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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 09:17

 

 

 

La guerre, c’est comme la chasse ;à ceci près qu’à la guerre, les lapins aussi ont des fusils.

 

 

 


« Mais qu’avait donc la vieille europe ? » chantait, un peu benoîtement, en parlant de la dernière fascisation avant celle ci, Danièle Messia il y a quelque chose comme trente cinq ans, quand nous étions encore dans l’œil du typhon. La vieille europe, c’est à (non)dire l’europe des premières modernités, n’avait rien de sympathique, occupée qu’elle était à envahir le monde et à en exterminer les habitants ; mais il se trouve que ce n’est que lorsque ses contradictions et ses fétichismes commencèrent à la faire se dévorer elle-même qu’une crainte y apparut. Trop tard. Qu’avait-elle d’autre effectivement à partir du seizième, et de l’énorme accumulation originelle qu’elle pilla par toute la planète ; qu’avait-elle d’autre vers 1930, et qu’a-t-elle donc en 2015, sinon un féroce appétit d’authenticité, qui donna alors Heidegger, les SA, les rouge-bruns, le blut und boden – et comme aujourd’hui re l’authenticité, tous nés d’un homme et d’une femme, le bleu blanc rouge, la réindustrialisation et le viril travail, la terre-qui-ne-ment-pas, l’économie « réelle », les Valls(1), les Montebourg, les Mélenchon, la forteresse europe, la chasse aux pas rentables, aux pas vraies, aux cosmopolites, aux monstres, aux parasites - ! Les mâchoires des réconciliations nationales, sociales, sexuelles, se referment. Avec cette circonstance carrément aggravante que quelques siècles de colonisation et d’infusion planétaire dans l’idéal de souveraineté et de valeur font que la « vieille europe », ou si on veut l’occident, sont suivis et concurrencés dans cette course par absolument tous les concurrents à l’intégration, des premiers aux derniers. No way out ! Dé-com-ple-xés !

 

L’autre jour, ça faisait quand même bien remake du 6 février 34, les couleurs en sus. Dans un pays où on peut dire à relativement peu de frais qu’Hitler n’en a pas tué assez. Et il y en a des en, pour ces gentes qui se savent majoritaires, légitimes, authentiques, de souche quoi. De la bonne. On sait, quand on arbore un bonnet rose, ou qu’on spécule sur qui il va falloir déporter et tuer en premier, qu’il y a désormais une majorité de moins en moins silencieuse pour ça. Je le vois moi-même dans mon coin de plouclande. Les langues se délient, comme on dit, les attitudes involuent, diablement vite, et je pense qu’on commence à fourbir les fusils. Il y a conscience de ça. Une élue locale de gauche, il y a quelques mois, me disait en propres termes qu’elle sentait comme une atmo de guerre civile en couveuse.

 

Bref, je dois bien dire que même si j’aime beaucoup Messia, son invocation mettait tout à fait à côté de l’affaire : la vieille europe est de retour, et elle est meurtrière, tout autant d’ailleurs que la nouvelle et que l’intermédiaire, avec lesquelles elle tend à se confondre. La vieille europe, le peuple, les pays, les innombrables autant qu’identiques, finalement, retours aux sources - aux sources de la haine, de l'impensé, de la brutalité et de la misère, oui ! Y en a marre des retours. Y en a marre de regarder en arrière, ou de reproduire le même en espérant on ne sait trop quelle surprise ! Mais c’est pourtant ça que nous faisons et refaisons, avec application et assiduité.

 

J’ai le mal de mer dans cet effondrement de la réflexion, cette espèce de contre-ruée vers des positions de plus en plus simplistes, « pragmatiques », résignées et souvent même quelque peu darwiniennes. Et ce y compris dans les mouvements auxquels j’ai participé pendant longtemps, un féminisme qui se voulait quand même un peu radical, celui « de 95 », ou la mouvance critique de la valeur et de l’économie. Hé bien j’ai de plus en plus en plus l’impression, à lire et à écouter, qu’on s’y rallie de plus en plus à des modes de pensée qui font « café du commerce » alternatif – et même de moins en moins, de plus en plus aligné au contraire. Et ce qui vient avec la simplification de la pensée, le reflux critique, c’est toujours, entre autres, la désignation ouverte ou silencieuse de « gentes en trop ». Et la renaturalisation des évidences, qui permet de se mettre d’accord, sans en avoir l’air, sur ce qui vraiment ne devrait pas exister. Les « sujets sociaux négatifs » fantasmatiques, qui permettent d’éluder la critique systémique (complot juif ou spéculateur, « féminisation du monde », « pas réel/naturel », technologie autonome…) Et, là encore, les transses, on est à l’intersection des intentions purificatrices, qu’elles soient celles de Le Doaré, de Michéa, des anarkaféministes ou des « théorie critique ». Nous faisons partie de ce qu’on pourrait appeler le repos commun de ces warriors. Le repos, c’est encore une fois aussi la zone commune d’extermination, le festin qui refonde la légitimité « humaine ».

 

Ça c’est pour poser d’emblée comment je vois le tableau, enfin la carte. Pas d’échappatoire en l’état. Et aussi pour rappeler que je ne crois pas qu’on puisse sortir de ce merdier en réduisant la question sociale à ses oppressions spécifiques, dont les protagonistes seraient à « remettre à niveau » - ce fameux niveau de valeur toujours naturalisé, neutralisé, jamais critiqué. Mais n’empêche, la hiérarchie existe, et nous, les transses, faisons partie de ce qui n’y vaut vraiment queud’ch, étant donné que nous n’aurons même pas réussi à nous considérer suffisamment pour constituer une communauté. Bref, qu’il y a consensus pour qu’on y passe en prem’s.

 

Il faut bien voir, et c’est pour ça que je démarrais sur les chapeaux de roue, que notre histoire ne représente qu’un aspect à la fois local et signifiant d’une dévalade générale (et, peut-être pour la première fois, mondiale). Celle consécutive à l’effondrement en cours du rêve économique, appropriatrice, capitaliste, progressiste et souverainiste, le fameux « gagnant-gagnant », dans ce qui est finalement la logique de base de cette illusion séculaire qui a déjà pourtant largement tué et ravagé : l’extermination réciproque, au nom des formes sociales qui ne peuvent être remises en cause, étant le bien commun. Et que cette dévalade panique, au lieu de susciter une volonté de dépassement, amène au contraire à la ruée vers les passés supposés, idéalisés, les traditions et les identités plus ou moins proches, qui pourtant nous ont menés où nous en sommes. Et donc à ces fameux « retours aux fondamentaux », réclamés de toute part, lesquels impliquent, sourdement ou ouvertement, l’élimination de tout ce qui ne semble pas répondre à leurs exigences. Exigences elles-mêmes fantasmatiques, racistes, misogynes, validistes et j’en passe – pour couvrir l’exigence centrale de ce monde, de plus en plus inaccessible : valoir.

Disons que le propre de notre situation, comme de celles, historiques, de quelques autres (je songe au peuple juif, aux roms, aux pas rentables du tout de ci et de là…) c’est de faire consensus chez les autres concurrents, alors même qu’ils s’étripent, qu’on n’a vraiment aucune légitimité à exister, et qu’on peut donc se retrouver autour de notre massacre. Un petit moment de convivialité dans ce monde de concurrence impitoyable, quoi. Méchoui ! Cassoulet ! Festin réconciliateur.

 

État de guerre atomisée et normalisatrice, appuyée sur un sentiment majoritaire qui sera probablement, par la bande, rejoint par les institutions et les lois, sous couvert de « nécessité », comme l’est déjà le racisme d’état actuel, motivé par les injonctions économiques et les ressentiments politiques qui les suivent. C’est un état de guerre généralisé mais non-dit qui s’instaure, la réalisation de la guerre autogérée, de tous contre tous, depuis les plus pauvres et en suivant, dans les plus riches, la courbe de la « peur du déclassement » des majoritaires.

 

Le vernis postmoderne de très relative tolérance, pour autant qu’on avait du fric ou qu’on ressortissait d’un pays nanti, sous lequel nous subsistions depuis une trentaine d’années vole en éclat, à coups de pioche !

 

Nous n’avons pas d’alliés, à finir par les qui se le prétendent. Il m’a moi-même fallu vingt ans pour comprendre enfin, à force de vilenies, de violences et de lâchetés, que le féminisme institutionnel, comme les alter- ou les arnaka- qui filent le même coton, cultive structurellement, et non pas accidentellement, une haine récurrente envers les transses. Renforcée par la grande reculade actuelle vers les renaturalités, les traditions, les évidences suae generae. Dans la situation actuelle il va s’y livrer (c'est-à-dire nous livrer à la réaction) de plus en plus – il est urgent, en période de rétrécissement de qui aura le droit de vivre, de se débarrasser de ses marges ! Toutes ses marges. Et de se recentrer sur quelques intérêts consensuels, de ceux qui, comme dit si bien notre ministre, ne remettent pas en cause les bases de la société, mais l’huilent au contraire, genre la parité dans l’élimination des non-rentables ou le natalisme pour tous (avec congés parentalité). De féminisme radical et de critique des structures du monde indexé sur le masculin, plus question, ce sont gros mots et comme disent les « nouveaux philosophes » comme les postmodernes, toute intention de renversement des bases du social mène au goulag !

Comme je l’ai déjà fait remarquer, c’est pas dit que ça leur profite, à nos lâcheuses, plus que quelques temps et à plus que quelques unes ; elles font toutes partie des cibles de la révolution réactionnaire, et ç’a toujours été un très mauvais calcul, sans même parler d’honnêteté politique, que de chercher à tendre la main au bulldozer et à lui donner les juste en dessous à manger. Las – là encore je me répète, quand elle seront à pleurer, nous ne serons plus là pour les entendre, encore moins pour faire front avec elles, et ce sera pour beaucoup de leur faute.

 

Si nous n’avons pas d’alliées, il faut aussi avoir le courage de tirer la conséquence qui suit : dans un monde de domination masculine, économique, religieuse, authentiste et naturaliste, nous n’avons que des ennemis. Nous voilà, si j’ose dire, bien parties…

 

J’envisageais depuis quelques années que nous pouvions finalement incarner une impasse sociale parmi d’autres, malgré tout assez honorable dans la tentative de briser la norme m, et par les moyens que nous avons choisis pour ce – qui nous laissent en dépendance autant matérielle que sociale – et par notre crainte de nous penser nous-mêmes en dehors des cadres communs de l’identité. Et qu’il se pouvait que nous disparaissions à terme, anecdote historique, avec une signification importante mais que nous avons refusé d’endosser. Sauf que là comme ça tourne, je commence à me dire que nous n’aurons même pas le temps de nous éteindre, et encore moins de trouver une issue qui nous permette d’aller plus loin ; on va s’en occuper pour nous. Á coup de haine sociale, misogyne, et d’objets contondants (nous ne valons même pas une bonne balle, selon le dicton déjà usé du cynisme moderne).

 

Bref – il va nous falloir jouer des ciseaux ; ou d’autres instruments. Oh, vu ce que nous sommes et combien (encore que ?), je ne crois pas que cela nous sauvera. Mais ce serait trop c… de se laisser tuer par les cis sans en inviter quelques uns avec nous. Oui, je sais, c’est aussi une manifestation de cette résignation mortifère que je dénonce pourtant depuis des années. Mais on nous impose cette situation, et pour ma part je ne me vois pas martyre consentante. J’irai jusques à dire que, même si je n’aime pas cette inclusion finale dans la logique exterminatoire, un peu de vraie terreur transse ne manquerait pas alors de pertinence. Même si à ce jour, le seul usage de ce terme a été de justifier notre massacre (voir le petit film éponyme de 2007, où on voit ces transses qui « répandent la terreur » pourchassées et lynchées…). Et que nous en arrivions aussi à nous venger les unes les autres. Je sais bien que c’est rester cantonnées dans le commerce, l’échange – mais qu’y faire ? Ce n’est pas nous qui aurons porté les premiers coups, ils l’ont déjà été. Il serait bon, si jamais cela devenait possible, que les authentiques, agresseurs comme hypocrites, se voient rappeler par le fait que leur violence peut ne pas leur être donnée, ni cédée, à l’occasion. Et qu’ils se pourraient retrouver avec trois doigts de couture dans le ventre, ou tout autre artefact peu propice à la digestion.

 

Ce sera sans aucun doute une violence encore plus disséminée et désespérée que la moyenne, l’aversion, le mépris et le dégoût des transses les unes pour les autres, phénomène social genré dont j’ai causé dans mes derniers textes, étant au climax. Que nous soyons par ailleurs nous aussi d’importantes praticiennes de notre propre disparition n’est en rien remis en cause. Dommage mais c’est comme ça. On n’échappe pas non plus, sauf si on y mettait beaucoup d’efforts, ce qui n’aura pas été le cas, aux hantises sociales. Non plus qu’à la fichue croyance morale et  économique dans les sujets sociaux multiples, qui nous contraint à toujours remettre à plus tard une critique de fond de la domination, et à nous en prendre à la plus proche voisine, meilleure concurrente et plein de privilèges. Mais c’est pour ça que je dis : bas les larmes. Arrêtons de nous plaindre. Ciseaux en main ou pas, nous aurons par ailleurs joué systématiquement contre nous, hypnotisées par les lumières de cislande, de ses valeurs, de ses haines intériorisées. Nous n’avons par ailleurs pas su ni voulu créer autres possibilités que des copies bien usées, version identité, des syndicalismes, des rassemblements qui isolent parce qu’indexés sur la réalisation de valeurs elles-mêmes isolantes. Et là, encore une fois – bien fait pour nous ! Je n’imagine pas un instant que la violence subie nous rassemblera ; ce n’est jamais le cas. Même si au dernier moment nous la renvoyons, nous y aurons acquiescé au moins par défaut, souvent activement. Et nous périrons à peu près comme nous aurons vécu. Je ne nous plains pas un instant. Juste, il pourra arriver qu’il y ait de la casse dans les alentours.

 

Bref, seules ou en grumeaux, et puisqu’on n’échappe pas à la terrible fatalité de l’échange contraint, nous allons sans doute devoir, si nous ne voulons pas la donner, vendre notre peau, comme CeCe McDonald et son bienfaisant coup de ciseaux, comme les transses de Beyoglü assiégées dans leurs maisons, comme les nombreuses inconnues qui rasent les murs et poulopent dans les égouts de toute une planète de ressentiment masculin misogyne. Comme cette femme juive pragoise qui, au moment d’être poussée dans la chambre à gaz, s’empara du pistolet qu’un SS portait nonchalamment à la ceinture et le descendit. Pour tout dire, je doute depuis un moment, et de plus en plus au vu de l’escalade, qu’il s’agisse ici de quelque chose qui ait à voir avec ce que nous appelons bénignement autodéfense, laquelle apparaît de plus en plus comme un secteur de la gestion sanitaire (« prends soin de toi » - j’ai parlé autrefois de cette antiphrase contemporaine) qu’autre chose. Dans la mesure déjà où celle-ci se situe d’elle-même dans une perspective de violence sociale, certes, mais où il y a encore des contrepoids utilisables par nous. Et où, d’autre part, elle reste, comme absolument tout ce que nous avons tenté depuis la relance féministe de 95, structurée en fonction d’une gestion-défense d’un privé, d’un rapport d’auto appropriation d’échangistes isolés, qui a avalé le politique auquel il ne demandait qu’une régulation (comme on parle de régulation des marchés économiques). Or, je crois que nous entrons dans une situation où déjà nous ne pourrons plus faire appel à aucun contrepoids, si hideux et compromettant puisse-t’il être (comme la fameuse force publique). Et que notre obstination à réaliser les formes de cette société, à nous intégrer dedans (les formes, encore plus que la société en son apparence), nous maintiennent dans cet isolement soumis à des échanges d’équivalence et de valeurs, lesquels nous empêchent d’emblée toute organisation digne de ce nom. Nous nous co-condamnons réciproquement à crever, isolés ou en très petits groupes, pour ne pas vouloir ni pouvoir envisager d’autres dynamiques. Il va de soi que nos ennemis le perçoivent très bien, et s’en frottent les patounes. Ne resterait donc plus que la vieille notion, très limitée, mais qui peut avoir son effet, de terreur individuelle. Dommage. Á moins là aussi que nous n’ayons un sursaut. Tout paraît joué, tout l’est si on veut statistiquement – mais l’histoire n’est pas statistique, et il suffit des fois de pas grand-chose pour la faire dévier, ou simplement, ce qui risque plutôt d’être notre cas, cahoter. C’est toujours ça.

 

Bien entendu, ce sera encore un échec. On va encore perdre, comme disait l’autre. On a même déjà perdu depuis longtemps, depuis certains choix dont j’aurai peut-être le temps de reparler. Ce sera un échec parce que nous nous sommes laissées enfermer, selon cette logique de la privatisation générale, de l’appropriation particulière, dans la dynamique même qui isole les membres de toutes les minorités en tant que citoyens, citoyens négatifs mais citoyens quand même, responsables, producteurs, corporels, propres et propriétaires. L’échec consiste et résulte dans la dissémination. La triste soumission à l’échange entre « individus libres », jusque dans la tuerie, qui est un mot de plus en plus général aujourd’hui. Nous suivons en cela une pente de plus en plus commune.

 

Plutôt mourir debout que mourir à genoux, puisqu’aussi bien notre mort est collectivement décidée, et que les moyens comme les prétextes n’en feront pas défaut ! Bien sûr - on fera ce qu’on pourra. Et il n'y a rien de plus triste que de faire ce qu’on peut, tout ce qu’on peut, rien que ce qu’on peut. Mais ce qu’on pourra n’est pas forcément écrit à l’avance.

Je reconnais que c’est très sinistre et rien c… - mais personne n’aura voulu rien tenter d’autre ; au contraire, tout le monde, y compris les contestataires ou celleux qui se le croient, auront soit laissé faire, soit carrément, comme c’est de plus en plus le cas, poussé à la roue de la brutalisation, du cynisme, du darwinisme, et de cette foutue authenticité qui tue depuis des décennies, si ce ne sont des siècles. Alors zut ! Nous n’avons pas vocation à être les angéliques victimes d’une très provisoire réconciliation des majoritaires divers – ça tapera dans le lard. Envers les groupes humains dont la délégitimation et le meurtre font consensus, il n’y a effectivement, selon une expression qui est à la mesure de la triste mécanique en œuvre, pas d’innocents. Et tout le monde sait très bien ce qu’il en est, ce qu’il fait et où nous en sommes. Vous l’aurez voulu, nous l’aurons voulu – qui aura voulu autre chose ?

 

 

 

 

 

(1) Les puantes rodomontades des socialistes populistes rappellent bigrement le destin de ces ministres du front populaire, qui ne dédaignèrent pas d’envoyer l’armée contre les mineurs pasque tout de même, ici on n’est pas en espagne hein, et surtout signaient à la volée arrêtés et directives afin que l’on expulsât et refoulât la racaille de l’est, notamment juive, dont la présence allait nous amener paraît-il des ennuis. Á la place des juifs réexpédiés vers l’anéantissement, des révolutionnaires allemands internés, ce furent les nazis qui arrivèrent, et plusieurs de ces consciencieux ministres de la république finirent dans un fossé, criblés de balles. On n’aime pas trop se souvenir de cela aujourd’hui, quand on les célèbre. Ça illustre redoutablement, outre les ressemblances qu’on ne peut manquer de percevoir avec les soces d’aujourd’hui, leur amour de l’ordre et leur haine des pas rentables ininsérés, les propos d’Arendt sur la grave inanité de se ranger aux mêmes « nécessités » que l’ennemi, en espérant amadouer ainsi un "réel" hypostasié, fantasmé, cru intentionnel, esprit du monde, "pragmatique", ce réel discriminant, punitif, valorisant, dont la modernité a fait son dieu des dieux. Ça finit à la chambre à gaz, ou contre les murs, ou de toute autre manière, toujours par l'extermination des en trop. 

 

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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