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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 08:32

 


« Yes, I confess ! »

Plague Mass

 

 

 

…pas tellement envie de parler des Femen®, vous l’aurez remarqué. Á trop se pencher sur ce qui fait et occupe l’actualité, qui se pérempte pendant la nuit et est bon à jeter au matin, ainsi qu’on le remarquait déjà au début du journalisme, on attrape des brûlures d’estomac, et le cerveau se met à couler comme un vieux fromage de laiterie industrielle. Aussi bien on se souviendra aussi peu d’elles dans dix ans que de NPNS aujourd’hui. En outre, si je ne partage pas souvent leurs opinions, il arrive au rebours que ce soit le cas, et symétriquement je n’approuve pas nécessairement les arguments sur lesquels leurs adversaires, dans le féminisme s’entend (les autres je m’en fiche un peu), se basent pour les critiquer.

 

Mais malheureusement, je suis tombée, hier, dans la Libre Belgique – qui est un peu le Libé wallon, ce qui en dit assez long sur son goût pour l’antiféminisme et les blagues graveleuses (1) - sur une interview de la lideure du mouvement outre-Quiévrain.

 

J’avais bien compris à quel point les Femen sont normatives, plutôt hétéra, passablement naturalistes, institutionnalistes et paritaristes. Bon ben voilà, c’est, de mon point de vue, le féminisme intégrationniste xxl qui ne leur est absolument pas propre, je dirais hélas même de moins en moins. S’il y a une facilité malveillante que je refuse, obstinément, depuis des années, c’est de déclarer que les féministes qui ne sont pas d’accord avec mon approche de ce que pourrait être un féminisme ne sont pas des féministes, ou pas des bonnes, ou pas des vraies. C’est quoi, là, bonnes, vraies ? Nous sommes féministes, nous avons une grosse tranche d’histoire et de problématiques communes, nous n’avons pour autant pas les mêmes buts, nous n’identifions pas les mêmes choses à détruire ou à construire. Nous ne faisons, là encore, que continuer la vieille tradition des mouvements révolutionnaires et réformistes, où la pire ennemie est généralement la camarade de la dénomination voisine.

 

Là, cependant, et même si ce n’est évidemment pas la première fois, on en a eu de fameux exemples en France depuis quelques années avec le renouveau féministe paritaire et institutionnaliste, le dégoût et la haine de soi, des formes f, éclate à la figure comme un abcès qui crève. Sauf que cet abcès crève, dans nos vies, tous les jours, à répétition – et que finalement, l’abcès, c’est nous, ce que nous sommes, ce que nous voudrions, ce que nous aimerions nous permettre.

 

« Bien sûr, Femen est un mouvement féministe. Je sais que ce terme est souvent perçu comme un gros mot dans l’esprit des gens. Mais les féministes, ce ne sont pas forcément des femmes de 50 ans qui n’aiment pas les hommes, qui ont des poils et qui sont lesbiennes. Moi, j’ai 23 ans, je suis hétéro et j’avoue, je n’aime pas montrer mes jambes si elles ne sont pas rasées (rires). » Cette lénifiante déclaration et ces rires sont suivis d’une molle protestation contre un patriarcat qui se cantonne, une fois de plus, à être défini par et limité à une inégalité de traitement. Pas question de soupçonner que ce puisse être un système total, et que les structures sociales soient sa traduction ; il ne s’agit que de s’y intégrer au mieux. Soit. Comme d’hab à paritairlande. Rien à dire en logique interne, ça se tient, dans l’hypothèse où la démocratie marchande, juridique et relationnelle, avec le monde du moindre mal pour quelques unes tout de suite, tout le monde un jour, est ce qu’on peut réaliser de plus classe possible. Juste la lubrifier par ce qu’il faut de rires.

 

Je suis t’, et je suis fem. Donc il ne s’agit pas ici de faire de la surenchère masculinotrope, soi-disant neutre de genre. Vous savez à quel point j’ai en horreur et en exaspération cette glissade permanente vers les formes, aspects, identités m, qui à mon avis affaiblit aussi la perspective d’un renversement du patriarcat, par assimilation. Mais, je voulais aussi le dire depuis un bon moment mais je ne trouvais pas l’occasion, fem, ce n’est pas barbie ! Fem, ce n’est pas cadavre ambulant recouvert de cire. Mes vieilles copines sont difficilement soupçonnables d’être masculines. La graisse (qui tient chaud l’hiver), les poils (éventuels), l’âge, ce n’est pas masculin. Et c’est pour ça que je n’aime pas la rengaine, antiféministe intériorisée qui plus est, que surtout il ne faut pas être vieille, lesbienne, hostile à meclande. Je suis tout ça, et t’ en plus, la disqualification totale n’est-ce pas ? Et là, effectivement, de féministe à féministe, j’emmerde la cheffe des Femen belges et sa rengaine pour amadouer les hommes. Bon, par là même, je rappelle que j’emmerde la même normativité hypocrite qui s’exprime de partout dans les milieux féministes les plus divers, alternotes en tête, qui ressemblent à un casting de Jouvet : jeunesse, maigreur, génitalité, biotitude, dépendance relationnelle. De quoi avons-nous peur, de quoi avons-nous envie, quels sont les rapports de l’envie et de la peur, et corrélativement que nous permettons-nous, et pas ? voilà une série de questions qu’il n’est pas encore superflu de se poser.

 

Bref, les vieilles qui ne veulent pas s’intégrer à ce monde de mecs, d’hétéronorme, de fluidité qui coule toujours vers la même bonde, nous sommes des gros mots. Pas de problème. Des furoncles. Encore moins. Je pense que c’est aussi par ce genre de sortie que s’exprime l’hétérogénéité, la divergence, qui caractérisent le féminisme, ce féminisme auquel nous sommes de plus en plus hésitantes à attribuer des objectifs, comment dire, radicaux, ou hétérodoxes à la communion sociale et économique. Je vais vous dire, vu ce que nous promettent et nous donnent déjà les convergences, attirées irrépressiblement par les lieux de plus forte densité sociale, intégration résignation, je ne vais absolument pas me plaindre qu’on diverge. On devrait même, je trouve, diverger beaucoup plus allègrement. Bon, n’empêche, ça m’a fait quelque peu mal au ventre de lire une fois de plus ce mantra qui ne nous protège pas, qui ne nous protègera jamais – mais non on est pas méchantes et on vous aime. Mon cul. Quand on est pas méchantes et qu’on vous aime vous nous tuez, donc on va être, j’espère, enfin, quelque peu méchantes, pour de bon, et surtout envoyer l’amour paître dans les vastes pâturages de l’au-delà. Les affirmations consensuelles, apaisantes (on sait à quoi sert la paix sociale !), convergentes, ont des suites encore pires que le silence, qui peut au moins rester hostile, ne pas consentir. C’est exactement la même daube que les protestations à la sos homophobie de « on choisit pas ce qu’on est » - sans quoi on serait d’abominables perverses. Ces boucliers de carton, outre qu’ils achèvent de nous déposséder de nous-mêmes et de nos vies, qu’ils approuvent et contresignent la honte de ne pas se trouver ni se vouloir mecs, hétéro et bio, n’ont jamais été d’aucune utilité face à la violence sociale, raciale ou patriarcale. Je croyais pourtant naïvement que c’était un secret de polichinelle dans l’histoire humaine : la honte, l’adhésion aux normes dominantes, les conversions les plus sincères même, n’ont à très peu près jamais sauvé personne, en fin de compte. Et pour une à qui on octroyait de passer à travers, elle devait applaudir à l’extermination des autres qui ne devaient pas échapper. Pour que la règle demeurât. On, le fameux on qui peut être on, sait toujours qui sera à massacrer, à la fin, et pourquoi. C’est à on qu’il faut s’en prendre, pas à nous-mêmes. Á l’application, d’ailleurs, pour nos récentes coqueluches familistes ou traditionalistes, tout autant que pour les plus courues, citoyennes et économistes. La liste est longue et concurrentielle des rackets par lesquels nous croyons que nous serons sauvées.

 

Je crois par conséquent qu’il faut aussi en finir avec cette notion de protection. Protégées, ce sera toujours par la trique de plus fort que nous, nous serons toujours mineures. Des mecs, de l’état (c'est-à-dire, de mon point de vue, du patriarcat structurel toujours, quel qu’en soit le personnel), de la technologie (idem), de nos propres idées et fétiches, de celles que nous avons fait nôtres par contrainte ou par incitation, j’en passe et des pires. D’une part c’est une arnaque sans fin, parce que ce qui protège, personne ou mécanisme, se servira toujours de nous, parmi nous, par nous, comme il voudra, comme le héron de La Fontaine qui a amené les grenouilles dans son bassin. D’autre part le monde que cela suppose reste celui de la domination, celui de la peur, celui de Hobbes, ce que j’appelle meclande. Il s’agit pour nous non de nous protéger, ni de protéger qui que ce soit, mais de déterminer puis de renverser ce qui nous tue, au lieu de lui faire guili guili sous le menton.

 

Ah on a pas le cul tiré des ronces, ni les unes ni les autres !

 

 

 

 

(1) : Je recommande particulièrement ses articles bouche-trou (à tous les sens de ces termes hélas) scientifiques sur la sexualité, où des chercheurs (ah, ces gentes qui dès qu’ellils cherchent sont fondés à nous révéler ce que nous sommes et devons être) nous annoncent à cause de quelle disposition génétique, hormones, atavismes psychosociaux, stade de l’évolution darwinienne les nanas adooorent les mecs à longue queue, ou autres découvertes tout aussi pertinentes.

Il est vrai que ce n’est pas un apanage de la LB ; tous les journaux, tous les sites pisse-copie qui se veulent « un peu subversifs », « in », quoi, je songe par exemple à Rue89, déversent ce genre de daube sexiste et naturaliste, qui sert avec enthousiasme de propagande au relationnisme intensif.

Comme je l’ai dit maintes fois, si on se débarrassait de la croyance en ce qui est classifié scientifique (dur ou mou, n’importe), religion normative après bien d’autres, et de notre adulation envers les qui cherchent, ben je crois qu’on aurait pas perdu la journée où on y serait arrivées.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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