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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 13:12

 

 

 

On ne voit jamais ce qui est le plus gros, « comme le nez au milieu de la figure » (sauf quand il vient à disparaître, ainsi que dans la recommandable nouvelle de Gogol).

 

C’est ainsi que je n’avais tout bonnement pas vu le titre du dossier que le Monde consacre à la désormais « question du travail sexuel ». Se méfier, tout de même, quand on devient une question, on est mise à dispo ;  toutE unE chacunE est dès lors prête, vouée, justifiée à arracher son signifiant lambeau de votre peau.

 

« Interdire ou encadrer ». Approche résolument moderne et bienfaitrice, on ne saurait faire que l’un ou l’autre. C’est qu’il faut quand même garder, sur toute activité humaine, non pas un œil, mais les cent yeux immortalisés par La Fontaine, les cent yeux du maître que nous formons, incarnons, métastasons socialement.

 

Il manque cependant cette fois un panneau de la sainte trinité des options, celle qui correspond au saint-esprit (ce doit être le père qui interdit, le fils qui encadre). La libération.

 

Vous me connaissez assez, je suppose, pour comprendre que je ne vais nullement opposer le saint-esprit au père ni au fils. Et encore moins clamer à la nécessaire libération. Tout simplement parce que libérer est aussi une arnaque, une attitude objectivante. Une action extérieure. Une projection bien souvent. Et que ce qu’on libère est alors un signe, un fétiche, un investissement dont on attend rétribution.

 

Il n’est donc pas question pour moi de prôner la « libération » du travail sexuel, ni de quoi que ce soit d’autre. D’ailleurs, on a déjà bien vu dans l’histoire ce que signifiait libérer. Aux êtres réels, imposer la libération, le déchaînement d’une forme qu’ellils devront réaliser. On existe, c’est déjà pas mal ; l’affaire est qu’on ne nous empêche, ni que nous nous empêchions, d’exister.

 

Encore une fois, l’autonomie versus les libérations. Nous n’avons pas à être libérées, ni par les pro-sexe ou les masculinistes, ni par les abos et les prohis. Qu’on nous lâche la doublure, point. Nous n’avons à réaliser les grandes ni les petites attentes de personne.

 

Et – si jamais il en était besoin, se rappeler : « Ne me libère pas ; je m’en charge ». Mais peut-être est-ce là aussi que nous avons manqué d’audace, que nous n’avons pas encore vraiment déserté la cage. Nous nous en sommes chargées, de cette fichue tâche. N’aurait sans doute pas fallu. Il s’agirait peut-être de ne plus se charger des espoirs tordus des unEs ni des autres, d’expulser pour de bon le ténia de l’obligation et de l’identification, enfin de vivre, quoi.

 

Je sais, ce n'est pas simple. Rien ne l'est. Simplification et solutions sont fréquemment des maldonnes.

 

Ces réflexions s’appliquent bien sûr aussi à moult autres choses que le tapin !

 

 

LPM

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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