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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 11:10

 

 

Je n’aime pas l’expression, éminemment relationniste et sexiste, de cocues. Je préfère donc dire les berluées. Celles qui ont eu la berlue. Ah, cette berlue, autant personnage je dirais que phénomène, comme notre galipote livradoise. Cette berlue qui nous hypnotise et nous mène après par les taillis de toutes les compromissions, où nous laissons des bouts de notre chair et de ce qui nous reste d’autonomie pour suivre ce mirage de l’octroi de cadeaux institutionnels. Où serons nous, où en serons nous quand nous nous réveillerons, si nous réveiller nous devons, au fond de quel ravin dont nous ne pourrons peut-être plus sortir, à attendre la vague qui nous nettoiera ?

 

La berlue politique nous promène par des chemins incroyables, nous fait acclamer et désirer les plus étonnantes mises en boîte ; l’important est que nous croyions y gagner. Droit à, interdiction de, smic, AAH et loto. Parce que c’est toujours ça que nous entendons gagner : un peu de rab’, trois sous de reconnaissance conditionnelle. Moi la première. On en est touTEs là. La seule distinction qui reste est de s’en féliciter ou pas.

 

Là, ce sont des berluées du nouveau gouvernement, dont je veux causer. Ce gouvernement, cet état, ces éluEs dont nous attendons toute pitance, abondance.

Lesquels courent, pour leur part, après l’économie, puisqu’il n’y a in fine pas d’autre rationalité que l’équivalence (surtout ne jamais donner plus que ce qu’on reçoit, et même autant que possible l’inverse).

Et, bien entendu, après les angoisses du peuple, dont les mesquins membres sentent bien que ça se resserre, et voudraient bien y trouver des coupables.

 

Bref, en quelques semaines, on est fixées, les berluées comme les autres : les nanas ne récupèreront pas leurs trimestres de cotise perdus, les dépenses sociales seront gelées, les frontières encore plus gardées contre les vilainEs pauvres qui essaient d’aborder, les expulsions auront leur rythme soutenu et le ministre ad hoc l’a bien dit : pas une régu de plus que sous la droite. Et pour les années à venir, pénitence budgétaire et appauvrissement généralisé. Au reste, ce serait le menu de n'importe quel gouvernement. 

 

Je pense que c’est net et clair.

 

Mais voilà, y va bien falloir paraître, faire quelque chose, quelque chose qui coûte rien, qui flatte, qui s’en prenne à des qui comptent pas trop, qui arrondisse la fin de mois morale.

 

Et puis, autant le dire et le redire, gratouiller le prurit répressif, peureux et un peu haineux des zôtres, touTEs les zôtres, prurit qui empêche notre brave peuple de mal dormir et de cauchemarder tranquille dans ses sales draps. D’où le maintien de la politique anti-étrangérEs. Mais il y a demande pour assainir encore plus, encore mieux le pays. Il va donc falloir trouver qui mettre à la déchet’ à grand bruit, avec camions benne, gyrophares, etc.

 

On va donc donner aux berluées la tête des putes. C’est peut-être même bien une des rares promesses que ce gouvernement va essayer de tenir. C’est cocoje. Ces mauvaises pauvres peut-être quand même un poil trop riches, de temps et d’autonomie sinon de fric, qui ne se laissent pas victimiser, alors que tout le monde devrait communier là dedans.

 

Et pour faire bon compte, le bonbon à la cantharide du mariage et de la famille à touTEs les lgteubéEs (enfin les rentables qui ont, comme on dit, les bons papiers), lesquelLEs pourront l’avaler à la file comme les cathos leur hostie à la messe. ReconnuEs, rédiméEs. Claaasse. Hétérolande partout, voilà l’aboutissement quand les formes incontestées deviennent sujet social. Seront sauvéEs les institutionnables, au sens étroit du terme. De plus en plus étroit dans les faits et les récipendaires, paradoxe, à mesure pourtant que les droits s’arrondissent. Car il faut être porteurE de valeur, et de valeur légitimée, pour pouvoir effectivement faire valoir ses droits.

 

Finalement, ce n’est jamais que l’essence de la politique comme secteur du marché, et de sa nécessité, des ses nécessités, guerre incluse, telle qu’un Clémenceau nous en fit autre fois la leçon. Á plusieurs reprises. La plus belle ayant été sans conteste lorsqu’en pleine charcuterie internationale, il faut nommé président du conseil après avoir passé trois ans à taper sur le gouvernement, l’accusant de tous les vices, parmi lesquels la censure. Une fois nommé, alors qu’on lui demandait comme de juste s’il allait supprimer celle-ci ou du moins l’alléger, il répondit « Vous me prenez pour un c… ? ». Et il la fit incontinent renforcer. Et fusiller quelques mutins et espionNEs supposéEs.

Le ministre actuel expose, disent les journaux, le portrait du Tigre dans son bureau de la place Beauvau ; sûr qu’ils répondent admirablement l’un à l’autre, ces deux là. M'en fait je suppose que c'est l'archétype de touTEs les ministres républicainEs de la force publique. J’imagine très bien une situation de crise, genre centrale qui pète, l’état d’exception proclamé, appliqué, Valls, ou unE autre, martialE, en train d’assumer la fusillade, vaguement extrajudiciaire mais ô combien opportune, des « pillardEs » dont on ne manque jamais en pareil cas pour faire filer doux tout le monde.

Ça peut paraître Dickien comme situation ; et pourtant je crois qu’il s’en faudrait de peu, juste que ça arrive. Tout est en place pour.

Et même là on ne se réveillerait pas forcément. Nous sommes sourdEs, engluéEs dans nos représentations, nos peurs, nos espoirs, au point que nous pourrions basculer dans la pire des morts de masse sans encore bien nous rendre compte. Vous me direz, il sera alors un peu tard pour ouvrir les mirettes ; j’en conviens.

 

En attendant toutes ces splendides occasions de gonfler les biceps, de montrer que la politique c’est viril, c’est l’usage de la force brute, nous allons être un peu les pillardEs, les mutines et les espionnes des temps à venir, semble-t’il. Concurremment avec les clandestinEs de tous ordres, auxquelLEs on va nous joindre par le miracle opérant de la loi et d’un progrès social bien particulier.

 

On va nous pousser sous le tapis, personne ne croyant sérieusement, à part peut-être deux ou trois hallucinées idéologiques du « on va éduquer le peuple », que nous allons réellement disparaître, fût ce de bon ou de mauvais gré. On était déjà à la poubelle, voire la poubelle nous-mêmes. Maintenant, comme elle semble déborder, on va la renverser sous le feutre du silence social et de la répression quotidienne. Puisque nous n’aurons plus de raison d’exister, que les vilains clients seront illégaux (et chacun sait qu’en régime de droit positif, devenir illégal signifie se volatiliser, point, illégitimité santé), eh bien la berlue nous masquera. On pourra crever dans les coins sombres et faire des pipes express non protégées à dix balles, comme nos collègues suédoises. Effectivement, vu comme les épidémies recrudescent, on compte sans doute là-dessus pour ratiboiser les mal couchantes. Ça fera toujours quelques dividendes au passage pour l’industrie pharmaceutique, puis tout le monde au dodo, éternel. Le carré des nettoyées. Il risque d’être vaste, à en juger par ce qui s’amasse sur nos têtes.

 

Au fond, les lendemains sont radieux : épidémies, catastrophes technologiques, empoisonnement intégré et maladies neuronales, misère croissante, état d’exception de plus en plus normalisé, avec le gros nez rouge d’un « progrès social » à pas cher, que dis-je, à zéro thunes. Tout le monde au remblayage précaire, depuis les réinsérées sociales jusques aux petitEs cadres imbuEs de leur portion de pouvoir coercitif, d’accès au chantage à la survie immédiate. Ce qui me fait tristement marrer, c’est que touTes celleux qui, très à raison, tiennent que le marché, l’équivalence, l’échange, c’est la mort, ne semblent pas soupçonner que leur « traitement institutionnel » c’est déjà, aussi, du marché ; du marché directement appliqué à la vie, matérielle. Qu’ellils sont, que nous sommes en plein dedans, acteurices, comptables et comptabiliséEs. Que l’état et le marché sont historiquement la même chose, en deux visages. Et que plus ça se resserre, plus la circulation se tend, plus l’accumulation s’évapore, plus ce qui est derrière ces visages apparaît, brut et brute.

 

Ce n’est pas pour demain ; on s’est gausséEs des décennies au sujet de la « fin d’un monde » qui en était plutôt l’accomplissement, après nous le naufrage. Sauf que c’est pour aujourd’hui, et que même un peu hier ça avait déjà commencé. Et on en est encore à rognonner sur telle ou telle promesse tenue ou pas, symbolique et intégrative, alors que la trique éliminatoire tournicote, fauche largement les vies réelles qui ne valent plus assez, et que des simagrées comme la chasse aux putes, comme celle aux clandestinEs, servent de bien piètre paravent à tout cela. Mais paravents qui tranchent et qui tuent.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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