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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 10:37

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/11/07/une-expertise-sur-l-acces-a-l-avortement-embarrasse-le-gouvernement_3509822_3224.html

Beh wais, je trouve même un peu effrayant qu'après des années de statut quo, où tout le monde a fait semblant d'oublier que les lois sur l'accès conditionnel à l'avortement, en france comme ailleurs, ne l'ont jamais entièrement dépénalisé, et en ont toujours fait un acte scabreux, ce soit la mère Bousquet, qui jusques à présent s’était signalée comme hostile à la dispo de soi-même, et le reste par ailleurs (putes, trans…) qui aujourd'hui propose de bien timides certes rognures aux fameux délais (hors desquels vous êtes délinquante ou criminelle, selon l'achèvement de l'alien) – via la suppression de l’hypocrite « délai de réflexion » qui servait juste à faire sortir un peu plus de nanas des clous temporels légaux en les culpabilisant, un allègement de la médicalisation, ou peut-être enfin une réécriture du tristement fameux préambule pro-vie des lois successives, qui en a toujours fait des lois de tolérance et de dérogation.

Ah je lui en fais aucun crédit. On en a tellement consenti, avalé, subi, que c'est pas glorieux ni pour elle ou sa fameuse commission, qui vient de donner aval avec joie à la clandestinisation renforcée des putes, ni pour nous toutes, qu'on en soit à devoir reconnaître que la situation est tellement pourrie qu'on est obligées de voir là, eh oui, une avancée, un peu comme un minimum social qu'on nous rallongerait quelque peu, quoi.

Mais notre gouvernement va mettre bon ordre à tout ça. La répression galope, mais la dispo de soi, attention, ça ne va pas plaire à la volonté populaire, qui ne sait plus ces jours ci quel retour à l'ordre, aux bonnes vieilles valeurs réellistes, patriarcales, morales réclamer tellement elle s'en redécouvre ; Rousseau is back ; placard donc, la ministre l'a dit d'emblée !

 

Ca en dit long, à mon sens, sur la résignation et l'autocensure où nous nous sommes cantonnées, à bien des égards et des sujets, en croyant bien vainement que de nous montrer "raisonnables" nous protègera en quoi que ce soit du raz de marée réac qui a déjà commencé à nous recouvrir, nous étouffer, nous assassiner. Sans parler de nos camarades qui ont déjà tendu la paluche, quand ce ne sont pas les deux, au parti de l’ordre, et à ses fondamentaux. Non seulement ne pas se refuser, mais se livrer, dans l’espoir évidemment toujousr déçu de « sauver quelque chose » ; vieille recette historique pour tout perdre, toutes y passer, à la fin, fin qui risque d’être plus proche de nous que nous n’affectons d’y croire.

 

 

 

Ci-dessous, un déjà vieux texte, que je n’ai jamais achevé, à ce genre de sujet. Rien de neuf ; mais qu’il y a-t-il de neuf dans nos vies, sinon de nouvelles barrières, internes et externes ?

 

 

Avortement tardif

 


« After Tiller (« Après Tiller ») dresse les portraits des quatre « irréductibles » qui continuent à pratiquer les IVG pendant les 3 derniers mois de grossesse – mais pas seulement sur des bébés présentant des malformations, loin s’en faut – après l’assassinat de George Tiller, pionnier des « IVG » sur des bébés viables, abattu en 2009 par un désaxé. Outre les menaces de mort, « il y a des barrières institutionnelles », déclare à l’AFP le Dr Susan Robinson, peu après la présentation du film à Park City, Utah, où le festival se tient jusqu’au 27 janvier.

C’est « une profession très stigmatisée. Les autres docteurs vous regardent de haut et vous considèrent comme des moins que rien », dit-elle. Susan Robinson travaillait avec le Dr Tiller et s’est installée à Albuquerque (Nouveau-Mexique) après sa mort, avec une autre collègue, le Dr Shelley Sella. Les médecins LeRoy Carhart et Warren Hern complètent le quatuor. Le premier exerce aujourd’hui dans le Maryland, après avoir été chassé du Nebraska et de l’Iowa, et le second a sa clinique dans le Colorado. Tous deux, comme le Dr Robinson, auraient l’âge de prendre leur retraite, mais aucun ne l’envisage.

Le Dr Robinson estime faire un travail de « compassion » qu’elle exerce en s’en remettant le plus souvent au jugement des femmes elles-mêmes. « Si une femme vient me voir, et particulièrement si elle a fait le chemin depuis le Canada, la Californie, la Louisiane ou la France, c’est parce qu’elle ressent vraiment le besoin d’avorter. Elle ne vient pas parce qu’elle a vu la clinique sur le chemin du supermarché. Je ne suis pas en position de juger mieux qu’elles. Car elles connaissent leur vie mieux que moi », assure-t-elle. »

 

Où peut-on lire ce compte-rendu d’un documentaire sur l’avortement dit tardif (mais pré-partum tout de même) ? Sur un site d’assoce féministe ? Vous n’y êtes pas. Pas du tout. C’est sur celui d’une dénommée Jeanne Smits, cathote intégriste, grande pourfendeuse de toute liberté des nanas envers elles-mêmes, pro vie féroce. Je vous fais évidemment grâce de ses conclusions. C’est le seul site francophone où j’aie lu causer de ce film. Faut le faire et ça dit où nous en sommes...


Je constate, je vous l’ai déjà souvent souvent dit, qu’aucune assoce, en france, ne demande plus la dépénalisation réelle et totale de l’avortement. Le compromis de 75, quelque peu toiletté, et qui ne recouvrait absolument pas l’exigence des nanas de l’époque (je ne parle pas ici des représentantes qui ne sont justement là que pour échanger des parts de l’autonomie des autres contre du pouvoir pour elles, ce qui est un des aspects appétissants du système représentatif), est devenu l’horizon indépassable. Moyennant quoi, on doit bien souvent garder l’alien (les commissions d’img étant assez restrictives), où si on a les moyens, ou les compétences, aller le faire vider ailleurs ou le vider soi-même, ou avec des camarades. Ce dernier cas expose à la répression s’il est porté à la connaissance des autorités.


On ne cause donc pas de ce qu’on appelle à la louche les « hors-délai ». C’est devenu un des nombreux tabous ordinaires de notre époque. On nous le dit, on nous l’affirme, l’avortement déjà c’est mal. Les mêmes qui nous disent ça, et qui ne sont pas que chez les anti mais aussi au gouvernement (Marisol Touraine encore il y a peu, Nisand aussi ce jours ci et autres hippocrates qui savent ce qu’est bon pour nous, les bourriques), d’ailleurs, ne disent pas non plus que l’hétérosexualisme, et la sexualité en général, pourraient bien peut-être se révéler une forme de mise en dépendance sociale particulièrement efficace et sournoise. La contraception, surtout orale, c’est bien, on fait pas chier, on fait tourner les labos on est disponibles 24/24 pour pépé – et gratuitement, ça c’est primordial et tout le monde, des féministes aux cathos, vous le dira - on s’empoisonne enfin lentement mais de toute façon, vue la vie qu’on mène, une tumeur n’arrivera pas à retrouver les causes précises de ses métastases dans le cancer qui fera la course avec la dégénérescence neurologique pour nous livrer au cabinet de thanatopractie, le dernier endroit où on fait la queue pour être reconnues comme tout l’monde, et où on va nous faire belles (euh…) histoire de tirer encore quelques thunes de nos vies misérables et confisquées. Rideau.


L’avortement, par contre, surtout tardif, c’est mal. C’est mal de se débarrasser des aliens et de garder une possibilité de vie à soi. On ne cause désormais que de « droit de l’enfant à… ». Ne croyez pas un instant que ce droit recouvre une réelle émancipation des mômes déjà nés. Plus que jamais on est bien décidé à les surveiller de près, ces fauteurs de trouble, et à les claquemurer en famille, en institution, à l’école, en prison pour mineurs. Nan, quand on parle de droit c’est toujours de l’enfant « à naître », où de son « origine ». Ainsi on a eu l’inscription des avortons. Le projet de loi sur la famille semble très soucieux de préserver le « droit à connaître ses origines ». En clair, puisque pépé trempe sa nouille et s’envole, la fin de l’accouchement sous X et le risque à vie, pour les nanas, d’être alpaguées par leurs aliens. C’est marrant, à chaque avancée sociétale, mixte évidemment puisque parité dans l’assujettissement oblige, les nanas se retrouvent à payer les faux frais, se voient rognée ce qui leur restait de liberté.


Gageons donc qu’un de ces jours, pour financer moralement une autre avancée sociétale, on redécouvrira subitement l’incroyablement novateur droit de l’enfant à naître, ce qui permettra de revenir sur les maigres délais et autorisations d’avorter avec la meilleure des consciences progressistes.


Règle : les nanas paient toujours pour tout le monde, les lesbiennes pour les hétéra. Je dirais bien les trans pour les bio mais on vaut tellement peu… Que pourrait-on payer avec nous à présent ? Mais patience, quand on nous aura dévolu quelques droits, fantômes d'autonomies jamais osées et d'emblée confisquées, il sera toujours alors temps de nous les reprendre selon ce schéma.


Notre impayable NVB n’hésitait pas à menacer l’autre jour de sanctions les gynécos qui aideraient des nanas à aller se faire inséminer à l’étranger. Á quand d’ailleurs le pistage des mères sans père ? Á quand celui de celles qui vont avorter dans des pays aux délais plus longs ? Á quand la réalisation modernisée de la caricature de 72 : une flique, une toubib, une assistante sociale et une juge d’application des peines derrière chaque nana susceptible de pouvoir engendrer, donc de mésuser de son cul, de ses entrailles et de ce qui s’y accroche ? C’est de très vieille notoriété, médiévale, antique : les nanas font toujours ce qu’y faut pas, pour elles et surtout pour la tranquillité de pépé. Il importe donc de les surveiller étroitement – et quoi de mieux pour cela que d’autres nanas (comme ça on neutralise, on intègre une partie notable du coût, humain notamment) ? Les pensionnats carcéraux de jeunes filles dévergondées ont bien toujours été tenus par des moniales.


La haine de l’avortement, c’est aussi la haine des femmes qui vivent pour elles, et du féminin en général.

 

Ni mec, ni enfant, ni emploi !

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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