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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 12:51

 

 

 

Magnifique envolée essentialiste dans un article prohibitionniste. Après tant d’autres me direz-vous, oui, mais là c’est vraiment copieux :

« Que les femmes ne sont pas des objets de la sexualité des hommes, mais qu’elles ont droit à une sexualité active et tournée vers le plaisir, elles qui possèdent le seul organe du corps humain, le clitoris, dédié au plaisir. », in « Abolition de la prostitution, nous ne baisserons plus le front ».

C’est d’ailleurs sûrement vrai, puisque c’est dit, là n’est pas question ; la question, c’est ce que ça peut vouloir dire : The plaisir, mais c’est le plaisir sexuel, et plus particulièrement génital, coco ! C’est le summum symbolique, le bien propre de la vraie humaine réalisée, complète, donc le seulvrai plaisir, celui qui ne souffre pas d’adjectif ni de complément. Á part le cul il n’y a rien de tout à fait vrai ou valorisable, au fond. Et il faut être née xx pour le connaître, point. Je suppose qu’il existe un sérieux doute sur les performances des néo-clito de nouzautes, les f-trans (et encore, celles qui en sont équipées…). Les autres plaisirs sont indubitablement des sous-déclinaisons, pour les innombrables nécéssiteuXses qui n’auraient qu’un faible accès au saint des saints. Relationner, jouir et le montrer paraissent, au même titre que la conso et la dépossession institutionnelle, les besoins les mieux estimés de l’économie contemporaine. C’est remarquable comme des fois le néo-féminisme flirte dans ses logiques et ses images avec la culture patriarcale la plus éculée. On le fait même par plusieurs extrémités désormais, histoire que tout le monde ait la sienne. On ne trouve rien de mieux, pour combattre une logique, que de renchérir sur elle. Concurrence versus négativité. 

Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le fait qu’une grande partie de la critique matérialiste-essentialiste, qui focalise sur ce que les gentes sont, irrémédiablement, statutairement, est souvent produite, relayée par des hétéra ? Relayée plutôt, parce que c’est depuis longtemps pour beaucoup du copié-collé, et que les nanas qui ont, il y a trente à quarante ans, bossé rudement cette approche qui à l’époque ne trouvait pas place dans le collectif réclamant, n’étaient pas du tout majoritairement hétéra. Je pense aussi à un site du même genre qui n’est littéralement illustré que de paires de couilles ! ce qui laisse quelque peu songeuse sur le fétichisme signalétique.

J’ai toujours mal supporté la socialité masculiniste. J’en ai depuis longtemps tiré au moins cette conséquence : je suis et lesbienne, et surtout anti-relationniste. J’entends les hétéra couiner envers les mecs au milieu desquels elles vivent, mecs permanents, interchangeables et aussi coûteux que gratuits. Ben je sais pas, qu’on largue du lest, déjà, on y verra peut-être un tantinet plus clair.

 

Mais voilà, comment qu’on va relationner, coller, glugluer et, une fois encore, baiser, n’alors ? Puisque ce sont là les buts sommitaux de la vie avec sa reproduction ? Sacrés. Valeurs d’échange et de réalisation en eux-mêmes, ils ne peuvent en aucun cas entrer en communication avec une quelconque autre valeur : sacrilège et simonie. Un sacrement ne se vend ni ne se loue. La boucle est bouclée : disponibles, gratuites. Zut ! Quand est-ce qu’on aura l’audace de remettre en cause l’injonction à relationner, purement et simplement, et quand laisserons nous tomber ses aménagements ?!

 

Bon, je n’ai toujours pas le courage d’écrire ce que je voudrais sur l’immense arnaque de la « gratuité » et de son coût imposant, alors même que la relation et le cul sont, selon moi, en elles-mêmes des monnaies sociales et existentielles – et ce d’autant qu’elles se sont autonomisées sur notre dos depuis deux à trois siècles. Ni sur le fait que cette admirable « gratuité » concurrentielle à l’existence, non seulement ne s’est jamais révélée d’aucun secours contre la brutalité, mais a largement contribué à son intensification et à son invisibilisation. Une possible émancipation pourrait passer par une rupture de la dépendance à l’existence sociale indexée sur la relation et la sexualité. Mais ce n’est pas le programme de nos institutionnalistes, lesquelLEs cherchent au contraire à intensifier, à magnifier l’injonction relationniste tout en resserrant toujours plus son cadre, pour tenter de limiter les inévitables dégâts consécutifs à toute injonction totalisante.

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Mais je trouve tout de même stupéfiant à quel point le néo-matérialisme déverse par toutes ses poches des flots d’essentialisme retrouvé. Et que, bien loin d’alerter personne, ça a l’air au contraire de réjouir tout le monde. De même que l’approche victimaire et fétichiste, où la remise en cause d’un système est remplacée par la recherche de coupables (et de leurs nécessaires alliées objectives, indispensables à tout ténébreux complot qui se respecte) ; le féminisme sombre avec ce cargo simplificateur où il s’est embarqué avec tous les indignéEs de la planète. Pour combattre un modèle de domination, nous n’avons pas trouvé d’autre solution que d’en promouvoir un autre, sans sujet, et de le mutualiser. C’est la chausse-trappe du « privé est politique » : pour échapper au cachot du privé, nous avons opté pour le panoptique du politique, « tout sera public par défaut » - mais celui-ci ne recèle en fin de compte pas non plus l’émancipation escomptée. Une Hannah Arendt, pour ne citer qu’elle, nous avait mis il y a des décennies en garde contre ce tour de passe-passe ; mais elle n’était sans doute pas assez déconstruite. Tant pis donc, on a investi, il faut désormais aller jusques au bout, jusqu’à l’autoconsommation, logique économique oblige.

 

C’est ainsi que n’est plus héréroclite l’alliance, célébrée dans les salons de l’Assemblée Nationale l’autre jour, entre la crème des progressistes laïcardEs et les missionnaires du repentir les plus réaques (1)  – il est vrai qu’elles ont en commun avec elleux de penser que disposer de soi est une chose bien trop sérieuse pour la laisser au choix ou la fantaisie des nanas ! C’est à l’opportunisme utilitaire qu’on mesure la dimension morale. Quant aux alternotes, elles, elles se tournent avec la fascination de l’exotisation et de la haine de soi du côté d’autres religieuXses touTes aussi sympathiques, gamme de produit « nostalgie » issue de la féconde modernité, équipéEs d’idées identiques sur les dangers de l’autonomie et de l’émancipation, et professant une même obsession du comportement – comme cela on est bien encadrées, sûres qu’on ne s’échappera pas. Du moment qu’on fétichise un objet social supposé, qu’on l’investit du bien ou du mal, on est certaines d’être politiquement sauvée. Il ne reste que de faire son choix sur le rayon. Ça c’est obligatoire par contre – il se peut, dans la déroute où nous sommes, que le marché politique et identitaire ait une tête d’avance dans la coercition sur le marché strictement économique. Rien de neuf au demeurant : la gabelle. Nous entamons un régime de gabelle intellectuelle. Les réaques, les vraiEs, la droite, les fafs etc. en sont d’ailleurs au même, de régime : fétichisme, mesquinerie, haine et dégoût pavolviens. Dès lors qu’on peut proférer, non pas même seulement d’un groupe humain, mais simplement d’une partie de la réalité, qu’elle est moins légitime, à quelque titre que ce soit, la partition du monde est faite, et l’élimination devient imaginable.

 

Je crois que c’est ça que je ne supporte plus chez personne : la mesquinerie. Le rabiotage. Le déni au nom des concepts. Puis en fin de compte ce qui en découle, la mauvaise foi. Pour ne pas dire tout cru le mensonge, ce bon vieux camarade du genre humain, et même d’autres bestioles. Mais précisément réputé impossible, nié lui-même, travesti en Parole. Tout est vrai parce que dit – et la folie s’installe.

 

Que tout le monde s’envoie, dans cette configuration, sensiblement les mêmes accusations à la figure, est sans doute une confirmation que l’intégration productive d’idées et d’identités est parfaitement réussie. Autocensure, obnubilation, déterminismes, pas grave, au contraire : c’est le signe que désormais on se garde bien et efficacement de toute audace qui pourrait nous conduire on ne sait où. La biquerie est autogérée, divisée en secteurs de choix politique, comme dans les prisons des autocrates (il est vrai que des fois, ces sadiques s’amusaient au contraire à panacher leurs pensionnaires d’opinion ; j’imagine une anti-islamophobe pro-sexe mise au cachot avec une laïcarde prohi. Il ne reste plus alors, pour survivre, qu’à se trouver une ennemie, une maudite commune. Que ça de vrai pour la santé).

 

Il faut bien ça, au moins, pour arriver à couper d’un coup les têtes innombrables de l’hydre du Mal – Mal tout à fait interchangeable d’ailleurs, qui menace de dévorer, au moyen des innombrables gueules que l’on prête à toutes les paniques sociales, la félicité promise de l’arche gonflable des playmobiles, où, comme dans tous les cauchemars du capital, le salut des unEs ne peut se bâtir que sur la perte des autres, et réciproquement. On ne manque ni ne manquera jamais d’objets divers auxquels accrocher les idéologies fétichistes des néo-essentialismes matérialistes. Á thuriférer ou à abhorrer. Que ce soit un voile ou un clito. Du moment qu’on investit les objets et les gentes en signes, qu’on perçoit des diables et des anges qu’on leur croit contraires, ou l’inverse, tout va pour le mieux, la machine tourne.

 

Vous me direz, mon propre eczéma pouilleux se cherche sans doute bien aussi un mal à traire. C’est indéniable. Et un recours à l’indifférence ne serait pas nécessairement hors de saison. C’est cette fichue croyance, ancrée comme un ténia, que le sort des choses dépend de nos bonnes volontés (ce qui peut bien être, d’ailleurs, je le crois), mais aussi et surtout de notre rectitude : nous devons avoir raison, c’est nécessaire au bien commun (ou à celui de la portion qui doit compter). Se tromper est un délit, et refuser d’avoir une opinion frise le crime. Vouloir examiner la vertu libératrice ou rédemptrice des identités qui se bousculent, voilà probable phobie. Douter enfin que ce que l’on croit devrait absolument être appliqué, répandu, alors là, je suppose que c’est rangé dans l’idiotie. Si on croit, bigre, c’est pour que ça s’impose. C’est pas pour notre cul, pris dans le sens métaphorique : nous ne valons rien, nous même n’avons nulle valeur, si ce n’est comme substrat vivant pour réaliser les passions et obsessions communes. Nous sommes mêmes néfastes, coupables, de trop. S’occuper de ses fesses, « par soi, pour soi », est misérable, antipolitique. Nous nous sommes appris ça à l’école, au squatt, à l’atelier, à l’église. Nous nous la sommes bien enfoncée dans la tête, cette tradition, puisque c’en est une. Cette certitude que nous ne sommes de rien par nous-mêmes. Que nous devons toujours chercher à servir. Passer à la moulinette du bien commun avec entrain.

 

Pourtant, pourtant, biques que nous sommes, irréductiblement et quand même, plutôt que d’abonder la laiterie des consensus frileux, nous pourrions bien aller nous égayer, ensemble, chacune, toutes, renverser la barrière mentale comme matérielle, et gagner l’accès aux prés et aux broussailles d’où on aurait une autre vue. Enfin, se réautoriser la critique brouteuse de chardons sociaux. Et autres.

 

 

coffin turnip

 

 

(1) Sans même parler de cathos bien spongieux comme celleux de Scelles, je m’esbaudissais encore l’autre jour devant la diatribe prohi d’un des initiateurs de l’inénarrable « zéromacho », un monsieur Mallet… lequel dans le même texte parle de l’avortement comme d’une tragédie de masse. Celles dont il se proclame l’allié ont du être frappées d’éblouissement. C’est rien que pour notre bien, on vous dit !

(On peut aussi aller revoir au sujet de ce genre de types « Le puant retour des maîtres-nageurs », in « Pro-sexe toi-même… », au 29 mars de l’an dernier)

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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