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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 12:37


 

Les articles de presse se suivent comme des chapelets de bouse, qui se touchent une à une par leurs éclaboussures, les « dommages collatéraux » qu’évoquent et impliquent ce dont ils parlent.

 

Ainsi, hier, j’ai fait une crise d’hystérie au café lecture en prenant connaissance, comme on dit, dans un article posé et documenté du Monde, de ce que le ministère de la justice envisageait sereinement que, d’ici 14, soit deux ans et demi, le nombre de détenuEs dans notre charmant pays était prévu passer de soixante cinq mille à quatre vint seize mille (je me demande pourquoi ellils ont pas mis cent mille, histoire de faire le chiffre rond, comme sur les fameuses listes des Grandes Purges ?).

 

Tout bonnement. Le nombre de taulardEs est donc prévu augmenter de près de moitié, en relativement peu de mois. Ce n’est absolument pas rapporté sur un ton d’alarme, ni à l’inverse sur un ton triomphaliste. Ça semble considéré comme une croissance tout à fait raisonnable.

 

Il va de soi que l’article évoque de même une augmentation radicale du nombre de taules et de matonNEs. C’est qu’il va bien falloir enfourner touTEs ces gentes-là quelque part. C’est dingue, il y a quarante ans, on chantait « et de tous ces paysans/ouvriers/soldats, qu’est-ce qu’on va en faire ? ». La réponse est toute trouvée, tout le monde en taule. Purge et repurge de la société.

 

Cette manière calme et sans bravacherie d’annoncer ce genre de chose semble traduire la pensée suivante : « nous savons très bien que le maintien forcené de l’économie, du travail, de l’injonction à relationner, et de toutes ces choses sans lesquelles on ne voit pas très bien où on irait, va susciter une montée exponentielle des brutalités, de la guerre de touTEs contre touTEs, des avidités bavochantes et des folies furieuses ; mais ne vous en faite pas, on a anticipé. »

 

C’est vrai que s’il y a quelque chose qui unit parfaitement toutes les projections politiques, comme d’ailleurs toutes les demandes du peuple, en l’état, c’est le maintien des évidences, jusques à la mort. Bosser, consommer, loisirer, baiser, coupler et provigner. Que cet encasernement autogéré et monstrueux soit l’occasion et le terrain d’un nombre épastrouillant d’atteintes aux biens de tous ordres, puisque tout en ce monde de valeur est un bien, chiffré, la personne en étant désormais également un, fort estimé en cette période de pénurie, ça, ça ne pose question à personne. Au contraire, on va toujours plus se mettre la pression, s’injoncter à tout intensifier, et tous les fusibles qui pètent ont d’ores et déjà leurs bacs à recyclage et leurs décharges ultimes.

 

L’idéal est d’en arriver quand même, et contre toute raison, à une issue ou « ça marcherait » en l’état. Á une mécanique suffisamment huilée pour que l’auto-exploitation s’exerce rigoureusement dans les limites de ce qui est admissible, dans un abattoir si on veut, mais un abattoir médiatisé, de respect et de safety.

 

C’est tout drôle, parce que dans le même Monde du lendemain, il y a un fort piteux article sur le fait qu’on meurt beaucoup en prison. Comme c’est singulier, comme c’est étrange. On meurt beaucoup et même on vit mal dans les institutions que la providence préventive, curative et répressive offre à notre débouché : prisons, mais aussi hôpitaux, maisons de retraite, centres de loisirs. Ben ça alors. C’est pas normal. C’est même honteux. Il va falloir des prisons où on ne meure pas plus que dans le reste de la population, puisque aussi bien l’incarcération est désormais un des multiples modes de vie reconnus et statistisés.

 

Et n’allez pas me dire qu’on choisit sa vie : le choix d’une vie relève à présent de l’exigence déraisonnable, d’une liberté égoïste et suspecte ; d’une asocialité exacerbée. On se doit d’intégrer ses identités et statuts, avec fierté s’il vous plaît.

 

Des prisons où on ne meurt pas. Mais ça aussi on y a pensé au ministère, depuis longtemps. On va supprimer tout objet, susceptible de servir à se mortifier. On va libéralement distribuer les cachetons, aux méchants coupables dedans, comme d’ailleurs aux gentilles victimes dehors (enfin, dehors, bon…). On a pensé à tout. La seule chose, peut-être, qu’on ne pourra pas empêcher, est que les gentes meurent, en quelque sorte, de ne pas vivre. Sans acte, sans maladie identifiée, hop. Ce genre de décès tend à se multiplier dans les couches les plus diverses de la population. La mort des bestioles coincées dans une impasse.

 

Après ça, troisième article, aujourd’hui aussi. Tribune fort bien fagotée de la grande cheffe d’OLF. Sur cet inépuisable réservoir de valeur négative que sont justement les brutalités en hausse, dénommée pour en faire un tout sous le nom quasiment ® de violences. Ah ça les brutalités ne manquent pas, dans le joyeux monde du hors-limites. De l’intensité, de la frénésie pour tout dire. Et pleuvent bien évidemment à seau sur les plus faibles. Ben tiens, puisque la guerre de touTEs contre touTEs et le cannibalisme, médiaté ou pas, sont les conditions présentes et futures du développement individuel comme collectif, on aurait tort de se gêner.

 

La violence est devenue cet étrange oxymore d’une « anomalie qui serait une nécessité ». Anomalie parce que dans le monde de playmobiles des démocrates, ce qui est Mal est voué à disparaître. Nécessité parce que d’une part ça ne fait que croître à mesure qu’on rajoute de la répression et du contrôle, et dans la mesure où une partie de plus en plus massive de l’économie matérielle comme mentale est purement et simplement basée là-dessus. Le secteur des triques et des pansements en tous genres connaît un véritable boom. D’où les agréables prévisions citées en entrée. Et, par ailleurs, ça forme tout unprojet, pour des décennies qui sont désormais sans fin. On va pas s’ennuyer.

 

Ce qui m’épatait aussi dans la dite tribune, c’est le salutaire rappel que les institutionnalistes en question se situent à gauche. Et que le sécuritaire est de droite. Moyennant quoi, on peut réclamer sensiblement les mêmes choses et porter le même projet de société, à quelques babioles éducationnistes près, sans se faire traiter de sécuritaires. Tartuffe, va ! Mais oui, on sait bien qu’à gauche, c’est la safety. Et que c’est pas du tout la même chose.

 

Mais s’il y a bien un truc sur laquelle la gauche est tout aussi muette que la droite, c’est l’autonomie et l'émancipation des personnes. Et la rupture avec les évidences qui collent. Qui parle, de nos jours, de l’injonction à relationner et à jouir pour se sentir exister comme d’un réservoir inépuisable de, précisément, violences ? Nib ! Vive l’amour ! Non plus que du travail et de la production comme d’une destruction de l’humain. Vive le plein emploi et la croissance ! Rendre les corsets habitables, voilà tout le programme. Nous faire rentrer dans la production économique et relationnelle, en ébarbant régulièrement ce qui coince. Les méchants monsieurs et, n’oublions pas, les femmes qui n’en sont pas (infanticides, putes, « à risques »…). Il faut bien dire qu’il y a une zone aveugle de la violence. Si on comptabilise, en à juste titre, les atteintes à ce pitoyable moi qui est tout ce qui nous reste, le rouleau compresseur qui nous entasse et amalgame dans le cul de sac du bien commun, lui, est naturalisé. Fatalisé. On n’arrête guère de voir tomber les feuilles mortes et les cadavres du pâté géant. Mais là on n’y peut rien. C’est le domaine des pansements et des pompes funèbres.

 

C’est un peu la guerre, comme atmosphère. Il ne faut pas être pris par la gendarmerie à piller, violer, trafiquer. Le tourniquet, le poteau, hop. Mais de l’abattoir, juste un peu plus loin, pas un mot. Quid de déserter ?

 

Comme en 14, je vous dis.

 

 

 

enterrée vive

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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