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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 08:28

Je savais déjà ce que représente être envahie dans sa tête, rendue cinglée par la déconstruction de la réalité, expulsée de ce qu’on est par le libre-marché des identités. Expropriée de sa vie par celles qui en voudraient bien deux ou trois.

Mais hier j’ai découvert qu’on pouvait aussi en être défigurée.

 

La sécurité sociale s’évertue à achever l’attribution de nouvelles « cartes vitale » arborant nos trombinettes, histoire, hein que personne ne puisse aller se faire soigner sur le compte d’une autre ! Qu'on puisse surtout pas s'entraider. Ça aussi c’est une des conséquences du règne du care que nous annoncent les Joly (une juge-présidente, génial, j’en ai déjà parlé je crois). La portion la plus congrue pour toutes les égrotantes, qu’aucune ne soutire une cuillerée de trop, et encore moins y prétende, vu comme le bouillon va être restreint. On ne parle évidemment ici que pour la piétaille, qui n’a pas accès au marché noir ; là où les valeurs mises en circulation relèvent de la puissante évidence et non plus du calcul... Passons, on y reviendra, je vous le promets.

 

Je reçois donc un courrier comminatoire m’annonçant que de toute façon ma vieille carte est invalidée, encore plus que moi-même, cent pour cent. Et qu’il me faut envoyer une photographie, prise selon toutes les règles en vigueur, pour en obtenir une autre. Docile comme une petite murène sous hormones et xanax, je m’exécute. Et m'achemine à cette fin jusqu'à la mini galerie commerciale du Champion de ma sous-préf’ (désormais c’est Carouf market, mais pendant deux générations tout le monde l’appellera Champion encore).

 

Déjà, désarroi total devant la machine et son fonctionnement. Je finis par appeler à l’aide une employée, je ne comprends rien.

 

On finit enfin par avoir les photos demandées, et là – okay, je vois en un instant ce que mes yeux et le miroir ne peuvent pas, ou plutôt n’osent pas me dire. Le produit fini d’années d'abus et de maltraitance, de la perte du "réseau social" après la rupture, de calomnies opportunes, d’excommunication et relégation de tout mon milieu, enfin du logement même qui saute. Le résultat de dix-huit mois de démolition tranquille et sans souci, qui n’ont donné mal à la tête à personne. Le résultat de ce qu'on lit dans des tas d'excellentes brochures pour bonnes têtes bien faites. Et qui regardent toutes dans la bonne direction, comme sur les affiches révolutionnaires. 

 

Je ne reconnais pas immédiatement l’espèce de trav’ aux traits défaits, tirés, qui fixe l’objectif désespérément. Il y a bien dix ans qui sont passés par là, et même autre chose que du temps accéléré. Une désintégration. La promesse de la folie à courte échéance, qui toque visiblement au soupirail. Ah ça va rigoler, à Rennes, au centre des cartes vitale, avec cette tronche, le 1, etc etc. 

Je songe à ce qu’Hélène Hazéra écrivait du vieillissement, de la destruction de nos physiques et de nos visages, par la maladie, mais aussi par les violences. Je ne pensais pas, j’avoue, l’expérimenter si tôt.

Ces têtes défaites qui fascinent les enfants dans les magasins et attirent l’agression dans la rue.

Je songe aussi à ce que m’écrivait l’autre jour, après dix mois de silence, une lointaine connaissance, elle aussi plus qu’isolée. Qui vient de vivre l’enfer, ou quelque chose d’approchant, si je comprends bien, et commente sobrement « c’est mauvais pour l’espérance de vie ».

Je la crois.

 

Notre magnifique fonctionnement de cannibales efficaces et utilitaristes consomme donc même les visages. Encore une fois, ne rien laisser perdre. Liposuccion sociale, yeah ! Il y a sûrement une correspondance qui fait que les pommettes d’une autre sont rembourrées de ce que les miennes ont perdu. Ou sinon, le visage du mouvement, tout simplement, délivré d’une verrue.

Mais une chose me paraît certaine ; ainsi que je l'ai dit de l'économie de la honte, par exemple : Notre défiguration, à quelques unes, sert la figuration générale.

 

 

Plume

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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