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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 11:08

 

 

Il arrive qu’on se torde l’esprit, de même qu’on se tord la cheville en mettant le pied dans une ornière. C’est un peu ce qui m’est arrivée l’autre soir. Poussée par la solitude et l’ennui, j’avais été remettre mon nez à lgteubélande, précisément à son « antenne » dans la métropole régionale. Vous savez, ces «centres » qui éclosent, petit à petit, plus ou moins facilement. Ah, les « centres » - il y aurait beaucoup à dire déjà sur la reductio ad centra, la guirlande desquels me fait penser un peu à une collection de trous noirs qui se nourriraient de la provende des corps et des âmes des « gentes concernées », afin de produire je ne sais quelle luminescence douteuse dans la pénombre des grands fonds de l’époque. Beh oui, centre, pour moi, c’est du même acabit, de la même logique qu’usine, que prison, qu’hôpital, que tous ces pièges à insectes sociales auxquels nous finissons presque toujours par nous laisser prendre, et qui nous avalent, nous digèrent, pour excréter de l’enthousiaste présent.

 

Et voilà donc que je me mets en route, sur notre Méridienne gratuite, et atterrit à deux pas de l’endroit. Ce soir là, c’était T au menu. Vous l’aurez deviné.

 

Je me suis affalée dans un coin, sur un pouf rouge, contemplant avec inquiétude déjà les présentEs, dont je connaissais certaines. La T de référence vaquait bruyamment, les pédés s’agitaient, les biogouines, dont la présence me rassérénait à priori, se terraient dans un coin pour éviter la contamination, tout en faisant visiblement tourner la baraque. Rien déjà donc que de très attendu. Je me demandais déjà ce que j’étais venue faire, tout en sachant très bien la réponse : je suis dans la débine, je me laisse aller, je vais traîner. C’est triste et pitoyable.

 

Je passe sur les détails de la soirée. J’étais coincée. Coincée entre le vide sidéral des lgbts et des T en particulier (ici, on ne pouvait même pas parler de queer), et le ressentiment des radicales. J’étais coincée, j’avais remis le pied, pardon l’esprit, dans mes racines humaines et intellectuelles contradictoires. Dans l’ambivalence qui me tue. Je me suis sentie comme une balle de caoutchouc, renvoyée des unes aux autres. Il ne faut jamais jouer quand on est une baballe, il faut se terrer derrière une armoire. M’étant perdue de vue, de conscience, je me suis même laissée aller à bafouiller quelque chose d’informe, ce dont je suis remplie de honte.

 

Je n’étais pas nulle part ; plût à la déesse que je l’eus été ! Au contraire, j’étais éparpillée partout. Même dans le vide des T qui couinaient sur leur triste destin discriminé, ou dans celui de la réalisatrice d’un film dont tout le monde, une minute après la fin, avait fermement oublié les propos, résolument révolutionnaires. Il y avait mes morceaux de formée par les féministes et lesbiennes radicales, et même matérialistes, qui traînaient par terre, à la fois exaspérés par l’irénisme des « intervenantEs », la f-T à grande gueule et le m-T balbutiant, leur discours des individues à la libérale, et par la critique tronquée du monde et du patriarcat réduite à la malveillance des méchants des radiques, dont cependant je me sentais plus proche parce qu’agacée aussi. Et parce qu’il y a les mêmes choses qui nous sautent au visage. J’en suis restée malade.

 

Je nous suis toutes vues tourner dans nos cercles, dans nos cages à hamster d’explications faciles et de plaintes adressées à la divinité démocrate, et ça avait quelque chose de dantesque, de dantesque ridicule, l’enfer, mais l’enfer de hamsterlande. L’enfer de l’élevage humain. De notre élevage autogéré. De notre élevage pour produire la chair à identités, à citoyennetés, à toutes ces valeurs de la bourse diffuse des éconocroques en déroute. Où nous jouons consciemment, délibérément, attentionément nos rôles, toutes contentes de ce, sans supposer un instant qu’ils nous traînent dans l’abîme. Que nous nous traînons par nos propres rognons au désastre commun, à travers même nos inimitiés prévisibles. C’est à devenir platement cinglées, comme d’ailleurs l’essentiel de la population. Et nous n’y manquons pas.

 

Je me suis tordu l’esprit dans le nid de poule de nos soifs d’exister, de nos faims de grignoter les biscuits de la reconnaissance. Parce que je ne viens pas d’une, mais de plusieurs d’entre elles, et que je rampe en même temps à moitié au dehors. Sur la bande de roulement.

 

Scouitch !

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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