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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:34

 

La petite murène contemplait somme toute placidement, depuis quelques temps, le grand numéro du cirque de l’indignation minutée autour des abus sur les mômes commis par les clercs catholiques (n’y a-t-il que les catholiques qui abusent ? mh bon…). Placidement. Rien de nouveau sous le soleil. Le sport habituel qui consiste à réchauffer sur le gaz un mal absolu, et à l’expédier à son voisin comme une patate – puisque c’est à ça que se résume de plus en plus souvent ce qu’on appelle encore quelquefois la « politique » ou le « débat ».

Et puis ce qui est terrible, c’est que dans de pareils concerts d’inculpations et de disculpations, il devient rapidement impossible de dire et même de penser quelque chose d’intelligent. Tant il est vrai qu’on ne peut pas créer son monde. On est emportée par la bêtise et le surenchérissement comme par un glissement de terrain. Il ne reste même plus d’endroit qui échappe au débat. La terre entière se met à trotter au rythme du mille-pattes.

C’est le sentiment de la petite murène ce matin, en lisant les dernières déclarations d’un âne rouge de la Curie, d’une part, et les couinements indignés de touTEs les vertueuXses citoyenNEs LGBT, d’autre part. Deux fois elle a essayé de poser le truc, déjà, et deux fois ça lui a échappé totalement, tellement ce  tumulte coule à travers les doigts et les grilles d’égout dans l’insignifiant et l’indifférencié. Tellement il n’y a rien à en garder ni tirer en l’état.

Et pourtant nous y sommes, et pourtant cette cacophonie parle du réel. Et ça fait peur.

 

Comme d’habitude la petite murène voit et lit d’abord, dans toutes ces lignes, ce qui sous-tend. Ce qui n’est pas discutable, ni pour les unEs ni pour les autres. L’enjeu. Au nom duquel on s’étripe. C’est une déformation propre à la myopie des murènes ; au lieu de porter fièrement leur regard au loin, vers le riant avenir du progrès et de l’hygiène par exemple, elles louchent sur ce qui est très proche, si proche qu’on ne le voit plus, qui nous rampe dessus si on ose dire.

 

« Nous ne sommes pas ce que vous êtes », voilà la corde que font obstinément vibrer les parties en présence. Et ce que vous êtes, c’est les ennemiEs du bien. De quoi est donc ce bien inamovible ?

 

Déjà être de son époque. En profiter au maximum tout en en évitant et même en en anathématisant les conséquences, externalisées comme des méfaits inexplicables et honteux. Personne n’est plus de son époque qu’un cardinal rubicond ou unE militantE lgbt. Peut-être unE lgbt chrétienNE mais ce n’est pas sûr. Personne ne défend mieux que touTEs ces gentes la bonté intrinsèque de la sexualité comme pilier de la vie, ou encore celle de pondre maints lardons, outres de sentiment et d’espoir, de justification sociale et autres illusions diverses, pour leurs parentEs comme pour la communauté humaine tout entière. C’est au contraire, et comme toujours, la concurrence effrénée pour incarner le bien, avec les inévitables croche-pieds qu’on se décoche dans la bousculade. Parce que bousculade il y a, tout le monde voulant s’engouffrer dans un idéal qui s’avère plus étroit dans les possibilités de sa réalisation que ne le proclament les doctrines.

(Dans cette catégorie, l’argument le plus stupide a sans conteste été celui des cathos progressistes, gentes très peu sexistes qui estiment que chacun devrait pouvoir posséder sa chacune : le célibat (lire la frustration des besoins élémentaires de l’homme) entraînerait les viols sur les mômes. C’est donc fou le nombre de pères de famille qui sont dans le besoin. Je rends grâce à ma copine Le Doaré d’avoir elle-même, dans son blog, affirmé son scepticisme envers cet effroyable foutage de gueule. En tous cas, pour une fois, je suis d’accord avec Vatican…)

 

On comprendra bien, au lire de ceci, que la petite murène se refuse absolument à entrer dans le sondage de « qui c’est les vilains ». Vu que les abus sur les mômes, et sur bien d’autres d’ailleurs, n’ont pas l’air d’être une spécialité locale ni sociale. Le rapport complètement tordu envers les enfants, à la fois souffre-douleurs et garanties existentielles, peut difficilement amener autre chose. Que ce soit de la part de curés à boys-scouts ou de parents pathologiques (ce qui est généralement un pléonasme). Surtout dans un monde obsédé par l’assouvissement sous toutes ses formes, et réticent envers toute forme de limite qui ne serait pas matérialisée par les coups de trique et la réprobation citoyenne.

 

On en obtient donc un vacarme et une ruée particulièrement abasourdissants sur les bonnes places, celles qui innocentent et justifient. Comme celles des « bons parents », qui comme le récite l’apgl dans Têtu, se fondent sur « l’amour et le respect de la dignité » de leur progéniture. Ce qui fait doublement rigoler. Primo parce que c’est très précisément le même credo que celui des cathos (et somme toute d’absolument toute la société, à l’exception de quelques obscurantistes qui auraient des vues précises). Secundo parce que ces sentiments imprécis ont rarement protégé qui que ce soit, et couvrent volontiers toutes les insanités, à commencer par la mauvaise foi assez générale qui préside à bien des enfantements. Et enfin, évidemment, parce que ce monde n’est plus qu’un truffis de terreurs et d’angoisse déroutées par les désastres et violences qui sont encouragées par les valeurs sociales en vigueur (1), que personne ne veut aller trifouiller.

Mais comme d’habitude quand on veut couvrir ce genre de malaise, on en rajoute dans la vocifération. Ce qui vaut évidemment tout d’abord pour l’Église catholique en plein délire, qui essaie désespérément de refiler sa patate brûlante à la première population disponible. Mais n’est pas moins perceptible dans l’angoisse de tous les autres qui crèvent de trouille de se voir désignéEs comme perverSEs. Ce qui aboutit à un concert de stupidités hargneuses, d’accusations et de reniements.

Ce dont somme tout on a bien l’habitude, dans notre monde pavé, bardé, tuilé d’irréprochables intentions.

 

Que dire, donc, que dire… sinon une fois de plus qu’il y en a marre de ce monde d’amour, d’enfants, de désirs, arborés comme des reliques en procession. Il y en a marre, peut-être – mais aucun espoir de sortir de ce nougat qui fond indéfiniment sur un radiateur. La petite murène a une fois de plus le sinistre sentiment que ce monde de scandales répétitifs et éphémères, où rien de fondamental ne peut être remis en cause, ce monde où on se prend tellement au sérieux, ce monde où l’activité principale est la réclamation, eh bien que ce monde gît effectivement au fond d’un vieil appartement déserté, sur un radiateur qui chantonne tristement, et y fond doucement. Et que nous n’avons aucune chance de voir jamais la fin de cette prudente liquéfaction. Qu’on ne va pas en sortir et mourir dans cette glu nauséeuse. Impression d’une gigantesque marée de glu, sur la couleur de laquelle on ne se prononce pas, et dans laquelle meurent lentement les murènes, les oiseaux, les calamars et bref, toute la faune… De glu idéologique et lanterneuse qui imprègne et pénètre tout, au point de ne plus pouvoir rien reconnaître.

 

La petite murène vous quitte sur cette constatation un peu désespérée. C’est affreux de se dire qu’on va mourir dans un monde pareil !

 

 

 

  

(1) Évidemment, les abus sur les mômes ne datent ni de l’idéologie de l’amour moderne (XVIIIème siècle) ni de celle plus récente des « libérations » de tous ordres. Il suffit à la petite murène de feuilleter du bout de ses moignons de nageoire les Mémoires de Pierre de l’Estoile, par exemple, magistrat parisien de la fin du seizième siècle, pour y voir registrée une belle kyrielle de « viols par ascendants »… ou par curés. Déjà. Ça semble plus lié au patriarcat, et à la vieille passion pour la sexualité qui va avec. Et sans doute aussi au rapport de pouvoir envers les enfants. Mais on se fourvoie fréquemment à chercher le sens des choses dans les chiffres. Alors qu’un peu d’esprit de suite y supplée activement : un monde qui valorise l’obsession de la sexualité comme source de valeur est enchaîné aux violences à caractère sexuel. De même qu’un monde qui cherche à accumuler multiplie l’exploitation. Et ainsi de suite.

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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