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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 09:31

 

 

 

Ainsi commençait une chanson qui eut ses trois semaines de hit-parade, je ne sais plus trop quand (90’s ?), sur le sujet de secours – vous savez, ceux qu’on sort de l’armoire quand l’amour écœure et que les baleines ne rendent plus assez – de secours donc de l’immense population humaine. Ah, humainEs que nous sommes, toujours pléthoriques, toujours en travers de la marche sacrée de l'histoire, toujours de trop au regard torve de nos propres idées objectivées, j’en parlais l’autre jour. Cette chanson continuait ainsi : « en l’an deux mille sous serons… ». L’an deux mille est passé, sans tambours ni trompettes, et nous sommes dans la m… Ce qui n’est assurément pas une nouveauté.

 

Mais bon, revenons à nos moutons (pucés, bien entendu) ; c’est donc une simple, ou plusieurs simples informations, depuis quelques mois, qui ont attiré mon attention de loquedue éminemment malveillante envers la modernité et ses indéniables succès chimiques et techniques. Dans plusieurs pays fort éloignés les uns des autres, je me rappelle précisément de l’Afrique centrale, et on vient de parler de l’extrême orient, des nourrissons, dans des régions bien circonscrites, sont frappéEs d’un mal « étrange », qui attaque le fonctionnement du système respiratoire, ne semble pas contagieux, mais n’en est pas moins mortel dans la plupart des cas, les toubibs affirmant n’y rien connaître.

 

Comme j’ai un peu plus de vingt ans, depuis un moment, cette étrange « épidémie non contagieuse » m’a singulièrement rappelé une méshistoire qui se déroula en Espagne, au début des années 80, et qu’on appela tout d’abord « pneumonie atypique », puis devant l'ampleur du dégât « syndrome de l’huile toxique ». Les gentes qui en furent atteintEs, en assez grand nombre, soit en sont mortEs, soit en ont gardé de lourdes séquelles. Neurologiques essentiellement. On incrimina dans un second temps, la pneumonie ne faisant plus recette, des fabricants d’huile alimentaire, qu’on accusa d’avoir adultéré leur produit avec des saloperies. Furent jugés, condamnés, hop, le peuple fut vengé. Ça tombait bien d’avoir des coupables, d’autant que, vraisemblablement, leur huile était effectivement frelatée.

 

Sauf que d’aucunEs ne furent pas totalement convaincuEs que de l’huile, même coupée, pouvait donner de pareils symptômes. Et on découvrit petit à petit que cet empoisonnement, puisqu’il s’en agissait bien d’un, avait de très fortes chances d'être issu des concentrations de pesticides utilisés contre les nématodes, vilains petits vers qui colonisent les racines des tomates, dans les serres de la région touchée. Mais bon, que faire, dans l’Espagne en pleine movida, en plein boom économique ? On indemnisa les abîméEs et on continua à pesticider. Les quasi esclaves marocainEs qui bossaient, et celleux qui bossent toujours à cette heure, dans les serres en plastique en question ne sont sans doute plus touTEs là pour nous raconter ce qu’ellils ont avalé, et comment ellils en sont mortEs. Mais ça doit ressembler un peu à la « pneumonie atypique ». Ou au syndrome respiratoire des nouveaux-nés qui se développe dans les contrées reculées dont je cause.

 

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, des nuages et des nuages de produits bienfaisants ont été et sont toujours vaporisés sur les cultures, il faut bien (sur)vivre n’est-ce pas ? Mais le cynisme informationnel a fait de grands pas en avant. Hier on préférait taire autant que possible les « effets secondaires » et autres « dégâts collatéraux ». Aujourd’hui, notre résignation à une survie de plus en plus courte, précaire et ne débouchant sur rien de très propre étant devenue résolue, totale, on peut se dire tout ce qui se passe, il n’y a pas même risque que grand monde essaye d’y échapper, sans même parler de renverser la vapeur. Les produits phytosanitaires sont par conséquent déclarés par toutes les académies producteurs de tas de maladies hideuses, et tout particulièrement neurotoxiques, pourvoyeurs de démence précoce et autres dégénérescences nerveuses irréversibles. On ne va évidemment pas s’en passer. Juste les paysans des pays les plus riches et leurs ayants-droit toucheront des sous de la sécu et des mutu agricoles, tant qu’il y en aura (des sous). Après on verra, de toute façon personne ne se risque plus à faire des prévisions, sinon pour amuser la galerie.

 

Et bon, voilà ; ces maladies étranges, sans cause apparente, qui éclosent dans des régions où les gentes ne valent pas grand’chose sur le marché mondial, présentent tout de même un aspect qui fait penser aux maux déjà amplement répertoriés ailleurs, et liés à des empoisonnements du système nerveux. Est-ce une coïncidence qu’en Afrique déjà certainement, au Laos je ne sais pas, les terres sont rachetées et mises en valeur pour l’agro industrie des pays « développés et émergents » ? Avec un net soupçon d’usage massif de ces produits, dans des pays où qui plus est personne n’ira vérifier les doses utilisées (il est d’ailleurs possible que quelle que soit la dose, ça ne change pas grand’chose) ? Et puis hein, déjà la crevaison des paysanNEs et autres ouvrierEs agricoles par ici ne fait pas grand bruit ; alors qui va se soucier de la mort de petitEs ressortissantEs de pays en faillite qui n’auront eu, pour la plupart, même pas le temps de commencer l’accumulation avant le probable effondrement de l’économie ? On pourrait même les féliciter de l’avoir eue courte, cette vie qui de toute façon ne pouvait en aucun cas être bonne.

 

Enfin bon, voilà. C’est une simple information. Et quelques suppositions, déductions, par-dessus. Je sais, tout ça ne va pas bien loin. Nos petites gambettes ne sont pas assez fortes pour beaucoup étirer les élastiques nombreux qui nous attachent à ce fonctionnement morticole que de toute façon nous avons accepté. Sans même parler de les faire péter. Il ne nous reste plus qu’à jacter, et à nous cogner, pour les plus braves, contre les murs bleu marine, gris ou rainbow.

Peut-être faudrait-il qu’il nous pousse des griffes taupesques, blaireautiennes, afin que nous puissions fouir et creuser des tunnels pour passer d’un autre côté ? Mais reste-t’il seulement, dans le matériel comme en nous, de quoi constituer un autre côté ? Pas sûr. Et si c’est encore possible, ce ne sera certainement pas facile ni mécanique, n’en déplaise à celleux qui font confiance à l’accélération et à l’effondrement pour nous libérer ; ni à mes petites camarades fascinées par la déglingue, qui pensent que la lucidité surgira nécessairement, comme l'huile bio, par pression à froid du pire et de l’écrabouillis d'oppression, auxquels il convient de nous agréger vite fait et sans réflexions oiseuses afin de passer du bon côté de l'histoire. Ça semble plutôt prendre le chemin de la libération de la misère et du néant. Lesquels par cascade nous libéreront sans doute de ce qui nous reste d’humain, cette pesanteur insupportable. Classe ! 

 

 

 

PS : On pourra aussi lire cet article sur le site Égalité, que je recommande parce que c’est un des rares, même si par ailleurs je ne suis pas d’accord avec sa ligne majoritairement institutionnaliste et prohi, à parler régulièrement des femmes dans le naufrage de l’économie : http://www.egalite-infos.fr/2012/07/06/accaparement-des-terres-les-femmes-en-premiere-ligne/ ; et qu’en général il y est quelquefois causé d’aspects des choses, comme ici la critique du productivisme, qui sont fréquemment négligés par la presse féministe. Pourtant les nanas sont les premières à éponger.

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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