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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 10:39

 

 

 

Quelque chose qui file comme de la guimauve cuite et ne cesse jamais de vous atteindre, lorsque vous êtes ou avez été une référence quelconque du support ou de la militance trans, ce sont, outre les inénarrables demandes d’étudiantEs attardéEs qui croient que ce sujet va encore être susceptible d’épater leurs profs et leurs condisciples, les propositions d’émissions de télé.

 

Je trouve pour ma part que ces dernières offrent une excellent illustration du capitalisme contemporain, et de ce dont je cause avec mes petitEs camarades de la critique de la valeur. Comment arriver à retirer encore un peu de fric, de valeur ajoutée, en raclant tout ce qu’on peut de ce qui était encore quelque chose d’humain, de bêtement humain, avec ses tristes insuffisances et ses noirs recoins.

 

Ainsi, je reçois le topo d’une émission future sur les… secrets de famille. Bon, d’ailleurs, soyons claire à leur place, ce qui les intéresse, c’est nettement des choses à la fois horribles et intelligibles, qui vont aller de viols, ça ça fera toujours recette, à peut-être quelques trucs un peu plus subtils, peut-être des jumeaux mortEs, ou quelque chose comme ça…

 

Évidemment, que l’on envoie ça à une référence trans, suppose bien cette certitude avide que la transitude est nécessairement ou probablement du moins liée à un trauma sinistre dans l’enfance. Entre ça et les gènes, on a un beau bac à sable où s’ébattre.

 

Les socio-militantEs ne font pas mieux, quand elles rabâchent gâteusement et tout aussi avidement que l’on est pute parce qu’on a été abusée ou maltraitée. Si on leur arrachait cette certitude causale, on a l’impression qu’elles en créveraient sur place.

 

Mais, surtout, on voit à quel point l’industrie médiatique et culturelle fait son profit de tout, déterre allègrement n’importe quoi dont quelque managerE suppose que ça va rapporter quelqu’audimat, quelque matage de pub en plus. Il serait naïf de supposer une autre raison. Et le pire, c’est qu’il arrive par contre que, non seulement les cobayes qui vont comme on dit témoigner, mais même les réalisateurEs s’imaginent, elleux, faire œuvre de recherche…

 

L’émission en question, bien entendu, ne se veut pas sensationnaliste du tout. De nos jours, il n’y a plus de sentationnel voyons. Nan nan on cherche juste à vous faire dire en direct que tonton vous a mis la main entre les cuisses, c’est pas sensationnel du tout (d’ailleurs, le pire, nan, c’est pas sensationnel tellement c’est banal, en notre époque de rut permanent – mais il ne faut pas non plus dérouter les spectateurEs, comme je le disais, avec des histoires trop fines…).

 

Il y aura la brouettée désormais indispensable de spécialistes – dont, je note, unE psychogénéalogiste.

Et c’est là d’ailleurs que je me suis faite une remarque.

 

Ce même jour, sur Yagg, un article déplorait « le manque d’études » sur les « jeunes lgb ». Ouais… Pour ma part je tiendrais plutôt à joie de n’être justement pas un objet d’étude. Mais il appert que, de nos jours, exister suppose être placé sous la loupe ou le microscope, ou bien au contraire loin devant le télescope, où vont se succéder ces fameuXses spécialistes. Et que ça va nous apporter plein de reconnaissance d’une part, d’avantages de l’autre, parce qu’on, oui on, ce « on » qui est probablement un globiboulga indistinct de sociologues, d’hygiénistes, de travailleurEs sociales et de nous-mêmes, on donc saura ce qu’il nous faut.

 

Pasque venu de soi-même, par soi-même, dans un monde où les tentatives personnelles sont devenues à la fois moralement suspectes et matériellement comme légalement impossibles, au nom du « bien commun » - ben non, ça vaudrait rien. Il faut que ça passe déjà par tous plein de rouages traductifs pour que ça prenne valeur.

 

Il va de soi que si on suggérait à touTEs ces fonctionnaires et associatiFves, qui défilent sans doute régulièrement contre la privatisation de leurs activités, qu’ellils font en fait partie du même dispositif de production de valeur sociale et monétaire que les émissions ci-dessus évoquées, ellils en seraient choquéEs. Et pourtant. Les unEs mènent aux autres.

Et ne mènent pas seulement ; service public ou marchand, même logique : rien ne doit échapper à la machine à caguer des heures de travail, et de la certification officielle.

 

Je n’ai pas assez de révérence envers les petitEs zombies qui sortent des écoles d’audiovisuel pour croire qu’ellils ont été renduEs capables d’autre chose que de dénicher les truffes que leurs collègues n’ont pas encore mises dans le rata. Non, il leur faut justement cette admirable recherche qui, en quelque sorte, engendre les truffes. Et, donc, outre le contrôle social toujours plus étroit que nous réclamons désormais nous-mêmes, les « minorités », en échange de quelque reconnaissance civile, les dites recherches produisent de la matière pour l’industrie de l’émotion.

 

Leur principe commun : tout mettre en lumière, tout propulser sur le devant de la scène, tout utiliser enfin.

Et comme nous sommes demandeuRses... ca ne risque guère de se tarir. On ira nous-même, avec scalpel et lampe frontale, au plus profond de nos histoires, pour ramener bravement tout ça au pot commun, qu'on en fasse enfin quelque chose ! Puisque la croyance commune est que seules les institutions et les communautés peuvent et doivent porter les histoires. Foin des personnes, à qui ont été retirés depuis longtemps légitimités et moyens.

 

Trop classe. Et significatif. Les « recherches » et « enquêtes », philanthropes et humanitaires, n’échappent pas mieux à la machine sociale que les émissions de télé. Les deux relèvent d’une logique commune : connaître, révéler, projeter. Ne rien laisser gambader inutilement. Et si possible en tirer quelque valeur, quelque reconnaissance. En bloquant, justement, toute autre possibilité de reconnaissance. En se répandant sur tout le terrain social, puisque pour survivre il faut désormais toujours croître.

 

On aurait juste envie de dire « bas les pattes ! ». Mais pour cela il nous faudrait avoir gardé une forme de liberté, d’indépendance, peut-être aussi d’imprévisibilité. Ne pas être déjà de puis longtemps au milieu même de la guimauve qui nous digère.

Il ne s’agit plus de pattes, voilà ! Pour échapper à cela, pour autant d’ailleurs que nous le voulions ou le puissions, il faudrait pouvoir partir, se retirer. Grave question, d’ailleurs : où ? Probablement que cet « où » n’est pas (que) géographique. Il nous faudrait en finir avec la reconnaissance sociale… Abdiquer la citoyenneté des hochets et des carcans. Si possible est encore. Si il n’est pas trop tard en nous-mêmes pour s’arracher…

 

N’empêche, les chercheurEs et les téléastes sont une belle vérole – même si on l’a attrapée plus ou moins consentantEs… PersuadéEs en fait de leur nécessité, de leur inéluctabilité, comme de celles de l’économie ou de la politique…

 

On s’est foutuEs dedans sur le nécessaire. Ni plus ni moins que tout le monde, du reste. Et on se retrouve dans la même guimauve.

 

 

 

La merle blanche

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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