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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:40

 

 

C’est le genre de gimmick qui revient toujours quand un journal vient à manquer de « une ». Il est à noter que ces gimmicks relèvent toujours de ces bonnes vieilles évidences qu’on assène et réassène bien, comme toutes les naturalités, afin que nulle ne les oublie. Un de ces gimmicks est « n’est vrai que ce qui est valorisé et approprié ». Et dans les règles de la valorisation maximum, l’économie flanche et l’heure n’est plus à rire. On flingue les petits voleurs dans les arrière-boutiques et on affame les populations dans les pays en faillite avec une assiduité accrue. Il faut que les droits soient payés – car, au fond, depuis le onzième siècle, le droit n’est qu’un autre mot pour l’appropriation.

 

Et donc, re ! En une de la Libre Belgique, une « recrudescence de saisie de faux médicaments ». Évidemment, par faux vous allez entendre des morceaux de sucre ou de plâtre, des produits qui ne soignent pas. Vous n’y êtes pas. Le titre est un mensonge. Ou si on veut une vérité transposée et tronquée. Ce qu’on appelle une mauvaise foi. Les médocs en question sont tout ce qu’il y a de « vrai », des molécules actives avec leurs excipients quoi. Juste ils ont été, d’ailleurs dans toutes les règles de l’industrie pharmaceutique et du marché créateur de valeur, produits et distribués à des prix moins élevés que ceux qu’entraînent l’appropriation des brevets par des groupes aux actionnaires très gourmands. Je vous en ai déjà parlé, et Act Up en cause très souvent. Je n’entends pas ici entrer dans le problème, qui me démange, de la dépendance à un système médical et pharmaceutique centralisé et hors de portée, que les labos soient en Inde ou en Suisse. Je tiens seulement à rappeler que quand on parle de « contrefaçon » ou de « faux », il s’agit d’un mensonge – d’ailleurs mis en avant pour faire peur. Les médocs en question n’ont rien de faux. Juste on ne paie pas la pleine taxe dessus.

 

Ce qui cela dit amène à la bonne vieille question de la valorisation. Et de ce que la logique économique entraîne et provoque, avec notre assentiment enthousiaste puisque toutes, nous voulons être estimées et payées à notre juste valeur plus un petit quelque chose (on appelle ça la plus-value ; dans certains cas c’est un très gros quelque chose).La marchandise, comme système et rapport social, n’existe qu’à condition que tout soit transformable en valeur pure – généralement en argent. Et réciproquement. Bref, ce qui n’est pas transformable, dans un monde structuré par l’échange, peut être du coup considéré, sinon comme faux, du moins comme inexistant. Or, si ça s’obstine à exister, effectivement c’est un bâton dans les roues de l’échangisme, qui est censé représenter notre existence sociale. Donc ça devient mauvais, délictueux. Tout usage qui ne passe pas par la valorisation est une fraude. Ce n’est pas nouveau. Le capitalisme en occident à débuté par l’appropriation et l’enregistrement de plein de trucs qui traînaient, bois, prés, landes, eaux… Cela continue aujourd’hui. Et à un tel point que se passe, là aussi depuis un moment, ce qui constitue la thèse d’un bouquin qui est je crois en train d’être traduit en français, d’un camarade germanophone nommé Trenkle. Cette thèse, si j’ai bien saisi, est que le système monétaire est loin d’arriver à recouvrir, comme il devrait le faire pour garder une raison d’être, tout ce qui existe. Et que par conséquent il y a sans cesse des foultitudes de choses, de rapports, de ci ou de ça qui débordent, et même sans doute la plupart. Qu’est-ce qu’on va en faire, comme dit la chanson, si on ne peut les échanger ? Eh bien on va les détruire, car leur existence même gêne la valorisation, fait chuter les marchés.

 

Bien entendu, les contrefaçons, la bonne vieille contrebande en quelque sorte, comme la piraterie, comme des tas de modes d’échange économique un peu facilement idéalisés comme « oppositions », le sont, justement, aussi, échange, concurrentiel, plus ou moins brutal. Mais il n’empêche que dans la mouise immense où nous nous sommes foutus avec cette obsession de l’équivalence et de l’accumulation, ça peut arranger pas mal de monde de ne pas, par exemple, payer pour survivre un médicament dix fois plus cher, parce qu’il faut valoriser les brevets. Et donc c’est la guerre. Un des aspects de la guerre menée par l’économie contre l’existence toute bête des choses et des gentes. Sachant que nous sommes aux tenants comme aux aboutissants de cette guerre, participant toutes à cette économie.

 

Bref, selon la thèse de Trenkle, et de quelques autres, qui est aussi la mienne, tout ce qui n’est pas dans un processus de valorisation est frappé, juridiquement, d’inexistence, de faux. Ça ne vaut rien, ou tout simplement pas assez, donc ça ne peut ni ne doit subsister. Même logique que quand les poubelles de supermarché sont gardées à grand frais par des caméras et des vigiles, surveillées par les rondes de fliques. L’économie en déroute est désormais – mais là encore ce n’est qu’un prête nom pour nous et notre croyance collective, planétaire, à la vertu de l’échange – tout à fait disposée à détruire l’essentiel des choses, à tuer la plus grande partie des gentes, afin de se maintenir, et de ramener le marché à des proportions qui conviennent à une saine valorisation.

 

Bien des décroissantes mettent leur espoir dans une réduction drastique de la production, notamment de choses réputées « non nécessaires ». Ma foi, j’aurais tendance à le dire aussi, mais comme conséquence et non comme principe de départ. Parce que les mêmes décroissantes ne mettent généralement pas en doute la croyance que les choses (et les rapports, etc.) valent (et doivent valoir) quelque chose. Et que toute organisation sociale doit se baser sur une saine justice et une attribution de ce qui sont, dès lors, des propriétés évaluées et échangeables. Elles comptent en gros sur une vaste réévaluation. Or, je fais partie des gentes qui pensent, pour leur part, que la vérole est précisément dans l’appropriation et l’évaluation, la distribution et le resserrement, bref la justice attributive. Conséquemment, qu’il y aura sans doute toujours trop de choses (et de gentes) pour ce genre de système. Qu’il y en aura toujours donc en trop. Et que ça finira toujours par la pénurie et le meurtre, le pouvoir et la répression. Bref, que ce serait avec ce rapport même entre les gentes et aux choses qu’il faudrait rompre – si toutefois on a envie de sortir du long ruban à mouches d’extermination et de destruction qui fait notre mémoire traumatique.

 

Concernant les fameux médocs, ça m’attire toujours l’œil, sachant que plein de transses comme mézigue ont eu, ont, auront recours, ici et là, à ces excellents "faux" produits indiens qui passent par le Vanuatu ou toute autre plate-forme. Et que tant mieux, en l'état des choses. Encore une fois, je n’entre pas dans le farfouillage de tout ce que ça implique. Á chaque fois ça nous amène vite à la critique de nous-mêmes comme sujets sociaux. Et là, zut, on va pas commencer par nous ! Mais voilà, ça m’énerve de lire les vertueuses indignations économico-citoyennes qui ne savent même plus toujours où elles couchent et avec qui, désormais qu’elles font du gringue à l’état et à la répression contre les « excès » d’un monde qui ne peut tourner que comme ça. Ou être brisé.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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