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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 15:53

C'était du temps, qui me paraît déjà bien lointain, où j'étais dans mon vieux Planning de bouseuses, en Haute-Loire, un vrai Planning quoi, actif sans idéologie constructiviste à toutes les charnières ni enjeux de pouvoir bien considérables. Sans grande hypocrisie non plus, et où l'essentiel de la détestation s'exerçait envers celles du département voisin. Les Cantaloues (je déteste le Cantal, moi aussi). Rien à voir avec celui des gestionnaires du Rhône, avec ses gélatines sur pattes (vous savez ? Gélatine, la militante qui prend toutes les formes selon opportunité !) et ses hyènes arrivistes. Et où pour mon malheur me conduisit mon obéissance imbécile de petite soldate bien-pensante aux ordres des néo-essentialistes « indigènes ».

Bref, un mercredi soir, à une « mensuelle », arriva une nana que j'estimais beaucoup, ouvrière agricole. Et qui nous salua d'un « Eh ben, là j'ai castré des veaux toute la journée ». Je crois qu'elle a dit des veaux, mais je me demande aujourd'hui si ce n'étaient pas des porcs. Je ne sais plus. Nous sommes là-bas une région d'élevage bovin plutôt que porcin. Enfin bon. L'éclat de rire fut évidemment général et généreux. Mais je crois qu'on passa vite à autre chose. Trop vite sans doute.


J'ai pensé à ça hier en voyant, sur le site du Monde, un article sur les paysannes. Les exploitantes agricoles ou, comme on disait jusqu'il y a peu, les « épouses d'exploitants agricoles ». Et cet article parlait justement de castration. Chacune sait que j'adore la castration. Pas seulement le petit slogan vociféré dans les « marches de nuit » par des tas qui s'en garderaient bien en réalité et dont les trois quarts vont après rejoindre leur copain tout à fait encore « outillé », à tous points de vue d'ailleurs. Mais réellement la remise en cause de l'entrepénétration universelle et obligatoire pour se reconnaître dans une glace. Du cul comme valeur et « libération ». Et de la pattex relationnelle qui va avec et gicle de tous côtés. Au point que nous ressemblons à une espèce de groupe géant statufié qui bougerait encore juste un peu. Une bonne militante lesbienne bio d'envergure régionale, comme pas mal d'autres « libératrice » décidée et fort insistante, pour rester polie, notamment des r.... et des t.... disponibles, ne s'y était d'ailleurs pas trompée, qui m'avait décerné à répétition ce beau titre de castratrice, au cours d'une nuit gueulative où je refusai de me ranger à ses vues bien pratiques (« c'est pour la cause » - oui ma belle, et surtout pour ton cul, mental et physique).

Eh ben oui, si être castratrice c'est combattre ton monde d'angoisse, de concurrence, d'envahissement et d'abus, pas de problème. Et d'ailleurs, où serait le problème ?

Tiens, au fait, ça me fait quand même marrer – on fait remarquer, à très juste titre et quotidiennement vérifiable, que la cohorte des mecs a une paire des testicules à la place du cerveau. Fort bien – mais je me demande des fois, dans notre lumineux milieu, qu'est-ce au juste qu'ont mes petites camarades pro-sexe entre les deux oreilles?.. Quel monde !


Mais revenons à nos exploitantes agricoles. L'article, enfin ce qu'il décrit, vaut son pesant d'ensilage. Notamment quand il est écrit noir sur blanc que les femmes sont, non seulement le repos du guerrier, mais tout simplement sa valeur et son existence sociale, point. Je trouve quand même tout à fait extraordinaire que le rapprochement soit à cette occasion fait aussi simplement et ouvertement entre patriarcat et relationnisme ! Et je vais même à l'occasion faire un pas que je n'avais jamais fait, jamais osé faire : le relationnisme crée aussi le patriarcat, en quelque sorte. Ou les deux sont au moins conssubstantiels. Auraient du mal à vivre l'un sans l'autre. Je veux dire que si pour exister il faut vivre dans la pattex, bien sûr, c'est pire si on est une nana avec un mec. Mais le principe existe dans n'importe quelle relation qui est là pour tenter de remplir la valeur, ce qui est somme toute le cas de toutes les relations aujourd'hui, comme toutes les transactions ou presque n'existent que par et pour un cadre monétaire et économique. Bref, les LGBT comme les autres, quoi, qui ont d'ailleurs porté cette valeur relationnelle à un point encore plus crucial, puisque la totalité de leur identité y appartient. Ellils font vivre le patriarcat. On se dit des fois que le patriarcat, il pourrait même exister sans les mecs, sans la classe mec : les éléments essentiels y seraient quand même. Ce qui explique d'ailleurs la douce joie dans les relations entre nanas, bio ou trans... La dévotion à une valeur crée nécessairement hiérarchie, violence et contrainte. Point.

 

Donc voilà, ces nanas jouent désormais en même temps un rôle castrateur, si, si. Elles chient dans la colle, même avec la meilleure volonté du monde de se retenir. Donc, si je comprends bien, dissolvant de cette même relation qu'elles nourrissent (qu'est-ce que les femmes ne nourrissent pas, je vous le demande ?!). C'est qu'elles amènent désormais autre chose que leur gueule au bal des célibataires, puis à la mairie, puis autre chose que le repas à table aux mecs qui ont bossé dur, autre chose que la trayeuse à la stabulation, autre chose que leur cul au lit. Par exemple elles amènent un (maigre) salaire d'ADMR. Eh bien vous ne me croirez pas, mais si, c'est castrateur. Pourtant c'est encore quelque chose qu'elles amènent ! Pas qu'elles prennent. Elles ne prennent toujours rien, et à peine leur retraite, vu qu'il faut toujours s'occuper du bonhomme et des enfants ! La seule manière de « prendre » dans ce monde c'est de tout abandonner et de s'enfuir... C'est là qu'on voit combien on verse vite dans la castration, au sein d'une société en érection perpétuelle de baudruches de dildos, de clitos, de tous autres accessoires interchangeables. Parce qu'on ne peut guère plus parler que de baudruches, quand on parle de ce qui est pris dans le phénomène valeur, qui a remplacé une réalité dont on ne sait même plus très bien ce qu'elle pourrait être (d'ailleurs le contructivisme la nie opportunément). Ça semble quand même un vieux trop humain, mais alors pas sympathique du tout, que cette hypervalorisation du cul et de la colle. Qui est devenue tellement exacerbée depuis quelques temps qu'on ne peut pas faire le moindre petit pas en dehors de la cohue en rut sous peine d'être déjà une non-valeur bonne à crever, d'une part, et castratrice d'autre part si on a l'outrecuidance d'ouvrir sa gueule et se se refuser aux mains baladeuses et non-payantes ! Et de ne pas en dire du bien.

Je rigolais bien fort à part moi l'autre jour en lisant sur Yagg un « dialogue » entre notre Wendy nationale et une Peggy Sastre soi-disant défenseuse des « asexuelLEs ». Ça dégoulinait de respect, d'admiration réciproque et de bons sentiments. Le carnaval de la diversité quoi. Quatre pages pour tourner autour de tous les pots un peu fragiles et surtout ne rien remettre en cause des adulations contemporaines. Parler d'anti-sexe ?! Ah non alors, ce serait pas respectueux. Les pro-sexe affirment le droit régalien de libérer tout le monde (ou presque...) avec leur enthousiasme, au nom du « progrès humain » je suppose, mais prétendre la réciproque, même les cathos ne l'osent plus, ce n'est ni démocrate ni respectueux. Purée, ce respect, cette fosse commune, combien aura-t'elle avalé de gentes ? Ah en tout cas la Peggy elle sait qu'elle a son billet désormais pour rentrer dans le corral communautaire. N'a pas pissé dans la soupière, c'est très bien ! Zut, je prefère encore le verbiage récitatif pro-sexe à Wendy, il est moins hypocrite ! Je m'entendrai toujours mieux avec elle ; faut le faire !

 

Eh bien ouais, je trouve que le sort de ces bouseuses parfaitement à des années-lumière de la vie intense et trépidante des militantes (qui cependant ne dédaignent pas de se répandre dans quelques campagnes périurbaines pour tâter du jambon), eh bien que leur sort est incroyablement emblématique de ce dans quoi nous pataugeons toutes. Leur sort et la vision qu'on en a, puisque la vision est part essentielle du fonctionnement valeur ; comme on vous voit on vous traitera. Je fais cette concession non négligeable aux constructivistes, d'autant que ce n'est pas elleux qui l'ont inventé. Et alors, je vais vous dire, être traitée comme castratrice, que ce soit par les mecs ou par les nanas ou même par les autres, dans un monde patriarcal et relationniste, ben vous pouvez numéroter vos abattis. Vous n'existez pas et, si vous avez le toupet de quand même être là, je vous dis pas les horreurs qui vont vous tomber sur la gueule. Mais c'est un honneur, et l'honneur coûte très cher dans notre époque de rampement généralisé et de malveillance obligatoire. Nous sommes donc les unes et les autres castratrices. Chacune à notre manière et en notre place, en notre condition devrais-je dire peut-être. Les paysannes et les comme moi, bouseuses de la vie intense des bonnes féministes alternotes ou autres. Tant qu'on est quelque part on coupe quelque chose à quelqu'unE, même dans notre agonie. Il faudrait pouvoir exterminer notre race, mais il est à prévoir qu'il y en aura toujours, quelles que soient les opérations de dératisation sociale que l'on mènera.

En tous cas, la situation des nanas à la campagne, eh bien elle s'améliore pas, déjà vu l'appauvrissement de pas mal de paysans (au profit d'autres, ah ben oui, c'est pas perdu). Mais aussi parce qu'elles sont plus que jamais le cul entre deux chaises. Et quand je songe que la seule alternative qu'on leur propose actuellement c'est l'appauvrissement urbain ordinaire ou la chaise à gode des alternotes, ben beuh... je trouve que le monde est triste, voilà... Triste et confisqué.

N'empêche ! Vivent les castratrices, les vraies, celles qui ne sont pas en syndicat d'accumulation existentielle, qui ont des vies de merde, qui coupent tout à commencer par l'envie. Et qui sont une des rares vraies contre-forces de ce monde !

 

 

Plume

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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