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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 18:46

 

 

 

 

 

« La guerre constitue une part essentielle du plan divin. Sans elle, le monde sombrerait dans le matérialisme. »

 Moltke l’ancien

 

 

« Une opération un peu coercitive. » C’est pertinent comme du Zinoviev (Alexandre Alexandrovitch), ça fleure la rescousse des pays frères, et c’est par ces mots rembourrés qu’une source militaire, nationale et républicaine comme il se doit, définit les pilonnages aériens qui inaugurent l’entrée de Pinocchio dans un bourbier déjà bien dégagé sur les oneilles par les protagonistes précédents ; la multiplication étatique, la scie égoïne, enfin la bombe guidée, rien n’aura été épargné pour nettoyer les vilains égoïsmes qui auraient pu prétendre à s’occuper de leurs fesses. La suite promet d’être grandiose ; il se peut qu’on en parle encore dans dix ans (quand il faudra repartir, comme d’hab, du champ de ruines, en y laissant crever ce qui restera des survivants (1)). Quand les patriotes, puis les curés et enfin les soudards sont passés faire chacuns leur office, il ne reste en général que terre gaste et membres épars.

 

Ici il pleut sur les défilés de bubble-gums gonflés à la haine et au mépris de tout ce qui est ou paraît féminin - en fin de compte je crois que c'est ça qui soude leurs idées, je vous en reparlerai. On se prend à espérer que là bas il fait beau, chaud, sec, comme dans les chansons de Piaf. Ou dans nos désirs de riz à la mairie. Coercition et consentement sont les deux extrémités de l'ordre politique et moral, les deux essieux qui en font cahoter la charrette sur la grand'route des avenirs plus ou moins radieux.

 

Tiens, voilà du boudin. Ah on est classe ! Quel dimanche !

 


 

« nous ne devons jamais oublier tous ceux qui se sont sacrifiés pour que nous soyons ce que nous sommes aujourd'hui »


Voilà ce qu’a sorti le culbuto en chef de notre foutu pays pour la sempiternelle cérémonie du onze novembre.


Je ne vois pourtant guère de raison de se rengorger d’où nous en sommes. Non plus que la fierté qu’on devrait avoir à célébrer les guerres, avec leurs motifs, ce qui s’y passa, et somme toute la logique même de la chose. Seulement il faut avouer que le replâtrage permanent de la « der des der » enfonce tout. Ce n’était pourtant pas vraiment le tout début des guerres modernes, ouvertement exterminatoires et économiques, expression pure de la domination qui n’arrive pas toujours très bien à limiter les frais – à supposer que ce doit un but. C’était cependant la première mondiale (si on excepte la guerre de sept ans, qui en fut une préfiguration). L’inauguration d’une flopée de massacres tous plus horribles et infâmes les uns que les autres, avec des raisons et des causes stupides ou plus généralement odieuses, des acharnements mécaniques et virilistes, et des bilans éloquents. Série que nous continuons allègrement en ce moment même. On est partis d’un si bon pied !


La première guerre mondiale est le paradigme même de la bévue monstrueuse qu’on ne peut pas désavouer sous peine de perdre instantanément toute apparence de crédit. Et par ailleurs l’occasion de vérifier que quand on meurt pour des conneries ou des saletés, il vaut mieux se résigner à leur trouver un sens que d’admettre que tout ça ne fut qu’un carnage malfaisant, qui ne profita qu’aux industriels. Rien de tel que la guerre pour donner des couleurs à l’économie.


La première guerre mondiale a probablement vu une défaite historique de la volonté d’émancipation humaine, lorsque, début août 14, au lieu de se lancer dans la grève générale insurrectionnelle qui était préconisée pour ce cas de figure, les syndiqués marchèrent les uns contre les autres comme un seul homme, et envoyèrent leurs mandataires aux gouvernements. Je crois pour ma part que ce que nous sommes, comme où nous en sommes, a été grandement modelé par cette abdication, ce consentement massif au règne des choses et à l’extermination des humains.


Les gentes des classes ouvrière et paysanne ont à ce moment là enterré pour bien longtemps toute possibilité d’émancipation humaine, dont nous ne revoyons toujours pas le bout de la queue, et se sont qui plus est enterrées elles-mêmes, au sens le plus strict qui soit, puisque ce sont elles qui ont été massacrées principalement dans la fournaise nationaliste, libératoire et technologique. Elles ne se sont pas sacrifiées, on les a passées à la machine. Cela continue aujourd’hui et aide puissamment à l’élimination des pauvres. Nous sommes toujours dans la foi aberrante et cent fois démentie que l’oppression crée de la conscience, que les classes, nations, peuples, etc. vont nous frayer la voie vers autre chose -  et on se croit en plus matérialistes en ressassant cette métaphysique !


Un pas a été au contraire alors franchi alors vers ce qui aurait paru en d’autres temps, si brutaux soient-ils, inadmissible et même impensable. Depuis, nous en avons ajouté d’autres, dans la même veine. Et ce dont Hollande, par scribouilleur interposé, se et nous glorifie aujourd’hui, c’est d’être devenus toujours plus, en « paix » comme en guerre, d’impitoyables pantins, prêts à tuer, à faire mourir et à mourir, au nom des choses.

On n’éprouve guère de scrupules, autant par oubli que par exotisme, à exalter toujours les mêmes patriotismes, culturalismes et nationalismes pétitionnant la reconnaissance, lesquels, s’ils rencontrent quelque succès sur le marché des souverainetés, prendront part allègrement à leur tour aux abus, répressions et guerres. Ces formes ne peuvent exister qu’en dévorant les gentes et en tordant les vies pour mieux s’exprimer.


Ce que nous sommes aujourd’hui. Comme s’il y avait un instant à se réjouir ou à être fiers de ce que nous sommes, cet amas d’angoissés haineux, de dépossédés aigris, d’accumulateurs mesquins, de sexistes régressifs, d’anciens massacreurs de partout sans parler des à venir… Un gros siècle de déshumanisation à marche forcée a fait de nous des gentes tout à fait sympathiques et estimables, s'pas ? Ce que nous sommes aujourd’hui, c’est l’image même de la guerre endémique contemporaine, déraison rationaliste et hypocrite. C’est cela que l’on commémore et célèbre le onze novembre : qu’on est bien dans la folie et qu’on n’en sortira surtout pas. Nous lui répétons notre allégeance.


Ainsi que notre culbuto, qui se révèle, après quelques mois de résidence au pouvoir, non seulement une espèce de petit tyran ombrageux, prompt à faire poursuivre les gentes pour offense, mais aussi un va t’en guerre qui se cherche un bourbier, histoire de la marquer ; le soudan français le lui fournira-t’il ?


Oui, ce que nous sommes aujourd’hui est effectivement à la hauteur du fait invoqué. Brutal, insensé, calculateur, débile, patriote et mesquin.


Et ce que nous ne sommes pas du tout aujourd’hui, c’est ce que certains ont su être à l’époque : des déserteurs.


Nulle chose, nulle idée ne justifie que l’on meure pour ; la mise en marche du hachoir discrédite au contraire ce pour quoi on l’a actionné. Á partir du moment où ce dans quoi nous nous projetons – et se projeter pose déjà bigrement question – est cimenté par la souffrance, l’anéantissement et le ressentiment, il n’y a plus guère d’espérance de sortie et d’émancipation : ce devient un piège morale et glouton, qui nous avale en se justifiant d’en avoir déjà fait bien d’autres. Et nous avons bien tort de marcher. Refus d’obéissance, que ce soit aux gentes qui incarnent ou aux formes sociales et politiques. 

 

En somme, ni travail, ni familles, ni patries - non plus que leurs avatars et excroissances.

 

 

 

 

(1) Je me rappelle d'un grand imbécile, darwiniste notoire et moraliste utilitariste, lequel, le matin même où nous apprîmes le coup d'état en algérie, en 92, m'affirma "se réjouir, pour la première fois de sa vie, d'un coup d'état militaire". Je n'eus plus par la suite l'occasion de l'interviewer pendant les années d'égorgements consécutives. Je suppose qu'il s'était trouvé de bonnes raisons du côté du moindre mal. Il pontifie encore volontiers de nos jours. Se trouver et tenir à distance de ce qu'on approuve est quelquefois un gage de longue vie.

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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