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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 08:12

 

 

« Et eux ne valaient rien… »

Troisième sexe

(souvenir du squat de Vaise où cette chanson passait en permanence.

Depuis nous avons appris à valoir). 

 

 

 

 

Parmi le chapelet de revendications de mes petitEs camarades, je vois qu’on fait pour l’Intégratrans® de cette année un bon petit pas en avant (ou c’est que, bénigne, je l’avais pas vu les aut’z’années ?)

 

« Nous dénonçons l’extrême vulnérabilité et les difficultés d’accès au marché du travail des personnes transgenres, transsexuelles et genres fluides. Nous exigeons des garanties d’accès au monde du travail et la mise sur pied de politiques spécifiques destinées à mettre un terme à la marginalisation et à la discrimination de ces personnes. »

 

Classe, classe, j’en frétille du croupion. C’est vrai, on n’était pas autant marchéables que les zautes, quel scandale et quel manque à gagner que l’économie fût privée par les lourdeurs culturelles de toutes ces compétences. Il était temps que l’évidence triomphe, à la manière des bulldozers et autres moissonneuses. Travail, marché, compétence, valorisation ; on va pouvoir être misEs en coupe réglée selon la seule valeur qui vaille, la rentabilité. Comme toutE citoyenNE productrice qui se respecte, et est respectéE - à l’aune de son CDI.

 

(J’apprends depuis par un article enthousiaste du Monde que même la folie ne protège plus de l’exigence de rentabilité ; des autistes pointilleuXses, cette autre version de la conscience malheureuse et de l’inhumanité galopante, sont désormais employéEs à traquer des erreurs dans des suites de données dont l’ennui massif tuerait quiconque d’autre. Mais nouzautes humainEs, comme l’ont remarqué bien des qui ont fréquenté des lieux de rééducation extrême, résistons à ce qui fait crever sans délai les autres mammifères ; et c’est sans doute là une des clés de notre malheur : le courage.)

 

Bref, produits ou pas de ce monde, en tous cas, il est bien décidé à n’en rien perdre – et, pire, nous sommes très déterminés à lui donner raison. Avoir les bons papiers, se marier, travailler, provigner… Et personne ne s’étonne que nous nous esbaudissions ainsi de perpétuer le monde en l’état. Bien au contraire, nous nous en applaudissons. Ne nous manque que ce qui structure depuis fort longtemps économie, patriarcat et autres babioles.

 

N’oublions pas qu’un droit, c’est une forme sociale à incarner, obligatoirement autant que volontairement ; gare à qui ne s’y intègre pas. Ainsi du travail, un des droits fondamentaux du capitalisme, avec la propriété privée. Nous existons pour l’échange. On en a besoin comme de la misère organisée ou d’une infection virale.

 

Et non plus que le boulot, ce peut être vite, avec les meilleures intentions, la participation totale aux structures de l’ordre présent.

 

Y a sans doute que le tapin qui n’est pas décent. Mais on fera d’excellentes hôtesses de caisse avec une petite pancarte indiquant de pas nous agresser, ni de nous donner des donuts, s’pas les prohi ?

 

On est bien déjà des fois hôtesses de l’air… les plus jeunes et les moins moches…

 

Bref on va avoir des conseillers spécialement formés à Pôle Emploi, en plus de la file aux guichets des mairies. Orgasmons d’aise. Nos associatiFves y travaillent. Plus tard participeront peut-être même au reclassement, à la chasse aux feignantEs, comme la CNT à Barça en 36. Fini de buller, t’lande ! Va falloir rembourser les opés, fut-ce indirectement, en abondant le PIB.

 

Je cause même pas de l’armée et autres forces de sécurité, à bras ouverts ; la prochaine étape. En treillis et fusil d’assaut en bandoulière dans les gares, à zieuter le clando, puis sur les sites des catastrophes industrielles à venir, à filtrer réfugiés et pillards…

 

C’est qu’on a fait tout ça pour être pareilLEs en tout, pour remplir aussi bien qu’autrui les si naturelles, raisonnables attentes de ce monde ; si si, je me rendais pas compte…

 

Le travail c’est la santé. Ça tombe bien c’est là une de nos obsessions consensuelles.

 

La libération des forces prod’s est en marche, assurément. L’émancipation c’est autre chose. Mais ce n’était sans doute pas notre propos. Dommage.

 

Nous avons voulu valoir, à l’unisson de ce monde ; nous suivrons donc sa destinée, sans même pouvoir nous plaindre.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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