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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 12:33

 

 

 

 

Vous avez sûrement remarqué. Depuis quelques années, maintenant, un nouvel élément de code, disons de manière de dire une chose sans la dire trop nettement, est apparue dans notre sympathique petit monde. L’astérisque. Accolée à « femmes ». Á hommes pas, enfin j’ai pas encore vu ; on ne se définit pas volontiers comme hommes chez nous et c’est très bien ainsi.

 

L’astérisque, on va faire vite, hein, ça veut dire trans. Quand il n’y a pas d’astérisque après femme c’est bio uniquement. Quand il y a astérisque les f-t’s sont tolérées.

 

Au début, l’astérisque appelait une note, qui expliquait, en général « toute personne qui se définit comme ». Nouzautes sommes des femmes qui doivent être expliquées. Et même encore plus souvent qui doivent s’expliquer, pour rester dans l’euphémisme.

 

Mais j’ai vu plusieurs fois, récemment, des astérisques sans note. L’astérisque juste, qui indique en elle-même quel genre de femmes vous risquer de trouver. L’astérisque, en quelque sorte, sous-entend « à tes risques ». Pasque pour parler franc nous sommes un risque, nous sommes toujours un risque, un gros risque commercial que le mouvement féministe inclusif a eu la générosité de prendre, des fois.

 

Alors, hein, qu’on la ramène pas en plus quand on se sert de nous, qu’on nous exploite ou qu’on nous maltraite. On a été déjà bien gentilles de nous laisser entrer dans un coin. Comme je l’ai fait remarquer récemment, après l’avoir remarqué dans la vie durant des années, le genre, chez nous, c’est pour la galerie et les interviews. C’est pas ça qui compte en vrai. D’où, entre autres, l’astérisque. Warning.

 

Les mots sont importants, comme s’est intitulée une de nos entreprises d’attribution du malheur social. Tu parles, je ne te le fais pas dire. Ils sont tellement importants, visibles pour tout dire, qu’il a fallu désormais se réfugier dans les signes typographiques pour signifier une alarme, quelque chose qui doit absolument être vue et tout aussi absolument peu explicitée.

 

Et comme d’hab, qu’avons-nous fait, nouzautes ? Ben on se l’est réappropriée. Non contentes de la subir, ben tiens, autogestion, on va se l’infliger nous-mêmes, comme ça ça passe du côté acceptable du politique, et ça évite en même temps de secouer de fond en comble l’ordre militant et identifiant, pasque faut pas rigoler, si on perd nos relations chez les nanas bio on est mal.

 

Le désir consensuel d’être intégrées au jeu des vraies grandes personnes, au monde tel qu’il est quoi, nous conduit, comme il conduit n’importe qui d’ailleurs et de n’importe quel statut pourri, à tous les consentements.

 

Donc on arbore l’astérisque qui nous a été imposée avec fierté et résolution. On a sauvé l’honneur et la socialité ensemble. Enfin des morceaux ; on n’a pas tout perdu quoi. Sursis. Je crois qu’on appelle ça une combinaison gagnante/gagnante. C’est très à la mode. Ça veut dire que quand tu es locataire, ou salariée, ou surnuméraire, ou je sais pas quoi mais de subordonnée et pas vraiment légitime, eh ben tu as cependant intérêt à ce que l’ordre des choses qui te fait telle roule et tourne à fond, pasqu’alors tu as quand même un carambar à la fin. Ou bien juste on ne t’extermine pas, on ne t’exclut pas totalement. Tu n’y perds pas tout, et même de toute façon au départ tu n’étais qu’une crotte, donc quelque part, hein, tu y gagnes ! L’important, l’essentiel, en société, c’est de ne pas perdre. Quitte à admettre d’être une crotte, puante et suspecte, mais une crotte gagnante.

 

L’astérisque est une matérialisation du marché gagnante/gagnante entre bio et t’s.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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