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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 08:15

 

Il faut bien le dire, un des poncifs que je trouve le plus souvent en feuilletant la petite presse alternote ou en déroulant des sites quelquefois sympathiques, outre la mâle revendication d'être maîtresses (et propriotes aussi) de nos vies – avec évidemment tout ce qui va avec la maîtrise et la propriété que nous ne saurions évidemment dépasser facilement, mais qu'il est peut-être périlleux de vouloir ainsi absolutiser - un de ces poncifs donc est de « rejeter les idées reçues ».

Ce qui implique donc, selon toute logique déductive, que si nous devons nous méfier de la réception des idées, il nous faut à tout prix nous les faire nous-mêmes. Ou bien renoncer à en avoir. Se faire une idée est en effet un leitmotiv fort prisé en un temps où tout gravite étroitement autour d'un soi bien gardé et ombrageux, et où la définition commune du féminisme s'est par exemple réduite à « faire de moi ce que je veux ». Ce qui nous mène très loin du marigot actuel, n'est-ce pas ?


Donc notre grand ennemi, le péril qui nous guette, est de recevoir une idée. Il est rigoureusement prescrit de se les constituer. Il n'est pas moins suavement recommandé qu'elles ressemblent quand même substantiellement à celles de nos copines, mais c'est sans doute un à-côté indigne d'être mentionné.


Se les constituer comment ? En vivant, je suppose. En échangeant. On pourrait dire en lisant mais cela sent déjà le risque de recevoir, d'attraper une idée comme on attrape la coqueluche. D'ailleurs on s'éprend facilement d'idées, elles sont donc notre coqueluche, indéniablement.


Mais même en échangeant, en écoutant, n'est-on donc pas exposée à recevoir ? Pas clair, pas clair. Pasque là entre en jeu une autre de nos propositions réitérées, qui est l'urgence d'une transmission. S'il y a quelque chose qui court dans le milieu comme une inquiétude jamais calmée, c'est bien cette demande de transmission. Suivie généralement par un mouvement tout à fait opposé, parce qu'il est dangereux de recevoir ! Il faudrait donc trouver un moyen que les choses, les expériences, les idées soient transmises sans être reçues, en tous cas pas telles quelles, mais soigneusement broyées et accommodées. Pour qu'on les puisse reconstruire. Ou quelque chose comme ça.


Bien entendu, se pose toujours en corollaire le rôle des idées dans notre mouvement et dans le monde d'aujourd'hui, où elles ont une nette propension à nous posséder, à faire de nous des zombies d'idées sur pattes. Peut-être est-ce pour cela que ce vieux concept historiquement bourgeois, opposé à la tradition, de réticence envers les idées reçues, nous l'avons fait nôtre. Un peu comme la « libre-pensée », dont on se demande bien ce qu'elle a de particulièrement libre. Ce serait un peu un contre-fétiche mis en paravent sur notre fétiche, qui est justement l'idée. Ce serait même la première question à se poser : le rapport aux idées. Actuellement ça relève d'un mix d'aplatissement devant et d'incarnation de ces idées en « nous ». Ce qui est plutôt inquiétant.


En réalité nous ne fourmillons que de ça, comme un cadavre de petits vers, d'idées parfaitement reçues, vérifiées et homologuées. Et que je ne vois pas pas très bien d'où elles seraient issues sinon de cette réception, à très peu près. Et c'est comme ça. Je crois que ça ne fait pas partie de ce que nous pouvons changer. Nous recevons, nolens volens, presque tout ce que nous colporterons nous-mêmes d'idées, de sentiments, de croyances au cours de notre vie. Essayer de nier ou de travestir cela nous mène juste à des contorsions et à des grimaces parfaitement stupides. Nous condamne à un mensonge ou à un semi-mensonge permanent, que nous n'arrivons à gérer qu'au prix effroyable de la négation de toute possibilité de vérité, et par conséquent en participant activement, avec celleux que nous prétendons combattre, à la destruction de la réalité. Sympa.

 

 

Plume








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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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