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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 08:42

 

 

Collection printemps-été-automne-hiver ; avec celle là le costar ne change jamais. Le costar qui a été taillé une fois pour toutes envers les indéfendables et autres irrécupérables, les mauvaises volontés sur pattes de ce monde enthousiaste. Ben oui, mauvaises volontés il faut bien le dire, alors que la charité bien ordonnée leur offre ergastules arpentées, gamelles sobres sans addictifs et tenues de ville modestes.

 

On l’avait bien compris depuis quelques années : il va bien falloir aux gouvernements - comme à touTEs les intervenantEs, au temps du ratatinage économique général, quelques ressources existentielles pour qu’ellils puissent affirmer faire quelque chose à bon marché. Ce sera notamment la tolérance zéro de la marginalité pas propre. Il n’y a d’ailleurs là que logique terrible ; comme le dit mon vieux maître Rosset, dès qu’on parle de tolérance, cela implique un intolérable. De même que l’égalité implique un inégal. Sans quoi ça ne servirait à rien et nulLE n’en pourrait jouir.

 

Nous sommes de toute façon une variable d’ajustement de la politique et de l’état depuis le moyen-âge, pour le moins. Quand il faut faire quelque chose sans s’en prendre aux « grands équilibres », eh bien on s’en prend aux marginesques. Et voilà le travail !

 

Bref, les qui rapportent trop peu, qui filent entre les doigts graisseux de l’époque, on va s’en occuper. Les putes, les camées, les voleuses, les feignantes, les « en situation irrégulière », et j’en passe et des pires. On, d’ailleurs, ce sont toutes les bonnes volontés coalisées. Au fond, de la plus petite assoce au sommet de l’état, la passion d’intervenir est la même, l’angoisse du nettoyage, du bon rangement, identique. C’est d’ailleurs pour ça que je dis que si vous avez quelque réticence envers ce monde, ne vous y mettez surtout pas, d’une manière ou d’une autre vous serez amenées comme par la main à servir ce fonctionnement. Et à travailler avec des gentes que vous n’auriez pas imaginé ; ainsi du jour où je me retrouvai, déléguée pour une très noble cause, assise à une grande table bienveillante, consensuelle, avec une proc’ et un colonel de gendarmerie, entre autres bestioles… Je crois que ça m’a vaccinée de la « gestion des populations » et de la « lutte contre les maux sociaux », si « autogérée » fût-elle (au départ…).

 

Il faut bien dire que dans ce pays, il s’agit aussi désormais de soigner l’immense souffrance du peuple, ce brave, inamovible peuple haineux, mesquin et droitier qui n’entend justement pas souffrir que quiconque échappe, fut-ce pour une minute, à son pitoyable sort. Et à sa triste vengeance. Ce peuple qui a si mal de ne pouvoir en faire autant qu’il voudrait (mais on va y remédier). Puisque notre grand rêve de sécurité sociale et de lotissements proprets a fait naufrage comme ce vulgaire paquebot de promenade où nous allions traîner nos misérables vacances avec leur ennui, eh ben qu’on nous laisse au moins le plaisir douteux, in extremis, de voir taper sur les indéfendables. De voir taper – ça c’est une passion nationale ; il faut que ce soient les bleuEs, les officielLEs, les gestionnaires de populations, les « trois couleurs » qui frappent pour nous. Sans quoi ça n’a pas de valeur. C’est une vieille tendance ; déjà, sous la révolution, la première, des adresses parlaient de la « satisfaction » qui devait être accordée aux « patriotes » par la puissance publique de « voir leurs ennemis dans une nullité absolue ».

 

Nullité absolue. Voilà le vieux rêve de ces petitEs bourgeoisEs (au sens historique du terme) qui firent justement cette révolution et tiennent le manche. Contrôle total des gamelles et anéantissement des parasites. On l’a rejoué maintes fois depuis, en maints endroits, avec des moyens décuplés et des résultats à l’avenant. Mais l’idée reste la même. L’abolition, cette fameuse notion d’abolition à laquelle on devrait s’intéresser, et qui finalement a visé récemment autant des personnes que des systèmes. Voire, actuellement, s’appesantit sur les dites personnes. Nullité. Disparition. Joie. On n’est pas « contre vous », on vous adore, on veut juste que vous ne soyiez plus, que vous disparaissiez. Et ainsi tout sera bien.

 

Je parle évidemment d’une tendance lourde visible dans un grand nombre de pays, de mettre sur les blessures du naufrage économique la vieille emplâtre réhumidifiée de la régression morale, saupoudrée de rationnement, envers ces pauvres et ces inconséquentes qui profitent indûment . De l’incitation aussi à la guerre de touTEs contre touTEs, à commencer par entre les plus faibles. Et particulièrement de la situation présente en France. Le nouveau gouvernement et sa future majorité probablement fort étriquée ont déjà bien fait comprendre que, sur ce sujet, la politique des précédents allait être perpétuée, pour le bien commun : tolérance zéro, encore une fois. Le gras de la question gisant dans « qu’est-ce qui, qui est intolérable ? ». La réponse est donnée depuis longtemps. Les cafardes, les irrécup’, les trop les pas assez, les visibles, les fléaux sociaux sur pattes. On va soigner tout ça à coups de rédemption, de trique et d’injonctions lestées de chantage. Jusques à ce que ça ne fasse plus un pli dans le tissu social. « La république a besoin de nous », n’a pas peur de clamer ces jours ci une affiche de Pride – mais besoin pour quoi, ça ce n’est pas spécifié. Il suffit cependant de regarder autour. Elle nous appelle, comme dans la chanson, et ça n’a jamais été pour de très jolies choses…

 

Une chose qui m’intéresse, laquelle relève de la guerre de touTes contre touTEs et de ses manœuvres complexes, c’est de voir à quelle vitesse la portion en voie de relative intégration des minorités identitaires ou autres va laisser tomber, repousser loin d’elle avec horreur, celle avec qui elle partageait autrefois les poubelles. Histoire de montrer reconnaissance et loyauté à la force publique qui lui aura consenti reconnaissance, droits ; puissance à laquelle elle compte d’ailleurs bien participer, dans la mesure des places disponibles. Voir les martiales déclarations de quelques bonnes têtes des mouvements institutionnalistes sur l’ordre nécessaire à la bonne marche des choses. Et les innombrables demandes de paritaire dans l’exercice du pouvoir (lequel doit bien entendu, pour garder quelque mine, s’exercer sur quelqu’un – l’irremplaçable portion irrécupérable).

 

Par exemple, dans quel délai les lgbt’s bien propres sur elleux, membres actiFves quoi, vont commencer à honnir leurs collègues obstinément vautréEs dans des pratiques douteuses. Sans parler que cette opiniâtreté laisse toujours planer sur toute la bande le glaive potentiel de la condamnation par les gentes vraiment bien, dont nous ne serons évidemment jamais tout à fait. D’où la nécessité de bien séparer serviettes et torchons, et de participer à la répression générale. Je pense aux putes, aux camées, aux imprudentes diverses, qu’on est en première ligne, mais en seconde, pas loin du tout, il y a par exemple les « irrégulièrEs » et les « mariages blancs », que les « vraiEs amoureuXses » à carte ne négligeront sans doute pas de combattre et dénoncer quand leur sera venu le moment de prouver par des actes qu’ellils doivent justifier leur droit au vrai mariage (ce qui permettra à quelques critiques et historienNEs de se rappeler que la relation a toujours été une structure de statut social et de transmission des biens, matériels et moraux, et que la forme-amour n’est là que pour en boucher les anfractuosités).

 

Hé voui. L’intégration, même provisoire comme elle risque d’être vu la direction prise, ça se paie, comptant, et pas avec des grimaces. Des actes il faut. Des actes qui engagent, qui compromettent, qui discréditent, qui font que plus tard, quand le couperet reviendra vers celleux qui y ont mis la patte, ellils pourront bien couiner, cela fera rire tout le monde, du bas en haut – et qu’elleux mêmes ne pourront sans doute s’empêcher de prendre part, leur dernière part, à cette hilarité collective, tellement elleux-mêmes se seront ainsi renduEs, d’une autre manière, indéfendables, autant que celleux qu’ellils auront contribué à nettoyer. Le rire des piégéEs. Songez y un peu, camarades institutionnalistes, féministes, lgbt’s, sanitaires et sociales, avant de vous y jeter. Avant de prendre les mesures pour participer au grand taillage de costars. Vous aurez l’air bien quinaudes quand le broyeur collectif et rationnel reviendra sur vous. Que ça sera vous qui à votre tour coûterez trop cher, et ferez tache sur les trottoirs.

 

Ouaips. Je crois qu’on va s’amuser dans les années à venir. On va danser, les unEs et les autres, de plus en plus raide sous les fouets de la nécessité. Cette fameuse nécessité dont nous périrons, sans doute, pour n’avoir jamais osé la mettre en cause.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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