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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 19:24

 

 

 

Je ne me suis pas laissée, hélas, le loisir de vous abreuver de ce que j’aurais bien voulu, si je n’avais pas stupidement largué ma maison : les chroniques Brivadoises. En quoi j’eus pris en une certaine manière l’étonnante succession d’un digne prêtre, historien et anecdotier local mort il y a bien quarante ans, l’abbé Lespinasse – dont je salue ici la mémoire, et les écrits qui ont charmé mes bonnes années.

 

Beh oui, aujourd’hui, le peu de chroniques que je peux vous servir, ce sont celles du café-lecture de Brioude, dont j’ai déjà parlé, échouage incontournable des loosereuses du coin ; ou bien celles de l’abominable village où je me suis moi-même exilée comme la connasse que je suis, Lamothe.

 

Lamothe, c’est vite vu, comme chronique. La classe en moins à l’école, dont j’avoue que je me fiche éperdument, et la réouverture du café qui attire comme des mouches les plus regrettables et sonores ivrognes. C’est je crois la première fois que je me désole d’une réouverture de café, mais là…

 

Quand je songe qu’il y a des années, avec ma butch favorite, on avait rêvé de reprendre celui de Champagnac et d’en faire un bar lesbien. En fait je suis persuadée que ç’eût été possible, et qu’on se serait même très bien entendues, après quelques mises au point (!), avec les chasseurs locaux – lesquels ont été toujours très corrects avec moi.

Je vous le dis et redis, les champagnacoiSEs, c’est vraiment pas comme les abrutiEs de la limagne. Ce sont de vraies gentes, avec de vrais défauts, de vraies qualités, et surtout un certain tact. Tact qui semble disparaître en proportion de ce que l’on désescalade la montagne et qu’on rentre plus dans la modernité.

 

Mais bon, je me suis chassée de Champagnac et les conditions de l’immobilier font que j’ai fort peu de chances d’y jamais revenir, si ce n’est au cimetière. Et donc je vous causais du café lecture.

 

Paradoxalement, je suis amenée à détester cet endroit adorable et qu’on n’aurait pas imaginé possible, à Brioude, il y a encore quelques années. Á le détester parce que je ne me sens pas libre d’y aller, que je m’y rencoigne pour échapper au gourbi ignoble où les gentes font semblant de ne pas me mater, et où mon propriétaire et logeur me pisse littéralement sur la tête (c’est là qu’on se rappelle que les mecs, jusqu’à ce qu’ils soient en fauteuil roulant, pissent debout et y tiennent).

 

C'est le signe de la déchéance, que de ne plus avoir de possibilité de joie.

 

C’est fort dommage. Et c’est d’autant dommage que je ne suis visiblement pas la seule. L’affaire est entendue. Une très notable portion de la fréquentation du café-lecture est assurée, donc, par les déjetéEs et autres épaves sociales de Brioude et des environs. Disons de celleux qui ont le souci de ne pas finir au pmu. Je ne vous étonnerai donc pas en précisant qu’il s’agit principalement de nanas, et de quelques mecs dont certains ne se comportent pas en mecs.  

Beh oui, Brioude est devenue décidément, depuis quelques années, une des ces villes où arrivent des femmes, seules, d’un certain âge qui est bientôt le mien, qui ont galéré toute leur vie, subi les plus ordinaires avanies, avalé les plus énormes couleuvres. Et qui se retrouvent en ce lieu.

 

Ça fait frissonner. C’est un des abrégés effrayants de notre époque qui broie les gentes et les vies comme jamais. On se raconte des fois des morceaux de nos histoires, et j’aime autant vous dire que c’est pas excessivement gai. Mais ce qui est pire, c’est qu’il n’y a plus d’avenir désirable qui transparaît… Rien que de la survie, elle-même menacée. Tiens, hier, encore un des commensaux du café qui se retrouve proprement à la rue, suite à la hargne de ses colocataires.

 

Et c’est là que je mesure encore la valeur immense de ce petit coin que j’avais, qui aurait pu faire refuge, même si on aurait du se serrer un peu. On n’est jamais trop serréEs au milieu des prés. Et de la responsabilité que j’ai envers moi et envers autrui d’avoir anéanti cette possibilité dans un accès de mégalomanie et de bêtise crasse.

 

Je tenterai, si j’y arrive, un de ces jours, de vous faire la paraphrase actuelle d’Une chambre à soi, de Virginia Woolf, et de ce que peut impliquer cette réflexion et cette nécessité aujourd’hui, à l’usage de celles qui se sont pas encore rétamées.

 

Les voilà, les chroniques brivadoises de l’an 2011, qui ne peuvent que témoigner de l’avance de la destruction, de la brutalité et de la dépossession. Et parler des ombres que chassent devant elles ces manifestations éminemment contemporaines. Ombres dont je fais désormais vraisemblablement partie, après avoir tâché toute ma vie d’éviter ce sort.

 

Nous voilà en effet hors du tangible, du réel, sans même causer du digne et du libre. Nous voilà éventuelles, tremblotantes, sur le point peut-être d’être rayées de la carte par une nouvelle vacherie combinée du sort et des humainEs… Quand on s’est précipitée là depuis la sécurité la plus indépendante qui soit, j’aime autant vous dire, la chute est telle que vous retrouvez plus vos propres débris. Déjà ils sont avalés par les chiens errants ou balayés par les municipaux. Pas encombrer la voie publique.

 

Petit à petit, l’espace semble disparaître, se rétrécir. La possibilité devient manque et absence, hantéEs de l’injonction. On peut le subir, ce qui est déjà sacrément insupportable ; mais quand en plus on y aide…

 

Couic !

 

 

LGPP

 

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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