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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 12:29


 

 

« Vous n’êtes qu’un thermomètre planté dans le derrière des Français pour mesurer leur degré de xénophobie »

Sophia Aram, commentatrice télévisuelle, à un de nos culbutos médiatiques favoris 

 

 

 

...quel est un des récents livres qui fut des plus vendus à la fin de l’hiver dans ce fichu pays ?

 

C’est la réédition d’un déjà vieux roman faiblement apocalyptique et parfaitement décomposé d’un certain Jean Raspail, paru pour la première fois il y a près de quarante ans, intitulé « Le camp des saints », et qui narre une espèce d’invasion désarmée du dit pays par une foule de gentes miséreuXses venuEs d’Inde sur des rafiots. D’un point de vue éminemment dégoûté, peureux et haineux. Du point de vue de ce peuple que le vieux Darien, qu’on bien tort d’oublier, vouait aux gémonies.

Mais qui, de nos jours, peut se vanter de n’en plus être ? Nous sommes tellement rancis, réclamantEs et aggrippéEs aux bénéfices en voie de tarissement, que cette ignoble posture nous concerne, nous peint touTEs…

 

Ça ne fait donc que confirmer le fond moral qui prévaut, et l’illusion qui consiste à renvoyer sur quelques gouvernantEs anxieuXses pour leur réélection ou sur une parti d’extrême-droite la source de la haine d’autrui, de la mesquinerie avare et de la guerre de touTEs contre touTEs, alors que ces caractères suintent des désirs morbides de la population, pour ne pas dire de ce peuple dont tout le monde prétend gratter les plantes de pied. Ce peuple de charognardEs qui hésite entre les juges et les managers, ne sachant pas trop où porter ses fantasmes. Ce peuple dont je fais tristement partie, dans une ornière, depuis que j’ai perdu mon indépendance par bêtise.

 

Ce qui me frappe dans ce bouquin, en outre, c’est que l’invasion décrite n’est pas armée. Que c’est justement sa faiblesse et sa misère qui lui donnent l’élan et le fondement. Et que ça marche. Et que le vieux catholique tradi Raspail se retrouve donc, avec ses congénères plus jeunes, à tranquillement piétiner toute la tradition chrétienne, en dénonçant et en vomissant la pauvreté, la faiblesse, l’abandon, et enfin pour tout dire le catholicisme – dont la traduction littérale du grec est « universel »… Le cantique, si je puis dire, des tradis, en ce moment, c’est un francisme exacerbé, le mépris de la pauvreté, une avidité littéralement calvinienne pour l’individualisme concurrentiel et pour la richesse, devenue sceau d’élection alors qu’elle est condamnée sans appel dans l’Évangile, ; et aussi une haine disqualifiante des musulmanEs qui ne ressemble plus du tout à un quelconque apostolat ni même à une lutte de foi(s). J’ai beau être souvent excédée par l’exotisme « déconstructeur » qui se colle comme un chewing gum à tout ce qui paraît « autre », là il n’y a pas photo. Il y a même, je dirais, quelque chose de démoniaque dans les propos tenus (voir un site comme perepiscopus par exemple) et leur bassesse larvaire, bavante.

 

Je dis ça, pasque ça me rend particulièrement furaxe ; mais ce n’est et de loin pas l’apanage des catholiques… La peur haineuse s’élève d’un peu partout. Tripale. Tripale mais également bien structurée par des siècles de dénonciation de l’abstrait, du méchant abstrait qui va dévorer le réel, et qui prend toujours la figure de l’autre… comme d’ailleurs du « capital » opposé au « travail » - ah, ce travail porté aux nues à la fois par les plus réacs et les progressistes. Ça ne vous titille pas l’oreille. Je vous renvoie à ce sujet aux textes de Postone et autres, parus sur Palim Psao, dans la rubrique « boucs émissaires ».

 

Je suis épouvantée de voir, au cours des années, et ce n’est pas un phénomène nouveau (voir les années 30…), les gentes qui pour une raison ou une autre en ont marre de la bien-pensance exotisante, déjà bien puante, basculer dans la tinette de dénonciation de l’autre « abstrait », et des plus misérables sophismes de vieille droite parano. Il y a une espèce de paresse ou de paralysie intellectuelle et morale qui attire vers les bas fonds. Qui sont déjà surpeuplés. « Avoir une position critique », si on tient à ce terme amplement galvaudé, ne consiste pas plus à « adorer ce qu’on a brûlé » qu’à croire à tout ce qui semble aller dans le sens de ce qu’on désire.

Cette paralysie est à la fois individuelle et collective. Combien de fois des gentes (je songe ici par exemple à Jacques Ellul, entre mille autres) qui se sont escriméEs toute leur vie à l’examen et à proférer des choses fort intéressantes, se mettent subitement, ou moins subitement, à répéter des mantras pourris depuis quatre siècles. Mais ça se retrouve dans le collectif, et avec en ce moment une force inouïe.

Actuellement, la paralysie morale précipite de plus en plus de gentes vers les rengaines et les évidences de droite et d’extrême-droite. Inutile de chercher d’autres termes pour moins fâcher. Il y a toujours finalement « trop de ». Le « bien commun », qui représente en général la tranquillité dans l’accumulation rampante et ignoble, doit être préféré à toute considération morale. L’utilitarisme le plus crasseux s’étend désormais d’un bout à l’autre l’échiquier politique.

 

Je lis un article de l’inévitable Monde sur « le retour des réacs ». Il semble que cette abrévation soit devenue depuis quelques années une nouvelle marque de fabrique. Je dois avouer que j’ai d’emblée bien rigolé quand j’ai vu écrit que « le plus cultivé d’entre elleux » serait… Éric Zemmour, humoriste de son état, bulle banale et nauséabonde parmi tant d’autres. Zemmour cultivé… On aura décidément tout lu, tout entendu.

Il ne suffit pas d’avoir lu Bagatelles pour un massacre dans les toilettes pour être cultivé. Il faut aussi être ne mesure de comprendre quelque chose. Rien qu’à lire les platitudes mesquines de ces gentes qui par exemple se parent de mon vieux maître Léon Bloy, ce dont il doit faire des loopings dans son caveau au Bourg La Reine, ça se voit qu’ellils sont misérablement incapables de le saisir.  

Chez les (ex ?) féministes, on voit une Zelensky à Riposte Laïque ! Ah c’est pas beau.

(Purée, il faudra un jour que j’écrive sur l’usage abusif que tout le monde, sans exception désormais, fait de ce mot, laïc, qui est un terme religieux catholique, rien de plus, rien de moins, pour désigner les membres de l’Église qui ne sont pas consacréEs. Et qui semble avoir été cambriolé avec les lieux de culte par les agnostiques militantEs de la fin du dix neuvième siècle. Pourquoi est-ce qu’ellils n’osent pas user d’autre mot ? ).

Mais bon, ça ne veut pas dire, parce qu’ellils sont probablement plutôt aussi incultes que la moyenne générale, que tout ça est inoffensif. Au contraire, vu la détestation généralement affichée envers le savoir et l’intellectualité. Il n’est pas indifférent que ç’a toujours été une rengaine dans les camps de travail et d’extermination, de quelle dénomination que se parent leurs créateurEs : purger la culture. Purger de la culture. Divers survivantEs ont attesté cette mâle et populaire déclaration. De partout on accuse la culture et le libre examen, crimes bourgeois® et élitistes®.

La déesse sait si je suis atterrée par la stérilité morale de mes petitEs camarades déconstructivistes, par le remplacement systématique de l’examen par le dogme et la peur (voir « Renouveau charismatique »). Il me paraît bien évident que ces « nouveaux réacs » sont nos frères et sœurs siamoiSEs dans le salmigondis de peur, de haine, de désir d’éradication et d’idéal justicier. SeulEs les têtes à couper changent (et encore, je crois qu’il y aurait consensus sur certainEs). L’illusion obsessionnelle de la justice terrestre aux cents yeux mène tout simplement à l’extermination réciproque et à la paranoïa normalisée. On le sait depuis longtemps mais semble-t’il on ne s’en lasse pas. Et ouvre par là des « boulevards » à tout ce qu’on prétend combattre, en adoptant sa logique.  

N’empêche, là ça bascule sérieux du côté de ces prétenduEs réacQUEs qui ne réagissent à rien, à part à leur assurance retraite. Et au voisin qui fait des barbecues.

 

Mais bon, si ces gentes là continuent à tournicoter sur le petit baromètre à personnages de la faveur publique, ça en dit tout simplement long sur ledit public, ce fameux peuple que tout le monde revendique, adore et à qui on gratte les plantes de pied. C’est un peuple de charognardEs, revanchard, soupçonneux. Un peuple qui ne rêve que guerre sourde, torve, de touTEs contre touTEs, de safety et de spoliation légale. C’est nous, coucou !  

 

Comme écrivait mon vieux maître, « à chaque fois que la république change de chemise, c’est pour en mettre une plus m….euse ». Là, ce n’est pas que « la république ». C’est tout simplement que nous sommes en train de glisser d’un monde déjà bien crade dans un monde encore plus ignoble. Ridicule et odieux. Et, je suis triste de le dire, que nous avons tout fait pour arriver à ce résultat, en laissant nos vies devenir toujours plus dépendantes et indignes. Toujours plus réclamatoires de béquilles et de « droits », de nettoyages et d’éradications. Toujours plus soucieuses d’être « du bon côté » et de ne jamais se tromper. Toujours plus sécurisées avec cependant - impossibilité dirimante - toujours moins de limites. Nous avons stérilisé, ensalé notre propre champ de vie. Eh bien voilà. Les créatures qui vivent d’autant plus aisément que la liberté recule au profit d’un confort problématique enduit de crainte sont de retour. Ces créatures subsistent en, sur nous. Collectivement et individuellement. Elles peuvent bien prendre toutes les formes possibles et imaginables, et nous, tenter de les exorciser avec des anathèmes. Ça ne prend pas.

 

On n’en sortira jamais tant qu’on se réfugiera, enfin façon de parler, dans le règne de la haine et de la dénonciation, du culte du nombre et des opinions veules, des calculs de polices d’assurances et des vengeances torves. Ni dans la dénonciation facile que quelques bilboquets, qui ne sont que les émanations de tendances ignobles à l’œuvre partout.

 

Évidemment, ne pouvant pas plus m’empêcher de mal penser et de suivre des associations d’idées peu recommandables, non plus que la patte de grenouille morte de se contracter sous l’effet du courant, je me suis souvenue d’un bouquin, l’auteur duquel je ne me rappelle plus non plus que du titre, que je n’ai pas le courage de chercher à nouveau. Comme on m’en a reparlé, avec engouement, il y a peu, je suppose qu’il se diffuse. Je m’en rappelle parce qu’on me proposa de participer à sa traduction, il y a des années, lorsque j’étais et vivante, et engluée jusqu’au cou en alternolande. C’est un livre écrit par un américain, un soucieux d’être du bon côté. Il y démontre combien la non-violence, et peut-être la critique de la violence en général, est une sombre tare bourgeoise dont nous devrions nous défaire sans délai. Il est vrai qu’il a été en cela précédé par une grand nombre d’idéologues aux mains moyennement propres (mais, comme disaient d’autres, la propreté est aussi une tare bourgeoise, etc…)

Cela me revient à l’esprit, parce qu’une position donnée implique la négation de sa contraire. Ici, si « l’usage de la force », comme on dit si bien dans les commissariats, est légitime, il en découle que la faiblesse et le désarmement, au sens d’être désarméEs, sont des attitudes ou des conditions à fuir avec horreur.

 

Ce qui est, étrangement, excessivement proche des conclusions du livre ci-dessus, qui se termine par le massacre des envahisseurEs désarméEs.

 

Il faut bien sûr repréciser une chose : les désarméEs ne sont pas des humainEs. Non plus que d’ailleurs touTEs celleux contre qui la violence est déclarée légitime, ce qui réalise instantanément le tour de magie de faire justement disparaître ladite violence en tant que telle. On ne frappe, on ne tue plus, on nettoie l’humanité de ses ennemiEs ou de ses lourdeurs.

 

Les désarméEs, les déracinéEs, comme les « bourgeoiSEs® » d’ailleurs (!), sont des bolosses, selon la sympathique terminologie qui se répand depuis quelques temps, et qui dit bien ce qu’elle veut dire. Les bolosses sont celleux qui ne savent pas se défendre, voire pas agresser, et qu’il est loisible, dans un monde de dureté institutionnalisée, de dépouiller et de détèriorer sans remords excessifs.

 

Et avec fondement politique, si ce n’est moral. Jean Raspail, en effet, partage avec l’auteur ci-dessus cité l’axiome que l’état de desarmement et de faiblesse est par nature hypocrite, trompeur, qu’il égare les aspirations encore une fois légitimes de celleux qui veulent, selon leur position de départ, avoir ou conserver, et que l’extermination de celleux qui présentent ce caractère est un acte recommandé autant qu’agréable. Ellils ne sont d’ailleurs pas vraiment humainEs, puisque représentantEs, portereuses même à un sens quasi médical, des abstraction honnies. Bref, le meurtre n’est ici pas vraiment un meurtre, etc.

 

Ce qui sous-tend tout ça, hormis la personnification des abstractions qui concentrent le néfaste, les méchants ismes, c’est le mépris infini pour la faiblesse. La haine. La peur pourrait-on dire même, et cela nous ramène à cet immense prurit de « phobies » en tous genres qui se cuisine désormais pour qu'on puisse se définir et se placer quelque part. Ce qui rassemble et facilite la haine, le « passage à l’acte, » dans tous les sens, c’est la faiblesse, cette qualité honteuse. Il ne faut pas être faible. Être faible c’est déjà être traître, incarner la gangrène. Ce que personne ne veut consentir à être, dans un monde où toute la valorisation colle aux manifestations existentielles qu’on définit comme viriles, qui le sont effectivement par accaparement, mais bien plus généralement celles d’une espèce de darwinisme social, où le devoir des vraiEs en tous genre est de savoir manier la domination, comme d’un outil, ces tristement fameux « outils » qui nous ont remplacéEs, squattéEs et zombifiéEs il y a déjà belle lurette. Ces outils qui véhiculent la logique, comme des instruments chirurgicaux les virus, que « la vie n’est pas tendre et donc, nous n’avons pas à l’être », comme disait encore récemment aimablement une camarade. Bref, que nous devons toujours nous identifier au pire et à ce qui détruit, sous peine de disqualification dans la course à la dureté et à l’impitoyable.

 

D’où une espèce de fouillis farouche, duquel il ressort cet étrange paradoxe de la faiblesse individuelle renversée en indice d’exaction sociale profonde. Difficile d’oublier que c’est ce qui colle, paradigmatique, aux JuiFves depuis quelques millénaires : la faiblesse comme tromperie et masque d’un complot universel. Et la personnification dans un groupe social du mal abstrait qui souvent y est adjointe (voir là encore Postone, supra). Mais on en voit des conséquences tout à fait impérvues, comme récemment l’assimilation aux USA des NoirEs… à l’élite – le vrai peuple, fier de son inculture crasse et de ses haines moisies, étant paraît-il Blanc et teapartiste.

 

Eh bien oui, que dire ? On est des bolosses, vulnérables, inrompuEs à l’exercice de la haine et au mépris de la pensée, jetéEs sur les rivages les plus inhospitaliers. Vous vous demandez « de quel côté » on est. On est dessous.

 

Et résignéEs bien plus souvent qu’il ne paraît, par manque d’illusion sur les remèdes qui prolongent le mal. DésarméEs. Non-violentEs. Pas parce que nous n’aurions pas de colère, ou même de rage. Mais parce que nous savons que la culture de la force est précisément celle qui nous a menéEs où nous sommes, et nous y a laisséEs.

 

Oï weh !

 

 

 

La merle blanche déplumée

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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