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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 08:37

Nan mais c’est vrai qu’il y a des fois que le cynisme est un tantinet plus cynique, et ce tantinet est la goutte qui… Ce qui d’ailleurs indique la masse et le volume déjà pris par les couleuvres que nous avons du avaler (là je cause en tant que travailleuse du sexe).

 

Bref, à Lyon, les « arrêtés anti-putes » sont déjà une vieille tradition. Je suppose que ce n’est pas qu’à Lyon d’ailleurs. La cible préférée ce sont les nanas qui bossent en camionnette. PV et fourrière à répétition, avec de petites gâteries en sus dans l’application, bien odieuses. De toute façon le but est de les faire disparaître, et les édiles s’appuient sur les deux piliers pourris que sont l’opinion publique (« vous couchez avec nous, vous votez contre nous… »), et le sacro-saint principe que le sexe payant c’est le mal absolu, la négation de la « dignité », etc etc. Non mais c’est pas une blague, c’est un principe de droit qui est au dessus de toutes les lois de détails, une référence à un absolu, quoi.

 

Bon, donc, l’autre lundi, rebelote, re-arrêté qui interdit les camionnettes quasiment dans tout Gerland (une partie du septième arrondissement, où les nanas se sont repliées après leur éviction des quartiers derrière Perrache il y a quelques années). Alors, déjà, ce qui est drôle, si on veut, dans ces arrêtés, c’est qu’ils n’osent jamais dire ce qu’ils visent. Jamais vous lirez un arrêté de ce genre où le mot « prostitution » sera écrit noir sur blanc. Tellement il faut pas que ça existe de toute façon. Nan. C’est marqué « les camionnettes servant à une activité », point. Mais évidemment, comme le disait il y a quelques mois le préfet du Rhône devant une foule en rut de haine hypocrite qu’il avait lui-même convoquée et chauffée, « les policiers savent bien faire la différence entre une voiture de plombier et une de prostituée ». Ah ben ça… C’est marrant, ça fait penser à la loi sur la burqua officiellement motivée par des « raisons de sécurité »…

 

Mais en plus, là, personne avait été avertie ! Les flics débarquent, y a un arrêté, hop fourrière. Et le gonze qui a signé cet arrêté, eh ben c’est mon cher ami Touraine (Jean-Louis, pas confondre avec Marisol), député PS et adjoint au maire.

 

Alors Touraine, je l’adore. Il a un coup inimitable pour, à chaque fois qu’on le voit et qu’on lui indique une iniquité énorme qu’on lui a déjà signalée trois fois les trois années précédentes, te regarder avec des yeux pleins de commisération et pour proférer, d'un ton lui aussi impossible à rendre : « Non ! Qu’est-ce que vous m’apprenez là ! ». Il est génial dans sa capacité de faire comme s’il avait oublié.

 

Rapport à la politique antipute et monsieur propre de la ville de Lyon, il n’y a que quelques mois qu’il protestait ne jamais vouloir signer de son nom virginal de tels arrêtés. Évidemment, comme disait Clémenceau, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». Là c’est sa signature qui est au bas de la feuille.

 

Bon, on aurait tort de s’en étonner. Bien sûr.

 

Une autre fois, il m’affirmait aussi qu’il ne serait en rien dans les sombres projets de criminalisation des clients à la suédoise, que fourbit le « think tank » soi-disant féministe du PS (sont pas les seuls à y songer mais ce sont les seuls à pouvoir arriver au gouvernement). Et même que ce projet n’existait pas. Tu parles Charles ! Rien que cette négation indique très certainement qu’il existe, et qu’il a le nez dedans. Je l’avais admonesté, lui rappelant que c’était déjà un désastre dans les pays du nord (hypocrisie multipliée, retour en force du proxénétisme, violences sur les travailleuses du sexe…), et qu’à l’échelle d’un pays de soixante dix millions d’habitants ce serait un carnage (un de plus il est vrai).

 

Mais bon, les batteries se dévoilent désormais, avec les évocations aubriennes de la « société du care », qui sera visiblement surtout une société de la malveillance institutionnelle renforcée et de l’enfermement des plus faibles (les autres auront toujours les moyens d’y échapper) dans les rets d’un « bien-être » obligatoire dont les premiers aspects prévisibles fichent des frissons dans le dos. La petite murène vous prépare d’ailleurs un papier là-dessus. Mais nul doute que le haro sur le sexe payant (et consécutivement la bénédiction infinie sur le sexe bénévole, qui comme chacune sait est un océan de félicité et de douceur…) sera une des premières mesures. En outre ça aura l’avantage de pas coûter cher. Les flics sont déjà là, grâce à la droite, et les putes interdites pourront toujours s’inscrire au rsa. Et devenir « aides à la personne » (y a trop de caissières !).

 

En attendant, la « société du care » commence à la fourrière municipale. On a les incubateurs qu’on mérite.

 

 

 

La petite murène

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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