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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 12:16

 

 

 

J’ai encore reçu aujourd’hui une des ces chiures qui arrivent régulièrement à t’lande de la part de toutes les sociologues, artisteuses, aumonières et missionnaires qui peuplent et parsèment notre triste présent. Là c’était une photographe, enfin quelque chose comme ça, qui se proposait de remédier à notre invisibilité.

 

Je me marre toujours quand des cisgenre, à peu près toujours bien intentionnées, féministes, universitaires et j’en passe, viennent à moi avec un air éploré pour déplorer notre invisibilité, ou invisibilisation, à laquelle bien entendu elles vont remédier dans les plus bref délais et au profit exclusif de leur exotisation. Elles restent généralement éberluées quand je leur rétorque que notre souci est précisément d’être visibles, repérables à cinq cent mètres, selon la jauge automatique de ce que doit être, mesurer, anguler une femme ; et qu’il arrive même que des bio se fassent prendre dans la nasse, qu’elles ont le menton trop carré, les articulations trop perceptibles, voilà qu’on les prend pour des trans, les pôvres, avec tout ce que ça implique de violence sociale de la part des hommes et des femmes.

 

Bien fait.

 

Bref, merci bien, mais nous les f-t’s, pour la plupart, nous sommes bien aises quand nous sommes invisibles, il n’y a pas de plus grand confort au monde. D’autant que si c’est pour nous exhiber comme d’hab en pavois et justificatifs de la transphilie des féministes bio, qui dure généralement jusques au moment précis où nous nous remettons à exister – ah ben là ça va plus, exister et puis quoi encore, t’es vraiment un mec tâ ! – eh bien notre poing dans vos gencives.

 

Puis je reçois un énième communiqué émanant d’une des centrales de la bureaucratie associative trans en rapide développement, une « radicale » - radicale, aujourd’hui, ça ne veut plus dire aller au fond des choses, ça veut dire en réclamer à papa un peu plus que la voisine, et sur un ton plus assuré, plus mâle – la puberté de l’associatif trans ! Mais néanmoins soumis, reconnaissant par nécessité, puisque hein, notre vie ne peut venir que d’en haut, pas de nous-mêmes.

 

Lequel communiqué déplore, donc, que nous soyons des oubliées de la politique gouvernementale. Parmi bien d’autres. Je n’ai jamais rien tant aimé que d’être oubliée de la politique gouvernementale. En général, quand le gouvernement se souvient de vous, c’est pour vous pressurer, contrôler de toutes les manières possibles, et dans notre cas précis soumettre à une nouvelle batterie de critères de reconnaissance (voir à ce sujet les effets éliminatoires de la loi espagnole, entre autres exemples). Et pour vous inclure dans le cheptel obligé de ses innombrables sous-instances, parmi lesquelles, oh surprise, en tous cas elles l’espèrent bien, les assoces trans. Mais leur guili guili obséquieux à papa état n’a rien, mais rien à voir avec les populations qu’elles espèrent bien s’avaler par dispositions sanitaires et sociales, en attendant la pure contrainte de l’État anorexique des années d’effondrement à venir, où il se pourrait bien qu’il confie à l’associatif toujours prêt des prérogatives coercitives sur qui aura le droit de (sur)vivre et d’être reconnue, et qui ne l’aura pas, ça fera des économies.

 

Pensez vous que ce serait pire si le gouvernement oubliait de pourchasser et d’expulser les étrangères, et si nous venions, nous, à oublier de réclamer de faire en tout comme les hétérobio pour nous sentir les bouts de doigt ?

 

Mè non – nous sommes bien décidées à « ne rien oublier et ne rien apprendre », à cultiver la politique du ressentiment et de la revendication de l’identique, bref à aiguillonner la bébête jusques à ce qu’elle nous ait toutes ingérées. Même celles qui ne voulaient pas – non mais qu’est-ce qu’elles font ch… celles là ? Digérées, dirigées, orientées, comme tout le monde.

 

Enfin voilà, tout ça pour vous confirmer ce que je vous ai déjà je crois susurré quelques fois : je préfère largement être invisible et oubliée par qui de droit. Et j’ai la présomption incroyable de croire que pour la plupart de nozigues, les f-trans, comme de beaucoup d’autres sur la planète, eh bien c’est la condition de la vie. Être proches de ses amies et camarades, et oubliées par ce qui ne peut qu’être malveillant et néfaste, là haut comme autour. Et qui sait, l’oublier à tel point qu’il disparaisse. Sans notre participation active, notre file à sa gamelle, le pouvoir n’est plus grand’chose.

 

De manière plus générale, il est assez symptomatique de notre état de résignation dépendante que d’être invisibles et oubliées par les lieux et les gentes de pouvoir doive nous paraître un malheur, alors que c’est un reste d’espace qui nous soit propre, et peut-être une promesse d’échapper au laminoir de la normalisation comme du chantage à la survie.

 

Et on comprendra à quel point j’em….e la malveillance intéressée des bio, les grosses bottes des universitaires, et les filets gluants de la bureaucratie trans. Trois véroles parmi d’autres sans lesquelles on aurait un peu plus d’air. Pas que nous d’ailleurs. Mais occupons nous premièrement de nos fesses. Et gardons nous autant de nozamies bio que de nos bergères trans.

 

 

 


 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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