanouissement. J’en reste stupide.

 

Une vieille copine me disait bien que si les encadreuses du rsa venaient la rechercher dans son trou, elle postulerait pour être évêque. Mais c’est parce qu’évêque déjà c’est mieux payé que curée, qu’on a une mitre et une crosse, bref qu’on peut s’amuser tout plein ; pensez à Gaillot et à ses frasques. Être évêque in partibus et pouvoir bénir la foule, en songeant in petto, comme Talleyrand montant à l’autel, « surtout ne me faites pas rire ! ». Il y a effectivement de quoi prendre quelque bon temps.

 

Le drame c’est quand on prend au sérieux sa baudruche sociale, comme l’âne qui porte les reliques dans La Fontaine ; et pour ma part, je serais bien contente d’être ânesse ou poule ; les reliques, c’est l’insertion sociale, le cadavre intériorisé.

 

Bon ; après tout, il n’y a pas de raison, hélas, que nous ne participions pas avec entrain à ce à quoi les zautes, les normales, participent. Sauf que ça ne nous rend pas plus malignes qu’elles.  

 

L’espèce de fascination envers religions, traditions, les identités à la puissance quelque chose, dans ce qu’elles ont pourtant de plus mesquin, glauque et pointilleux, subitement vues à nouveau comme des témoignages ou des instances d’émancipation, d’indépendance et d’opposition, n’a rien d’étonnant dans une époque traînant en longueur qui n’a jamais réussi à se défaire de l’essentialisme in fine, ni des doctrines dualistes. Il faut toujours qu’il y ait un vrai autre, un vrai contre de rechange, en l'état et sans aller au fond des choses. Sans que nous ayons à agir, au contraire, par bienveillant déterminisme historique, par essence et vertu de statut.

Et ainsi continue, après les capitalismes de rattrapage « socialistes », les nationalismes qui n’auraient point les tares de la nation, la vaste blague de la concurrence pour prendre place dans une domination intangible, qui entend bien même survivre à l’écroulement possible de tout ce cirque. Comme la croyance ferme envers les groupes sociaux de recours, messianisme moderne qui évite de se questionner sur les formes sociales communes et le piétinement à leur porte. Rien de neuf depuis deux cents ans.

 

Au fond, ce fétichisme de l’écrabouillement, cette métaphysique des groupes, ce nous est aussi une collection de belles jambes de secours, que nous nous échangeons, prêtons, imposons même. Jambes de légitimité, de culpabilité, de statut… Une banque de belles jambes idéelles, pour paraître correctes et achalandées, barbies morales, montables et démontables, que nous sommes, que nous nous sommes faites. J’y ai tenu ma petite échoppe comme bien d’autres, dans ce bazar. Je m’en suis vissée et laissée visser partout, comme les autres. je me baladerai à vie avec ces mortes jambes à ressort qui pendouillent. Bien fait. N'avais qu'à pas m'investir dans ces inepties. Ce sera mon stigmate. 

 

Juste en même temps nous pousse une autre jambe. On n’a pas le temps de les voir se former que déjà d’autres pointent. Y en a de partout. Il ne nous reste plus même que ça. On ressemble à des rétroviri géants. Voilà que nos zéluEs, qui s’ennuient ferme en ces jours de relative disette législative, nous octroient enfin l’hostie, la fameuse dix-huitième discrimination, vous savez, celle envers l’identité de genre. Renommée « identité sexuelle », ce qui est un non-sens parmi bien d’autres, du à la suggestion de nos petites camarades patho agrippées aux strapontins du pouvoir, et qui ont autant la trouille de la notion de genre que les plus réaques bio-hétérocrates (cette pauvre notion de genre qui pourtant ne risque pas, en l’état et vu le niveau de l'analyse qui la porte, de faire grand’mal à quiconque…). Mais comme leur affaire est de les égaler en tout, il n’y a nulle contradiction à pointer. Elle vont vers où elles ont choisi ; on sera j’espère quelques unes à aller résolument ailleurs.

En outre, on va s’amuser quelques jours, la question de la formulation sacrée étant une excellente occasion pour les bureaucrates qui prétendent à l’hégémonie sur t’lande de se prendre spectaculairement le bec, et de mesurer leur taux respectifs de strapontinade, comme le fait illico l’ANT envers HES.

 

Cela dit ça y est, c’est arrivé, nous nous trouvons donc à la (grande) porte du code pénal, cet aboutissement, cette plus haute expression de l’humanité contemporaine, laquelle en pond un œuf d’or tous les matins, dans le désespoir qu’engendre la rationalité éconocroque, qui montre désormais sans fard son visage exterminatoire. Soyons dans l’allégresse. On ne nous méprisera pas un poil moins, ne nous tapera pas moins dessus, ni ne nous assassinera avec moins d’entrain, dans le naufrage de haine et de sauvagerie qui prend la gîte un peu plus chaque jour. Mais on aura quelquefois accès, cet accès tant souhaité, aux leviers de la loi, à la bleusaille et aux chafourrés à toque pour prendre, par procuration bien entendu, notre part de la guerre de touTEs contre touTEs dans ce foutoir désespéré, et y mettre notre grain de sel mouillé. Oh comme c’est classe. J’en frétille. Encore un grand pas vers l’émancipation. D’ailleurs non, on ne marche plus, on ne court même plus non plus, c’est démodé, on fait la roue sur nos pattes, nos belles jambes innombrables, direction les déchetteries de l’avenir radieux. Comme le bonhomme multimembres de Vinci, à très juste titre réapproprié par une boîte de travail temporaire. Roulons nous faire intégrer !

 

Toujours la quête de l’accès, toujours nous fiche la tête et le reste plus profond dans l’ordre et la manière, toujours demander, supplier, rognonner, exiger, attendre de. Ne jamais regarder ailleurs que la petite porte kafkaienne qui doit s’ouvrir, pour que nous rampions dans le tube.

 

Je suis claustrophobe.

 

Par ailleurs je préfère le coup de boule et les ciseaux au bon endroit.

 

Et je dirais enfin bien aux truismes morts-vivants de HES, de l’ANT, et autres sociétés de bienfaisance, que « mon identité n’est pas sexuelle », ni même « de genre » ; mais je ne tiens pas non plus aux identités. Donc je ne leur dis rien du tout. Sinon peut-être fuck off.

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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