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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 08:29

 

 

 

Ébauche de texte inachevée. Vous aurez sans doute remarqué que je fatigue.

 

 

J’ai déjà écrit il y a peu sur mon opinion que, quand les monstres et les anormales veulent accéder à la normalité, fut-ce en statut « égal », elles se jettent de fait et d’acte, désarmées et consentantes, dans la caricature d’une normalité qui en est déjà, largement, une. Large à tel point d’ailleurs qu’elles n’y apportent rien, et en sont débordées de partout, incluses, phagocytées, massacrées – et sans vouloir comprendre pourquoi ça marche pas.

 

Il y a quelques temps, un article paru sur le site de NPNS (oui, cette assoce survit encore !) décrivait avec satisfaction un atelier organisé incontestablement pour des nanas bio, qu’on suppose par ailleurs racisées, lequel avait pour objet de leur apprendre à se maquiller normément dans le but de se revaloriser, et conséquemment de faire embaucher plus facilement (je vous laisse à penser dans quels emplois). Je pense absolument inutile de faire de plus longues réflexions sur le fait que la course à la caricature est socialement imposée à toutes les femmes et que nous ne faisons que reproduire le même dans nos ateliers de genre… Sans parler de l’identité foncière des aspirations sociales. On est mal, toutes, tout de même !

Rappel : parmi les derniers marchés en croissance, aux côtés de celui de la guerre, restent ceux du paraître.

Il va encore de soi que la caricature centrale, la caricature humaine, réside dans l’ensemble des formes masculines. C’est là que se nichent la force et la valeur, c'est-à-dire la brutalité et la coercition, enduites d’appétent. Le reste est caricature, en fait, principalement dans la mesure où et comme il se dispose, se sélectionne par rapport à cette centralité m, hétérote et appropriatrice. Les formes assignées féminines ne sont tolérées et intégrées que pour autant qu’elles sont ou semblent inoffensives et excitantes pour le sujet social m-centré ; lequel s’étend bien au-delà du groupe social m et de ses porteurs attitrés ; comme tout sujet social, sa vocation est l’hégémonie et le tropisme généralisé ; voir ce qu’en écrivait lucidement Solanas il y a un demi-siècle ; on ne peut pas dire que la situation se soit en quoi que ce soit arrangée.

 

Juste après, je zieute un site de collègues ts (Putains dans l’âme), qui me jette au visage un superbe motto de nana bio bien normée, sans excroissances ni bourrelets, génitalisée à fond, raide comme un passe-lacet aussi (c’est peut-être dû à l’inhabileté de la personne qui l’a dessiné, mais tout de même, bon, il y a comme une intention hiératiste…). A fa f’est sûr qu’en moyenne on gagne plus dans notre activité quand on remplit les cases de ces formes. Mais quand je resonge aux apparences réelles des collègues qu’il m’arrive de côtoyer, à quelques occasions, je reste fort songeuse. Qu’est-ce qui est finalement mis en exergue, avec de telles images ? Le tapin, ou autre chose ? Nan mais s’il s’agit de baiser, c’est simple : en fait, Valérie avait raison : les mecs, et les personnes qui veulent faire mec, au sens social du terme, sont tellement obsédés par la forme-baise qu’ils sont capables de vouloir y faire avec la plus moche d’entre nous, après avoir « traversé un océan de vomi ». Ils sont d’ailleurs prêts, réglément, à violer des nourrissonnes et des vieillardes qui ne correspondent que très exceptionnellement aux normes de la sexualisation enthousiaste. Je veux dire, c’est là-dessus qu’on fait notre frichti - toute économie suppose brutalité, dépendance, injonction sociale en arrière plan. Plus ou moins grassement j’en conviens, mais au fond, quand on a bien pratiqué et écumé, on se rend compte que les fadaises autour du daisir-plaisir, ce n’est pas que ce soit inexistant, mais tout de même ça semble bien annexe. Pour les meilleurs jours et les meilleures configurations. Mais le grand ordinaire, c’est pas là que ça se tient. La sexualité, comme la sexualisation, c'est la frénésie sociale et la violence qui va avec indissolublement. C’est jouer son rôle, être acteur de sa vie comme on dit en novlangue. Quant au génital, génital on est mal, c’est un des principaux sémaphore du retour aux fondamentaux ; c’est là que ça se passe, à tous points de vue. Bref il est de nouveau bien visible et explicite sur nos bannières.

 

Au fond, ça ne pose pas vraiment de problème non plus – je veux dire, le problème commence bien avant. Il commence quand nous prenons au sérieux, pour bon, pour réel de réel, je ne sais comment dire, toute cette pantomime, et les formes dans lesquelles il nous faut nous introduire, nous insérer, pour qu’elle paraisse, justement sérieuse. Formes qui d’ailleurs ne sont à peu près jamais atteintes réellement, nous devons faire comme si elles l’étaient, comme si nous étions la nana sur l’affiche, la vendeuse idéale, la trans invisible. Et c’est là que le sérieux dérape dans ce qu’il faut bien appeler caricature, et mensonge de fait. Caricature de caricature, parce que ce que nous devons faire semblant d’atteindre, en soi, en est déjà une. Je ne cause pas des détails, c’est le fait qu’elle soit à atteindre, à faire mine de, qui en fait, quels que soient ses éléments, une caricature. Ce qui nous met dans cette situation, c’est la croyance envers la réappropriation, qui cimente infailliblement l’état des choses, et nous livre à elles, sous le prétexte de l’inverse.

 

Tapin de parking à pas cher, en plus de polémiste et de, surtout, grosse feignasse, je ne prends plus soin de moi depuis belle lurette et je ne surveille pas ma ligne. Ça ne change pas grand’chose. Tant qu'à être caricature, ne pouvoir en l'état ne pas l'être, autant ne pas (trop) se brutaliser. Je suis trans, je suis donc monstre, je ne gagnerais je pense que peine et ridicule, je ne serais qu’un poil plus pathétique, à faire semblant de comme si pas. Je pense même que le passing va beaucoup mieux sans chercher à coller, qu’il crée à la limite, dans ce cas de figure, un filet de ce quelque chose d’autre que nous étions quelques unes à vouloir, et avons presque toutes renoncé à ; une gueule de personne, au sens ambidextre de ce terme. Cette personne qui fait précisément excroissance, et que tous les revêtements ont pour objet de raboter, passer à l’émeri, lisser, dissoudre.  

 

C’est en recherchant un normal qui lui-même fait peur dans la rue (les coupes hétéros vissés par la main, les petits nenfants rose et kaki…) qu’on fonce, entre autres, tête baissée dans la caricature de caricature. Je resonge par exemple à quelques films tout à fait kitch des années 80 et 90, que les trans intégrationnistes ont aujourd’hui soigneusement rangés tout au fond de l’armoire, sous les serviettes – même pas fourgués à Emmaüs, pour ne pas donner une mauvaise image des t’s ! Moi-même en ai eu mon heure d’éloignement. Aujourd’hui je me rends compte que ce qu’ils mettent en image est bien moins caricatural que la mornitude genrée et civile à laquelle nous multiplions les abonnements, et que même certaines questions dérangeantes pour l’ordre social y sont abordées, qu’on ne risque pas de trouver dans de fibreux navets comme Normal ou Laurence anyways, lesquels sont des catéchismes de comment biotiser, hétérotiser, et ne posent surtout aucune question de fond, puisque le social présent, amour propriété citoyenneté, est le meilleur des mondes possibles, et que toute sa perfection doit consister à avaler les identités qui se présentent avec la meilleure volonté qui soit au passe-plat. Il y aurait évidemment bien autre à manifester que drag-queens en goguette, nous manquons d’imagination, mais rien n’est pire, dans l’état des choses, que la normalisation à laquelle nous aspirons, qui est bien plus lourde, poisseuse, que les hystéries les mieux fournies.

 

Mon propos n’est pas, celles qui me lisent souvent l’auront deviné, la déjà vieille et usée approche de production de fierté par la « réappropriation des stigmates ». Déjà parce que je suis résolument contre la fierté, la reconnaissance et tout ce qui vise à octroyer une place dans le social. Ensuite parce qu’il ne s’agit pas de s’en tenir à ça, de rajouter quelques identités au pot. Plutôt de casser celui-ci. Ni fuite honteuse, donc, ni appropriation fiérote en l’état ; ce n’est pas là la question, crois-je. C’est d’une part de voir, de dire, de marquer où nous en sommes, et où nous en sommes, les f-t’s, dans l’immense où nous en sommes social. De savoir par où nous voulons en sortir – si tant est que nous le voulions, mais même dans notre époque à l’encéphalogramme plat il y a de mauvaises coucheuses, en attendant des temps meilleurs ; enfin de distinguer ce qui dans la caricature est caricaturé précisément parce qu’elle recèle des possibilités de rupture et d’émancipation avec l’ordre des choses, utilitaire et masculin.

Ouf ! me direz vous. Oui, ouf, ça fait beaucoup, surtout quand on est quelques isolées à s’acharner au maintien de la possibilité d’une sortie, avec le risque assumé de se gourer absolument (mais par ailleurs, je ne crois pas qu’il y ait quelque part, déjà, un « ailleurs » vers où aller. Cet ailleurs est à créer, à la barbe de toutes les résignées, les réaques, les modernes comme les postmodernes !).

 

Nous sommes là, c’est inocntestable. L’affaire est de ne ni s’illusionner, ni y consentir. Re ouf ! je sais.

 

J’ai lu il y a peu, pour la énième fois, dans un de ces plaidoyers transféministes qui se multiplient pour montrer que, hé, hein, on n’est pas des paillassons passifs, qu’on entend bien participer paritairement au marasme commun en y ajoutant de la valeur (le préfixe !), le mantra qui suit : « Fuck off ! Nos corps nous appartiennent ! Ils n’appartiennent en aucun cas à vos agendas normés ou déconstruits, et si on décide de les transformer ou pas, c’est avant tout pour nous-même et certainement pas pour confirmer ou infirmer certaines normes sociales ! » (in Badasses). Ce m’apparaît comme de l’illusionnisme grand format, sans même entrer dans une critique de détail des divinités invoquées (le gentil rapport d’auto appropriation versus la méchante norme, par exemple, comme si nous n’étions pas de et dans un monde d’appropriation frénétique, de soi et du reste !). Je crois au contraire évident qu’on se découpe et redimensionne à la petite comme à la grosse cuillère en fonction des attributs de genre, de quelque manière qu’on y prenne, et dans un sens, un contenu et des formes assignées. Sans quoi on se ferait greffer des oreilles entre les pattes et on se tartinerait de nutella plutôt que d’oestrogel. Ce qui d’ailleurs… bon… m’avez compris… Et ce nous-mêmes prétendument non situé par rapport au genre et au f, ou au-delà, n’existe pas - peut-être pourra-t’il exister mais on n’y est pas et rien n’est sûre. Dans l’état de choses c’est normal. Je ne sais pas si je puis aller jusques à dire que c’est même préférable – mais en général les singeries agenre ou antigenre (qui finissent presque toujours dans le masculin soft) donnent plutôt envie, avant toute analyse profonde de l’irruption des formes f, de ressembler à une nana. C’est triste de lire de pareilles c…ies venant de gentes qui pourraient s’en dispenser. Pour le moment, nous essayons de faire la percée antimasculine du côté des formes f, et essayer de le nier ou de le diluer est de la foutaise, un retour de haine anti-f, ou ce rêve que dès maintenant et sans aucun effort nous parviendrions à ne plus être sujet social. Je ne crois pas à ce genre de magie à trois balles performatrice, où il suffit de déclamer et de décaler un ou deux signes visibles pour se croire exonérées du social et du genre. Si il est possible de se désengluer de tout ça, ce ne sera jamais en en manipulant les éléments ni en s’en « réappropriant » les fondements, et encore moins, quand on n’a pas réussi à en sortir, en croyant que ! Proclamer notre « autonomie » par la gesticulation dans la surenchère des valeurs dominantes est à la fois tragique et pathétique.

L’invocation au rapport d’appartenance, cet horizon du présent toujours à réaliser (horizon : ligne imaginaire qui recule à mesure qu’on avance) est significative autant que définitive : tant que nous nous en tiendrons à l’appropriation, qu’elle soit à autrui ou à nozigues, nous sommes à peu près sûres de tourner en rond tout en serrant le nœud de la corde. Elle fait probablement partie des formes et rapports sociaux à briser. Quand nous ne croirons plus avoir besoin de nous appartenir pour nous occuper de nos fesses, eh ben… hein…

 

Une vie normale est le fond de la caricature d’humanité dont nous jouons bénévolement, militantes et minoritaires pour l’inclusion, la surcaricature.

 

Nous sommes, par le fait comme par la logique sociale que nous n’avons pas les moyens de percer actuellement, des caricatures de caricatures, c’est notre condition dans le monde présent, inutile de nous en faire accroire à ce sujet ; il est aussi vain de le nier que de s’en féliciter ou de s’en culpabiliser, sans parler de chercher à se le récupérer ; nous nous préparons d’autant moins à y échapper que nous prétendons que les simagrées, aspects, comportements de récup’ et autres smileys sexués que nous arborons, n’en sont point entre nos mains. Pas moins non plus quand nous affectons de fuir ces mêmes aspects dans une neutralité qui ne reflète que la domination spongieuse du masculin citoyen. Quand nous prétendons et nous forçons à croire, surveillance malveillante mutuelle à l’appui, que nous avons choisi et recréé librement ces identités, ressentis, perfos et masques, drouilles d’un étalage qui se révèle finalement d’une cheapeté soviétique, mais n’en resterait pas moins un étalage, un alignement de valeurs intégratives, s’il parvenait à se montrer plus riche. C’est le rapport à nous-mêmes, aux choses, aux slogans et aux nécessités qu’il nous faudrait briser. Si toutefois nous voulons encore autre, ce qui est loin d’être démontré.

 

 

note laborieuse et arthritique de février 2016 : à relire ce texte, je me rends compte à quel point j’y ai négligé un aspect principal, que j’ai par ailleurs évoqué dans quelques autres plus tardifs. Ce principal étant que la lutte pour la reconnaissance, dans un cadre économique et social qui se réduit et se referme, est une concurrence matérielle sociale permanente, meurtrière, entre nous et avec autrui, pour un ajustement toujours à réréaliser sur des conditions de valorisation toujours plus restreintes et rigides. Toujours plus brutales et masculines aussi, sous les couleurs chatoyantes de la diversité, de la liberté, de la performance de genre ou autre.

 

Franchement, si ç’avait été possible, cette intégration dont je parle si mal, dans un social qui aurait du coup été nécessairement profondément déconcurrencé, déconditionnalisé, collectif aussi dans son approche, ma foi, il eut fallu sans doute pousser en ce sens. C’est cette option optimiste sur le proche avenir que je défendais au tout début du siècle (!). Sauf que ça ne tourne pas du tout comme ça, au contraire, ça vire à l’élimination massive sur des injonctions impossibles, une repolarisation sur le rapport de force, même si celui-ci est « positivement » travesti, et des mensonges grossiers (le chantage affectif-relationnel, l’identité prétendument « indépendante » - alors qu’elle dépend évidemment de l’approbation générale, "l’invisibilité" des transses… !) pour couvrir l’abattoir. Le refus de marcher vers ça, de le cautionner au prix de nos tripes, une possible collectivisation de survie entre transses, et surtout une relative inconditionnalisation, autant que possible une non évaluation, une échappée aux formes de la valorisation, de l’affectif, de la fierté et autres auto-traquenards moraux-politiques qui sous tendent évaluation et élimination - pour la structurer, sont au contraire à présent une question de vie ou de mort pour beaucoup, et sans doute bientôt la plupart d’entre nous. Bref, nous prendre résolument en considération, comme nous sommes dans ce qu’est l’état de fait, de manière potentiellement critique – connaissance versus reconnaissance – mais sans en faire de nouveaux catéchismes, et surtout de nouvelles normes pour nous trier - et ce faisant laisser radicalement tomber les illusions d’une estime qui est en elle-même toujours conditionnelle autant que conditionnée, et une hiérarchie structurée profondément sur des implicites comme des explicites qui nous condamnent à retourner au néant. Bref une parfaite (auto)arnaque « spontanée ». C’est bien beau d’appeler à la bienveillance et à la positivité, mais, sans même entrer dans une critique interne de ces formes qui ont plutôt à ce jour chapeauté le charclage en interne dans nos milieux, c’est en lâchant la course à des idéaux cis (et riches, et sélectifs...) qui se dérobent de fait à de plus en plus que nous pourrons nous les proposer. La tentative, dans les faits presque impossible à toutes, d’imitation et d’identification à des formes sociales cisses, antitransses, est un casse pipe permanent, comme d’ailleurs ça l’est pour toutes les femmes et toutes les stigmat’s, depuis leur position réelle envers les performances exigées ; et c’est pour cela, bien plus que pour une quelconque raison morale ou politique, que nous devrions être incitées à nous en garder !

 

Mais bon, je dis ça, à tort ou à raison, mais on n’en est pas là et on n’en prend pas le chemin. L’heure est plus que jamais à la reproduction dans l’isolement et la misère croissante, parsemée d’affinités sourcilleusement consensuelles et, quoi que se la jouent leurs prenantes, socialement triées. Ah, ces sacrés choix – qui sont bel et bien là, mais n’en traduisent pas moins fidèlement la structure et les mouvements du social. Oui, nous changeons et choisissons – oui aussi, nous sommes un phénomène social de sexe à l’aventure (mais qui la craint !). Peut-être que de reconsidérer cette dialectique nous pourrait amener à nous voir sous un jour à la fois moins « émerveillant », mais aussi moins exigeant, avec plus de mansuétude (et surtout mieux distribuée ; robinet fermé pour les cisses !) – et par ailleurs encore une fois à cesser de nous atteler à une identification impossible ; ce qui rendrait possible, si ça se trouve, des échappées excentriques. Va savoir – et nous ne saurons que si nous y allons. La priorité, à cette heure, est de vivre. Et d’empêcher les autres comme d’aucunes d’entre nous de nous tuer. Pour ma part, je tiens la thèse que la plupart des formes et des comportements que nous exerçons et percevons comme positifs, quand ce n’est pas évidents, sont parmi les structures mêmes qui nous détruisent et par l’usage desquelles nous nous anéantissons nous-mêmes et mutuellement. Dans l’état des choses, la reconnaissance est une pratique éliminatoire. Il nous faut passer dessous cette barrière tranchante, contourner ce hall d’accueil rempli de chausses trappes préréglées et dont seule une minorité se sort vivante ou indemne, pour sauver nos peaux. Il faut en finir avec le s’en sortir qui est fatalement, structurellement toujours individuel, affinitaire, subordonné à la conformation aux exigences croissantes et à la perte d’autrui pour se sauver, afin de pouvoir tenter un en sortir collectif. Et pour en sortir, il faut commencer par essayer de ne pas y entrer plus avant.

 

Nous ne pouvons pas éluder la place, éminemment pourrie, qui nous est réservée dans le fonctionnement social présent. C’est de toute façon aussi cette place qui nous constitue, autant que notre décision de la prendre. L’invisibilité, c’est la cissité. Essayer de faire comme si pas, comme si nous avions le nez au milieu de la figure, renforce encore le danger qui pèse sur nous, car cela nous isole les unes des autres, nous oppose les unes aux autres, et nous rend incapables, souvent, de nous prémunir contre les violences et les rapports inégalitaires. Mais nous pouvons agir en fonction de cette situation, nous protéger mutuellement, refuser les faux-semblants, tracer enfin un chemin de signification dans le rapport social de sexe et le social en général. Nous pouvons (mais là il est vrai c’est mon point de vue) mettre en place une critique de méthode universaliste, mais de formation communautaire collective, laquelle est pour le moment sans doute une condition de survie. Le tout est de ne pas nous prendre nous même au jeu trompeur de la valorisation, qui reste le même, avec les mêmes conséquences éliminatoires, et majoritairement avec les mêmes éléments d’évaluation, que son objet soit l’intégration à cisselande ou la fierté identitaire.

 

Nous devons fuir les formes-rôles que nous avons docilement appris à incarner, qui ne servent qu’à faire fantasmer les cisses, nous faire nous même nous cisfigurer, enfin nous maintenir dans la précarité et leur dépendance ; nous n’avons à être ni chrysalides, encore moins papillons (bonjour l’espérance de vie). Tâchons plutôt d’être consciencieusement de bonnes grosses chenilles dodues, gourmandes autant que partageuses, égalitaires, ni bonnes ni connes mais attentives, et soucieuses de nouzautes ! N’oublions pas de soigner nos poils urticants, à défaut des autres ! Et inventons nous même des blindages – chenilles-tatous. Et en troupeau. Seules, nous sommes à peu près toutes fichues, et les rescapées ne vaudront guère mieux, entièrement circoncellées par cisselande, perfusées au mépris souriant.

 

C’était juste une insomnie en ce grand hiver. Ce sont des questions qui demanderaient une sagacité qui me dépasse et qui de toute façon ne pourrait sérieusement être que collective. Allez, je retourne dans ma caisse.

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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