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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 11:35

 

 

Encore une personne qui est passée de l’autre côté, celui qu’on peut quelquefois envier. J’ignorais jusqu’à son nom et au rôle qu’elle avait joué, à un moment crucial, lorsque ce fut la lutte « finale » pour la liberté d’avorter, qui n’aboutit alors qu’à une loi de tolérance, et à un écheveau de limites fort étroites. Reprise en main politique et médicale versus autonomie des nanas. Et voilà pourquoi on a aujourd’hui quatorze semaines, pas plus, et une loi sur l’avortement dont le préambule est pro-life…

Je cite : « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. »

Art. L. 2211-2. - Il ne saurait être porté atteinte au principe mentionné à l’article L. 2211-1 qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par le présent titre. »

Oilà…

 

Revenons à pupuce décédé. C’était un homme. Un cinéaste. On a aussi perdu Roussopoulos, de nos jours le choix médiatique sur la question se joue souvent entre des hommes, tradis comme Patrick Jean, néos comme Carré. Ils me font triper ni l’un ni l’autre. Je vais pas rentrer non plus dans le vieux débat sur féminisme, proféminisme, où j’ai déjà donné mon avis, où une petite phrase lapidaire a aussi bien cadré la question (devinez laquelle)…, où on peut répondre de diverses manières à la question récurrente : « Je suis une femme, pourquoi pas vous ? ». J’ai noté depuis longtemps que ça se bouscule pas au portillon pour transitionner dans le sens mtf, à proféministlande. Peut-être finalement, je m’en rends compte, pour de bonnes raisons. Je suis moi-même bien moins sûre aujourd’hui des tenants et aboutissants de l’affaire que j’ai pu l’être autrefois…

 

Mais bon, voilà, dans un coin de nécrologie, j’apprends qu’un Charles Belmont est mort, septuagénaire. Ce Charles Belmont fut le réalisateur d’Histoire d’A. Ça vous dit-y quelque chose ?

 

On ne le passe plus jamais, même dans les rencontres sur l’avortement. Peut-être pasqu’il y en a moins de copies que de « Regarde… », ou autres films un peu plus récents. Si vous faites une recherche sur Google, ce qui est, à défaut d’intéressant, un bon moyen de voir ce qui passionne les contemporainEs, vous aurez le plus grand mal à el trouver une référence. C’était déjà une rareté en fait à sa pleine époque, début des années soixante-dix. Une rareté que les flics s’arrachaient, mettant des embuscades pour choper les copies qui allaient à tel ou tel endroit. Le film était « interdit », par la volonté première de la charogne de Druon, pseudo-historien, alors ministre de je ne sais plus quoi, et qui n’était déjà pas très fraîche à l’époque.

 

Mais n’est-ce pas aussi parce qu’il promeut une vision de la liberté d’avorter qui n’est plus celle d’à peu près personne aujourd’hui ?

 

Il montre, sans chichis, sans dramatisation, un avortement, choisi, hors milieu médicalisé, des nanas qui entendent bien garder la maîtrise de la chose, des personnes, quoi. Toutes choses qui doivent faire lever le poil aux modernes, qui ne voient le salut que dans la loi, le contrôle et l’ordre médical.

 

Histoire d’A. Pied de nez à l’affligeant Histoire d’O, vous savez, là aussi, ce film qui fit une si belle carrière, et où l’on apprend combien le « consentement » et même la demande des humainEs dans un monde d’injonction au travail et au cul voisine facilement avec leur anéantissement… Au-delà même du pouvoir d’autrui, déjà redoutable, il y a l’effrayante haine de soi, bouteille qui gicle sans fin.

 

Une amie, de la génération d’avant la mienne, me raconta souvent l’épopée que représentait une projection de ce film. Dans sa ville, un soir, on l’attendait. Patatras, les flics ont arrêté les porteurEs sur la route, copie confisquée. Le public, mixte, se forme alors en manif. Sans résultat. On se promet de revenir gueuler le lendemain pour récupérer le film ou au moins faire chier suffisamment. Oh surprise, le lendemain la manif est non-mixte. Pas du tout décidée, la non-mixité, seulement les mecs se sont défilés. Et des cars de flics attendent. Lesdits flics chargent sans ménagement les nanas en colère, les tabassent studieusement. Nombreuses factures et traumas. On rigolait pas avec la fertilité nationale en ce temps pompidolien.

 

Et je rappelle incidemment, encore une fois, que l’avortement n’est toujours ni libre, ni dépénalisé dans notre charmant pays. Démédicalisé et aidé et/ou hors délais imposés, la trique pénale et sociale, boum !

C’est marrant, aucun, mais aucun communiqué, aucune initiative féministe, depuis je ne sais combien d’années, ne conteste plus le carcan qui est imposé aux femmes de ce côté-là. On ne s’aventure pas plus loin qu’à réclamer « l’application des lois ». Sans se rendre compte qu’une loi de tolérance est par sa nature même vouée à sa propre extinction, par sa disposition générale de dérogation, comme par l’attitude qui la sous-tend. Les lois de 75 à 01 ont été votée avec l’arrière pensée que l’avortement est fondamentalement un mal, une « contraception ratée » au mieux, et que tout doit concourir à sa disparition.

Ah ces maux sociaux, comme le travail sexuel… Qui doit aussi disparaître, nous disent celles qui savent pour les autres, après avoir été lui aussi toléré.

C’est quand même une drôle d’époque, bien significative, que celle où des féministes usent de la restriction et de la tolérance envers des nanas… Tout le monde, désormais, a intégré l’idée que nous ne saurions être libres sans dommage. Dommage pour quoi, là est la zone aveugle. Que veut-on protéger en nous gardant de nous-mêmes ?... je dis bien « que », parce que je ne crois pas un instant la bonne blague que ce soi « qui ». Et ce « que » suppose qu’il s’agit d’un fonctionnement, d’un idéal, d’un fétiche comme disait le vieux Marx, plus que d’un « intérêt ».

 

Alors voilà, au milieu de tout le vacarme, je songe à celleux qui ont réalisé ce film un peu oublié, et à l’importance que ça a eu pour des tas de nanas, en cette époque là, et aussi pour des mecs – les groupes de réflexion et de pratique de l’avortement étaient souvent mixtes. Et on reculait moins devant la stérilisation. De l’eau a coulé sous les ponts…

 

Pour la liberté et l’autonomie de l’avortement (et de bien d’autres choses !)

 

 

Plume

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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