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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 10:21

 

 

 

Beh voui, nous sommes atteintEs de ce syndrôme dont parle abondamment Rosset (Clément) : nous avons beau voir, revoir et subir les choses, il faut qu’une autorité quelconque, dans le miroir de laquelle nous nous reconnaissions, nous les énonce pour que nous commencions, oh bien rétivement, à y croire. Parce que sans croyance, bernique : les choses, les êtres, nos personnes même ne peuvent nous être présentes que si nous y rajoutons cette sauce.

 

Nous nous voyons ainsi nous-mêmes, et nos proches, sombrer dans la dépendance tout au long de la vie, relative puis totale, dans la démence de moins en moins sénile ; les plus atroces maladies prolifèrent dans nos entourages. Mais non, tout va bien, nous ne sommes plus au moyen âge, déesse merci, ni en Russie, et par conséquent tout va pour le mieux, vers le mieux. On est des bombes à soixante dix ans (d’ailleurs d’aucunEs estiment très pertinent que nous continuions à enfanter jusques au trépas).

 

Ouais. Évidemment ça ne tenait que si on ne regardait pas trop nos familles, amies et connaissances, si on évitait de trop aller dans les institutions sanitaires, les gagatoria et les mouroirs. De scruter les tas de médocs dans chaque logis (d’ailleurs ce serait mal : autant nous prescrivons nous la vigilance, citoyenne ou statutaire, envers les déboires comportementaux, autant nous proscrivons nous la plus petite velléité de jugement ou même de connaissance sur nos anéantissements systématiques).

Ainsi on y arrivait, à découpler l’expérience du réel et la grande voix collective, à gérer le malaise. Á positiver.

 

Pataplof, voilà que le consensus cède, et que la grande voix, l’autorité, la science, la très objective, sensée et bienfaisante science, dont les conséquences nous étonnent depuis trois siècles par leur ravageuse bénignité, eh bien crache la pastille, reconnaît que peut-être on vit plus vieilles… oui mais dans quel état… Ce, de plus en plus jeunes, voire de manière chronique tout au long du parcours.

Et le dit même platement, sans aucune des « perspectives » de guérison ou de substitution qui sont habituellement adjointes pour rasséréner le tableau animé que nous formons.

 

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/04/19/on-vit-plus-vieux-en-france-mais-en-moins-bonne-sante_1687409_1651302.html

 

La science – et cette passion que nous avons à déclarer scientifique tout ce qui nous paraît sympathique ou pertinent. Comme s’il en devait couler, comme des rochers bibliques, du lait et du miel.

Il en a plutôt plu bombes, saccages et asservissements divers, injonctions et impossibilités, démesures et accélérations. Et pour finir nous-mêmes, transfiguréEs.

 

Nous pourrions peut-être nous méfier de ce sceau scientifique qui prétend dérouler la totalité du réel, et reste coincé dans une logique darwiniste et productiviste.  

Nous méfier de cette avalanche de moyens qui nous proposent avec insistance de s’intégrer à nozigues, et se retournent toujours contre nous, d’hormones et autres adjuvants qui nous cancérisent, de prothèses qui nous infectent, de méthodes et d’idéaux qui nous mettent en dépendance.

 

Ah mais on veut continuer à la vivre, à tous prix, jusques au bout pas bien beau, notre croupitude, avec ses standards, ses identités et les moyens de, alors même qu’on en crève (lentement, tout l’art en est là) et fait crever autrui. La seule chose qu’on demande à maman institution et papa état, maintenir le niveau. Et châtier les coupables, les indispensables coupables du naufrage de ce hideux paradis. Qu’on n’ait surtout pas à l’interroger, ni nous-mêmes, innocentEs et de nécessaire bonne intention, cette bonne intention qui nous couvre de son aile ; laquelle, si elle ne nous protège pas de pourrir sur pattes, nous blanchit au moins moralement. C’est toujours ça se sauvé, mourir folles, décrépites, paralytiques, métastasées mais sans reproche. Et même, en quelques sortes, pleines de progrès, glorieuses, comme les trente !

(Á ceci près qu’il faut toujours plus de responsables, puisque, comme dans les Animaux malades de la peste, nous sommes touTEs atteintEs ; et que c'est nonobstant une criminelle anomalie que quelque chose arrive, surtout de désagréable, en notre eden résolu – contradiction angoissante qui ne peut s'apaiser que par cet aspect de la guerre de touTEs contre touTEs où chacunE finit à la fois victime de quelqu’unE et coupable de quelqu'avanie, ce qui a au moins le mérite de booster l’activité juridique).

 

Ce qui m’effraie, c’est la continuité entre le subi et l’agi. On crevait déjà, depuis belle lurette, des accumulations de pesticide de « l’agriculture qui nourrit la planète » (enfin, les zones rentables qui consomment du transformé, quoi). Ou de la marinade dans les poisons divers, dans les murs ou dans la rue. Après tout, hein, si on songe à la silicose des mineurs, ce n’était en quelque sorte que répandis des bienfaits historiques du développement. Mais quand je nous vois, moi la première, avaler joyeusement hormones et autres prods, nous réjouir des plus inquiétants protocoles médicaux, dans une espèce d’attitude suicidaire pour un peu plus tard, un plus tard qui est déjà là en quelques années, ben je me dis, mais c’est incroyable non seulement ce à quoi nous aurons consenti, mais encore ce que nous nous serons fait, en toute conscience. Notre adhésion aux moyens proliférants de l’époque et des croissances les plus diverses, ainsi qu’à la fuite de nos maudits, fatals nous-mêmes.

 

Nous avons juste, finalement, et là je parle de ma « famille » élargie, précédé d’assez peu la proclamation cynique du désastre. Pendues aux cathéters. Voilà la scène sur laquelle nous allons jouer, sur laquelle nous jouons déjà, drôles de pantins. Parfaitement libres, infiniment consentantEs, intensément désirantEs. Cadavres vivantEs. Sursis mobiles, pourvu que nous trouvions nos doses et nos dispositifs dédiés partout où il nous plaira d’aller les promener. Et contentEs de ce, juste un peu pignativEs sur les règles de la distribution, réclamativEs sur l’expertise, ou encore nerveuSEs soudain à l’approche de l’inéluctable.

 

Nous nous sommes faitEs moyens avec enthousiasme, là où on est en général imprégnéE d’oubli ou de résignation. Moyens d’un nous-même parfaitement intégré aux multiplications qui sont l’ultima ratio du futur en conserve.

 

Et on est là, mais on est mal. Quoi de neuf, maintenant que tout est dit ?

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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