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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 11:25


 

 

J’eus bien aimé être évêque. Mais voilà, c’est d’un débouché limité, en général réservé aux mecs, et parfaitement bouché pour les nanas, bio ou trans, dans l’église catholique romaine. En plus il y a déjà une amie qui postule, au cas où ça viendrait à changer, et qui est mon aînée. Je suis pour la priorité aux aînées. Respect et considération. Elle d’abord, si jamais.

 

Mais je disais ça, parce que depuis bien quelques années, j’ai affaire à des personnes et à des images aussi, qui me laissent rêveuse quant à ce que peut, ce qu’a le droit, désormais, d’être et paraître une butch. Pasqu’alors, je veux pas être méchante, mais le modèle en est très majoritairement je dirais androgyne tendance m, très modérément (prudemment ?). Et jeunes, autant que possible, et qui le montrent bien. On voit bien que trop sentir le boucané ne doit toujours pas être très prisé. Et surtout, surtout, rester sèche et mince, sans quoi… Sont butchs comme moi je suis évêque quoi.

Et qui se ressemblent, b… d….se, qui se ressemblent… Ça c’est un mal actuel généralisé (oui, pour moi c’est un mal), la ressemblance de plus en plus forte à, je suppose, une espèce de personnage idéal. Les butchs de ma jeunesse pas si ancienne ne se ressemblaient guère, et étaient même souvent inattendues.

 

Puis, les néo-butchs contemporaines (je ne sais pas comment décrire autrement) sont ou semblent, sont présentées comme plutôt « accessibles » et hypersexuelles – somme toute, exactement le critère moyen des biolesb dans le vent actuelles, elles même en phase avec la majeure partie de la société mainstream. Que justement une butch, une lesb, une humainE quoi, puisse être et rester lointaine, pas touche, pas évidente, oh là là, c’est le moyen-âge. Stone ? C’est quoi stone déjà, ça me rappelle confusément quelque chose, tout en bas, dans le sombre âge de la névrose… Á présent c’est « toutes libérées », et ça se voit ! Les fantasmes biolesb sont devenus à peu près aussi formatés et attendus que celleux du monde hétéro. Ça c’est ce qu’on appelle une intégration réussie, dans une des activités les plus productrices de valeur sociale.

 

Á queerlande et alternolande réunis, sans même parler de lgbtande en générale, je dois bien dire que je tombe quelquefois des nues quand je vois qui est définie ou se définit comme butch. Là aussi, il y a eu passage au laminoir et lavage à grande eau. Il y avait déjà les « bio-trans », c’est vrai. Mais qui n’étaient « qu’un petit peu transgenre ». Là c’est « complètement butch », sauf que quand on regarde on fait « ou ça ? ». Mais voilà, nous avons fait de ces incarnations un but et une source de valeur existentielle, ce qui implique de courir après ce qui autrefois était un destin. Et de multiplier des simulacres qui ne sont plus crédibles. Mais s’ils ne le sont plus, c’est précisément parce que c’est eux qui sont demandés, réclamés, désirés. Les anciens destins qui s’imprimaient dans les gentes étaient par trop inchangeables, par trop difficiles à vivre. Et sans doute, je le répète, pas assez appétents. Nous faut juste de l’andro, customisé avec quelques accessoires, coupes de cheveux et attitudes pour diversifier et recevoir l’appellation.

 

On a voulu tirer quelque chose, comme d’hab, de nos manifestations. Et toujours la même chose, d’ailleurs, de la valeur existentielle et relationnelle. Patatras. On en tire, ah ça pas de lézard, mais ce dont on les tire a succombé. Nous sommes grimées de ses plus passables apparences, nouvelle manière de jouer aux zombies : idées certes, mais identités aussi. Nous en causons sans cesse, de ces « identités », alors même que nous avons réussi, dans la droite ligne massive du monde contemporain, à en exterminer la réalité au profit de la production de l’identique accessoirisé. Quel cauchemar !

 

Sans préjudice, tout ça, des plus nauséabonds amalgames, comme celui que tire un article du désespérant Rue89, citant un spectacle apparemment fort en vogue, la « lesbienne invisible » : « Une fille lesbienne peut être jolie. En fait, ce n'est pas la laideur qui rend les femmes homosexuelles… ». Uhrk ! Donc, ne pas être lisse, mince, raisonnablement genrée comme il faut, c’est être laide. Ben chiche, j’adore les butchs, et si elles sont laides pour la « lesbienne invisible », laquelle je suppose promener désormais sa poussette sur le bitume, avec dedans son inévitable môme profondément désiréE, pour passer encore plus, eh bien tant mieux. Je pense que les fems sont pour elle également à leur manière d’horribles épouvantails. Peut-être qu’on va se retrouver au potager !

C’est hallucinant de lire des trucs pareils, enfin je suppose que ça montre bien où en est tombée l’idéologie lgbt : des droits, des guichets, des mariages, des mômes, et surtout ressembler à tout ce qui peut s’imaginer de plus plat. Le règne des limandes a définitivement supplanté morues, baudroies et murènes. Ça doit donner moins de choléstérol…

 

Grrr….

 

Bref je ne sais pas bien, à quelques personnes près, où et comment survivent les butchs, les vraies, allez, j’ose cet adjectif, actuellement vivantes. Mais sûr, ce n’est pas sur les sites biolesb. Ni à alternolande. Je ne parle même pas des machins genre Têtuyagg où la bébête semble définitivement éteinte.

 

Je crois qu’on a du mal, en notre époque où les produits que nous sommes appelées à devenir voient leur côte dépendre de la reproduction du rare ou supposé rare, du mal donc à comprendre que nous, butch, fem, trans, que sais-je, étions d’abord des personnes. Pas des reproductions d’identités. Que même s’il y avait des « modèles », modèles qui d’ailleurs étaient des personnes aussi et pas des images, il fallait se porter soi-même, et ne pas attendre d’adoubement ni d’étiquetage. Et que nous restions intrinsèquement seules – au lieu que la « prise d’identité », de nos jours, vise tout d’abord à relationner. Il ne peut pas y avoir une pléthore de butchs. De même que je suis de plus en plus perplexe devant les tenants et aboutissants de la pléthorisation des transitions, devant les ronéos identitaires que nous avons mises à tourner.

 

Je dis ça, je ne suis pas butch. Je suis une t-fem d’un certain âge, ratée et ratatinée, qui peut au mieux désormais jouer la petite vieille. Mais voilà, j’aime les butchs, pas spécialement d’ailleurs pour leur sauter dessus. Je suis une fem antisexe. J’aime, ou plus pessimistement j’aimerais qu’elles puissent exister, et bon… Ben c’est pas souvent, mais vraiment pas souvent.

Et par ailleurs je ne suis pas légitimiste ; je suis sortie à grand’peine de cet étrange monde où chacune n’a plus le droit de jouer que sa partition, de parler d’un elle-même de plus en plus circonscrit (comme les shadoks, ga-bu-meu-zo) ou de copier-coller des déclarations pompeusement atiffée d’un nous, en craignant comme la peste un « universalisme » où, horreur, on pourrait connaître une réalité pas complètement cloisonnée.

Bref je cause de ce que je ne suis pas, eh ouais. Et heureusement…

 

Je reprends ; c’est tout de même étrange – ou significatif… J’ai eu déjà fait remarquer (« Quelle sacrée revanche »), et pas que moi, à quel point notre monde, celui on va dire des f en général, de tous genres et tous poils, politique, physique, pratique, s’était masculinisé ; réappropriation, clés à molette, pas douillettes gna gna… Et… c’est précisément dans ce même mouvement que les butchs disparaissent également ! Car, bien entendu, comme tout doit être abordable et finalement modéré, consensuel surtout, en cette époque, même cette masculinisation ne doit pas paraître trop masculine. Paraître. Les butchs n’ont jamais été des mecs, et la déesse merci. Mec, socialement, c’est plutôt ce neutre m, ni fem ni butch ni pas grand’chose d’ailleurs, qui se répand aujourd’hui. La « revanche », vous disais-je il y a un an, qui n’est plus à chercher dans les pitreries nauséabondes du masculinisme, mais dans notre grandissante absence de caractère.

Or, ce qui désormais est « butch » (puisque c’est presque plus un adjectif qu’un substantif), c’est cette absence de caractère « neutre », masculine mais pas trop.Avec juste ce qu'il faut d'éléments réappropriés.

 

De caractère, disais-je. Parce que c’est bien là ce qui, chez nous,  bucth, fem, t, que sais-je encore ? créait ce que beaucoup prenaient pour une apparence. Ben non, ce n’était pas une apparence. C’était notre caractère, au deux sens du terme.

 

Je vais une fois de plus faire des malheureuses et des pas contentes, mais pour moi, le queer, sa revendication à tout et à son contraire, au kaléidoscope permanent, a été l’indice de la fin des caractères. La fin du choix, qui est nécessairement limitatif. Comme un maintien ou une cambrure. Oui, le queer est la fin des choix. Le recours à un (ah je vais encore me faire des amies), à, oui, à un désengagement. Je ne parle évidemment pas politique ou toutes les mascarades idéologiques, mais d’engagement à une personne. Une personne qui est soi, mais qui ne peut aussi être soi que parce qu’il y a quelque chose derrière, qui existait en partie avant, et qui la rend réelle, fondée.Et que ça ne peut changer sur une simple intention ou un nouvel appât.

 

Vous me connaissez, je n’idéalise guère les identités, bien au contraire, un monde d’identités me fait suer. Mais est-ce que je parle d’identités ? Pas sûr. Je crois que je parle de personnes, encore une fois, et que la personne n’est pas plus dans les modes que dans un indéterminé vague et semblable. Pas de personnes sans repères réels. Les identités, comme on les comprend désormais, ont dissous les réelles. Or, autant que j’aie pu le comprendre auprès de personnes (encore !), la vie des butchs est une réelle, et dans une certaine mesure partageable et compréhensible, comme à peu près tout n’en déplaise aux légitimistes de l’auto-compréhension exclusive. Réel, vrai, compréhensible. Comme je le suis, pour le moins bon et pour le pire.

 

 

Plume, la fem-garoue, aux trois quarts crevée mais quand même !

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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