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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 13:06

 

Ah ben je l’avais pas poussée, celle là, depuis qu’autour d’une vieille table en bois vermoulue, dans une forêt ariégeoise, nous avions fait écho à l’une d’entre nous, qui avait ainsi résumé son ras le bol du monde positif et bienveillant.

Fuck Off !

Il n’existe rien de non récupérable, et c’est majoritairement nous-mêmes qui nous récupérons. Cette exclamation a fini, comme bien d’autre, par héberger en son giron les œufs des bien-pensances et bonicolité, moindre mal et meilleur des mondes. Pas grave. No ©.

De plus, ce qui me le fait mugir, en ce jour glacial, dans le garage où je végète, fait partie des anecdotes, de la variété prodigieuse des petites sales blagues du présent.

Carrément, l’édito du Monde d’an’hui, enfin de ce soir en kiosque, eh ben c’est « la guerre au sucre ». Allez y voir si ne me croyez pas. Le sucre, péché radical, comme la graisse, comme le salé, comme tout ce qui est bon.

Ce qui me fait marrer, c’est à quel point le monde de la valeur et du capital finissant ne sait plus où donner de la tête pour boucher les innombrables trous de contradiction qui le percent, et par où nous sommes d’ailleurs précipitéEs dans le vide.

Pasque le plaisir, c’est tout de même un vache de moteur de la conso et de la croissance. Je peux même pas imaginer le chiffre d’affaire qui est fait avec les bonnes choses toutes préparées.

Ah mais voilà, dans nos pays où on a inclus la médecine pour touTEs, une nouvelle contradiction interne est apparue. Beh oui : les services, ça crée pas de la vraie valeur, en fait, ça ponctionne toujours sur le surplus de la production de biens solides, laquelle menace déroute. Et bref ça coûte cher, ça rapporte pas assez.

Et comme il n’est évidemment pas question de remettre en cause nos vies coincées dans des petites boîtes, qu’on appelle à juste titre logements, dans les entassement infiniment salubres des villes et banlieues, ni l’empoisonnement généralisé par les innombrables produits et méthodes utilisées pour doper la productivité, agricole notamment – pareil, ce serait la fin du progrès, de l’économie et de ces belles choses dont nous mesurons chaque jour les bienfaits - eh ben il ne reste plus qu’à se rabattre sur les mauvaises pratiques des pécheresses que nous sommes. En se demandant quand même, à la marge, comment ne pas plomber l'industrie sucrière. Ah, le monde cornélien de la valorisation qui coule : qui jeter à la baille d'abord ?

Ce qu'illustre cet éditorial sans aucune vergogne. Montrant par là même que ce monde a définitivement perdu la tête, se dévore lui-même à la petite semaine.

Il appelle d’ailleurs sa suite : la pub pour la production bio, les « alicaments », convenablement valorisée. Comment vendre une fois et demie à trois fois plus cher - car ce qui importe c’est que ce soit vendu – des produits aussi insipides et même quelquefois plus, engendrés par la même machine agro-industrielle, réglementés avec leur taux marginal des poisons sus évoqués, adornés du petit logo.

L’autre jour, je me suis étouffée en lisant, dans je ne sais plus quel quotidien, un article sur une amap parisienne, où il était dit que les gentes (celleux qui ont de quoi, bien entendu) faisaient une sacrée queue pour être serviEs, en bons produits bien sains.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec les queues qui se sont formées devant les bureaux de l’état-civil new-yorkais, il y a quelques mois, le matin de l’ouverture du mariage à tout le monde.

Un certain Ivan Illich, parmi d’autres, avait pronostiqué il y a quelque cinquante ans que la course à l’abondance, à la richesse, produirait essentiellement des besoins et de la misère. On pouvait déjà s’en convaincre en voyant le prix payé pour la fragile prospérité d’une partie de la planète par l’autre partie, qui va croissant. Mais cela finit par se manifester jusques dans les singeries des provisoirement moins pauvres que nous sommes, agrippéEs à ces "acquis" qui se liquéfient petit à petit en pourriture dans nos mains crispées ; nous sommes tout à fait disposéEs à faire la queue, longuement, à réaliser avec quelqu'enthousiasme cette propriété de la pénurie, pour des biens ou de la reconnaissance un peu plus au top. Sans que cela ne nous interpelle - ça c'est le boulot des fliques. Nous éspérons juste échapper encore quelques mois, quelques années, à la dévalorisation qui nous poursuit inlassablement. "Cours camarade..." a mué, devant les guichets de survie matérielle, sociale, légale, en "Encore un moment, monsieur le bourreau..."

 

Nous avons perdu en même temps la mémoire, le jugement, le sens des réalités et celui du ridicule.

 

En échange de conseils sanitaires et de hochets existentiels.

 

Fuck Off de nous-mêmes, tiens !

 

 

 

Murène tectosage

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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