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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:02

 

 

Je n’ai pas trop été étonnée, vu ce que j’en pensais déjà, de comment s’est petit à petit figée, comme la sauce au fond de l’assiette, la destinée du projet de loi « hétérolande pour toutes ». Il a suffi pour cela de voir qui ne serait finalement pas incluse dedans. Qui qu'aura moins de droits dans son panier de noël. Pas compliqué, comme d’hab, les irréductibles, les nanas seules en général et les lesbiennes qui ne veulent pas passer à la mairie retirer leur certif’ de bonnes vie et mœurs.

 

Beaucoup vont se rendre compte que le sujet visé par cette loi, en fait, ce n’était pas des gentes, lgtb en particulier. Le sujet, celui qu’on choie, qu’on protège, qu’on monte en épingle et en graine, c’est la forme sociale dans laquelle doivent se traduire les gentes : famille, mariage, couple. Hors de cela point de salut. Ou, plutôt, de mon point vue et tout à l’inverse, la possibles échappée hors de ces sympathiques enfermements réciproques. Mais là on entre dans un autre débat, comme on dit. Revenons à hétérolande.

 

Bref, et comme d’hab, les lesbiennes pas intégrationnistes resteront à part, paieront, si on veut, pour les autres, en monnaie de reconnaissance officielle, monnaie qu’on aime ou pas. Pas de pma, pas de filiation, pas de transmission de patrimoine et sans doute d’autres trucs en moins qui m’ont échappé. Si ce n'est pas une incitation à faire et vivre selon les préceptes civiques et économiques en vigueur, je sais pas ce que c'est.

 

Il n’y avait pas meilleur moyen de donner raison et de rendre hommage, l’hommage du vice à la vertu pourrait-on dire (!), à toutes celleux qui se sont assemblées pour garder le mariage aux vraies hétér@. On leur a bien confirmé que famille et mariage étaient indépassables, que c’était bien la légitimité suprême. Enfin bref que là gît et continuera de gésir la perfection, même à postpostlande. Au fond tout le monde est d’accord sur le sujet, ce qui agit et ce qui vaut, comme dans toutes les luttes, la seule pépiade ayant lieu sur la distribution. De même que dans les luttes économiques tout le monde réclame la marchandise, de même dans les luttes sociétales tout le monde réclame de la métamarchandise, celle qui se fait sentir exister, et qui conditionne aussi la reconnaissance officielle (enfin qu’on croit, dans une certaine mesure…).

 

Donc le sujet social, ce n’est ni toi, ni moi, ni nous, ni vous, c’est le mariage, à la limite l’état-civil, éventuellement la parentalité. C’est l’acte. On commençait vaguement des fois à en douter, depuis quelques décennies. Merci de nous l’avoir confirmé, et peut-être ramenées sur le droit chemin. Qui sait où nous serions allées, sans échange réalisé au magasin et sans relation confirmée à la mairie ?

 

Vérification expérimentale supplémentaire (comme si on en avait besoin) qu’en société fétichiste (Marx scribit), ce sont les formes sociales qui sont le sujet, et nous leurs prétextes. Au point de vue économique, cela a causé et cause des infinités de vies misérables, exploitées, et dont l’axe se situe hors d’elles-mêmes (1). Qu’est-ce que cela peut bien nous promettre aux points de vue civiques et juridiques ? Et aussi à quoi allons nous participer, et comment ?

 

J’ai quand même lu pas mal de trucs affreux issus de lgteubélande, ces derniers temps, qui faisaient littéralement concurrence au dégueulis des réaques. Passe encore que les aspects les plus misérables de la conjugo-parentalité soient célébrés comme des émancipations ; quand on y croit on y croit, hélas, et puisque les hétér@ y croient, pourquoi pas nous ? Mais petit à petit il est sorti de ce conservatisme d’enthousiasme des déclarations vraiment nauséabondes. Ainsi d’un récent commentaire, sur un site d’actualité bien connu, au sujet des mariages blancs, par exemple. Et on en verra sans doute d’autres et des moins mûres.

Hé oui ; quand on veut de la légalité dominante, il faut l’avaler toute entière, avec ses raisons et son principe. En d’autres mots, pour manger avec le diable, il faut une grande cuillère – et un estomac d’autruche. Enfin que le diable vous invite à sa table – parce que c’est toujours lui, bizarrement, qui décide et octroie en fin de compte.

Ça, je veux pas me la roucouler, mais je l’avais prédécrit dans un autre texte il y a des mois, cet aspect vérolé du souci de l’intégration dans les vraies formes de la reconnaissance et, somme toute, du pouvoir : s’enrôler dans la chasse aux fausses pour montrer combien on est légitimes et, finalement, légales, puisque tout finit là. Vrais mariages éthérés contre faux mariages intéressés… Gare le ravin !

Il est vrai que mes congénères ont résolu de jouer la carte de la légitimité amoureuse, et pas celle de pourquoi le mariage officiel et binômal existe – raison infiniment prosaïque : transmission de patrimoine, domination masculine et, depuis que les états nations ont tout préempté, droit de séjour. Quand on en arrive à jouer l’un contre l’autre, on se retrouve directement, même si on est derrière les pancartes « pour », politiquement avec celleux qui défilent contre, la droite, les réaques, les nationalistes…

 

Voilà ce que c’est que de vouloir la même chose. Je vous fiche mon billet qu’on ne sera même pas plus égales de fait ni de fond. Mais on sera enfermées dans la nasse, comme ces condamnées d’autrefois qu’on jetait à l’eau dans un sac avec des bestioles. Nous on sera enfermées avec les hétér@, encore plus qu’avant, ce qui est en soi une performance, vu qu’on les avait déjà toujours dans les pattes. Classe vous dis-je.

 

Toute blague mise à part, nous pourrions éviter de bloquer sur nos avancées sociétales, au point de n’avoir plus aucune distance critique et de finir par ressortir, et finalement peut-être croire, les aspects les plus réacs de leur défense et illustration, que nous aurons été choper tels quels à conservelande ! Le problème de la rhétorique, c’est qu’à force d’en user on peut s’y laisser prendre. On est déjà quelques féministes et tpg’s à signaler, avec diverses analyses, les côtés à la fois moralement hallucinés et politiquement daubés qui commencent à issir ici et là dans les discours pro : la loi, la république, la souveraineté, le peuple... Tout ce qui sert ordinairement au contrôle policier et social, à la stigmatisation, à la répression. Sans parler de l’amour, de la famille, des nenfants etc. - je me suis déjà exprimée dessus. La puanteur et la débilité haineuse des discours anti n’est pas une excuse, surtout pas pour leur ressembler ; ni aller leur disputer le contrôle de leurs valeurs pourries ! Et par ailleurs, il serait peut-être temps de savoir si nous luttons, comme nous aimons à dire, pour nous, pour des gentes, ou bien pour des formes sociales et relationnelles déjà bien mangées aux mites.

Bref, nous réveiller un peu. Mais ce genre de réveil vient souvent trop tard. Espérons que nous ne serons alors que déçues. 

 

 

 

 

(1) : Au sujet de la démythisation du « travail (industriel, viril et… meurtrier en particulier, très en vogue en ces temps de redressement national) qui rend libre et fier », je conseille de lire et de visionner les documents suivants :

http://hors-sol.herbesfolles.org/2012/12/25/morts-a-cent-pour-cent-un-film-sur-la-mine/

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/La_Mort_a_Tarente.pdf

La critique du travail et la dénonciation de ses méfaits ne sortent toujours pas d’une certaine clandestinité intellectuelle. Bref, ce n’est pas demain la veille que ça embrayera sur une critique de la relation, de la sexualité ou encore de l’identité… Quant à celle de la famille (et de la patrie), elles sont carrément enterrées par les républicaines comme par leurs adversaires. Accord parfait.

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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